mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203276 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | CHEMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 25 février 2022, 9 mars 2022 et 16 mars 2022, Mme B A C, représentée par Me Chemin, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont possiblement entachées d'un vice de procédure tenant à la composition du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur d'appréciation de son état de santé ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 CEDH et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022 :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de Me Chemin, représentant la requérante.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C est une ressortissante congolaise née en 1993, qui soutient être entrée en France en 2012. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé à compter du 12 janvier 2017, qui a été renouvelé jusqu'au 19 avril 2021. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre le 12 mai 2021. Par un arrêté du 28 janvier 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel Mme A C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, et mentionne les éléments liés à son état de santé ainsi qu'à sa situation privée et familiale, en considération desquels le préfet a estimé qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour. En outre, et contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à sa situation, et la circonstance que la décision ne mentionne pas, notamment, les éléments relatifs à sa situation professionnelle et à la procédure de procréation médicalement assistée dans laquelle elle serait engagée, dont elle n'allègue au demeurant pas s'être prévalue devant le préfet, n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyens tiré de ce qu'elle serait entachée d'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
4. D'une part, si la requérante soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne lui a pas communiqué l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration, contrairement à ce qui est indiqué dans la décision attaquée mentionnant que cet avis était joint à la présente décision, de telle sorte qu'il n'est pas possible d'en vérifier la régularité, notamment au regard de la composition du collège des médecins, l'intéressée ne justifie ni même n'allègue qu'elle aurait accompli les diligences nécessaires pour obtenir la communication de cette pièce auprès du préfet. Dès lors, le moyen le moyen doit être écarté.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A C souffre d'une hypertension juvénile et d'une endométriose qualifiée de " très sévère ", opérée en mars 2016, s'accompagnant d'une insuffisance ovarienne prématurée et d'une insuffisance rénale. Il en ressort par ailleurs que le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressée en se fondant, notamment, sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 novembre 2021, au motif que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si Mme A C soutient que l'absence de traitement entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle ne l'établit pas par la seule production d'un certificat médical daté du 15 mars 2022 de son médecin généraliste se bornant à indiquer sans autre précision que l'absence de traitement, tant s'agissant de son hypertension que de son endométriose, " pourrait avoir des conséquences graves sur sa santé future ", d'un certificat médical du 17 février 2022 de son médecin gynécologue-obstétrique qui ne se prononce pas sur les conséquences d'un arrêt de son traitement gynécologique, et d'un certificat médical du 11 mars 2022 de son médecin cardiologue qui ne se prononce pas davantage sur les conséquences de l'arrêt de son suivi cardiologique. Les éléments produits par Mme A C ne suffisent donc pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 novembre 2021 quant à l'absence de conséquence d'une exceptionnelle gravité qu'aurait pour elle le défaut de prise en charge médicale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché la décision attaquée d'une inexacte application des dispositions citées au point 3.
6. En troisième lieu, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A C aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut utilement soutenir que le préfet a méconnu ces dispositions.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si Mme A C soutient être en couple depuis 2014 avec un compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle avec lequel elle est engagée dans une procédure de procréation médicalement assistée depuis le mois de juin 2017, laquelle nécessite, compte tenu de son état de santé, un don d'ovocyte, la requérante n'établit ni la durée, ni l'intensité, ni même l'existence de cette relation par les pièces produites au dossier, dont il résulte que le couple ne réside pas à la même adresse. En outre, l'acte notarié destiné à recueillir le consentement du couple sur le don d'ovocyte produit au dossier est dépourvu de caractère probant dès lors que s'il mentionne bien les noms de Mme A C et de son compagnon, il ne comporte ni la signature des intéressés ni le sceau du notaire chargé d'enregistrer l'acte. Par ailleurs, Mme A C n'établit ni même n'allègue avoir noué en France d'autres liens que ceux qui l'unissent à son compagnon, ni être dépourvue d'attaches familiales au Congo où elle a vécu jusqu'à ses dix-neuf ans. Enfin, la requérante ne justifie pas, par la seule production de deux contrats à durée indéterminée à temps partiel conclus respectivement le 27 mars 2020 et le 30 avril 2021, d'une insertion professionnelle d'une particulière intensité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 de ce code vise notamment le cas où l'obligation de quitter le territoire français assortie un refus de titre de séjour.
10. Il résulte de ces dispositions que si la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français doit être motivée, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus, comme en l'espèce, au 3° de l'article L. 611-1. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français d'une insuffisance de motivation.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation de la requérante doivent être écartés.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Mme A C ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
14. En premier lieu, Mme A C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire.
15. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire quand celui-ci correspond à la durée légale fixée à trente jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.
16. En troisième lieu, la circonstance que la requérante soit engagée dans une procédure de procréation médicalement assistée ne saurait être regardée comme une circonstance exceptionnelle justifiant l'octroi d'un délai de départ supérieur à trente jours alors que le délai de départ volontaire a pour seul objet de permettre à l'intéressé d'organiser son départ et non d'accorder un droit provisoire au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, Mme A C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
19. Si Mme A C soutient que la décision fixant le pays de destination de son éloignement du territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle serait soumise à des traitements inhumains et dégradants en ne pouvant bénéficier de la prise en charge nécessitée par son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5, que l'absence de suivi médical de l'intéressée entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que lesdites stipulations auraient été méconnues.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 28 janvier 2022. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
S. D
Le président,
Signé
C. Tukov La greffière,
Signé
N. Kassime
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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01/06/2026
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01/06/2026