mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | AMSELLEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2022, Mme A D C, représentée par Me Amsellem, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une reconnaissance frauduleuse de paternité ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante camerounaise née en 1993, a sollicité, le 28 septembre 2020, le renouvellement du titre de séjour dont elle bénéficiait en sa qualité de mère d'un enfant français. Par un arrêté du 26 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il dispose d'éléments précis et concordants de nature à établir, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français ou de procéder, le cas échéant, à son retrait.
4. Pour rejeter la demande de renouvellement de son titre de séjour présentée par Mme C, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en précisant que le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bobigny a été saisi, sur ce point, en application de l'article 40 du code de procédure pénale, a estimé que des indices concordants étaient de nature à établir le caractère frauduleux de l'acte de reconnaissance de filiation de l'enfant de la requérante. Il a notamment relevé que l'identité de la personne ayant reconnu cet enfant né le 13 février 2017 apparaît au fichier national des étrangers dans un dossier similaire relatif à une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 2, l'enfant reconnu étant d'une mère différente, en situation irrégulière, et prétendant à sa régularisation au motif de la nationalité française acquise par son enfant. Par ailleurs, le préfet a relevé que Mme C n'apporte aucun élément à l'appui de sa demande de nature à établir que le ressortissant français, qui ne vit pas avec elle et son enfant, participerait à l'entretien et à l'éducation de ce dernier. Il a en outre été relevé par le préfet que l'enfant ne porte que le nom de sa mère. Le préfet a enfin précisé qu'au regard de ce faisceau d'indices, la requérante et le père déclarant ont été convoqués en audition le 9 novembre 2021, que Mme C a reconnu à cette occasion qu'il n'a jamais existé aucune communauté de vie entre elle et le ressortissant français déclarant et n'a pas été en mesure de donner des précisions sur la date et les circonstances de leur rencontre et que le père déclarant a quant à lui indiqué avoir reconnu d'autres enfants issus de mères différentes. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être regardé, par les éléments concordants ainsi recueillis par ses services, dont la matérialité n'est aucunement contestée par la requérante, comme ayant apporté des indices suffisants à établir que la reconnaissance de paternité dont se prévaut Mme Mme C a eu pour seul objet de conférer la nationalité française à son enfant dont elle a seule la charge et de permettre ainsi à l'intéressée d'obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant que mère d'un enfant français. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /( ) ".
6. En soulevant le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 423-23 du même code, Mme C doit être regardée comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 citées au point précédent. Le préfet n'étant tenu d'examiner une demande de titre de séjour que par rapport au fondement légal ou conventionnel choisi par le demandeur, Mme C, qui n'établit ni même n'allègue avoir présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions au soutien de sa demande d'annulation du refus de titre de séjour contesté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".
8. Mme C soutient résider en France depuis 2013, être intégrée professionnellement, et être mère de deux filles, la première, née en 2010, étant de nationalité camerounaise et la seconde, née en 2017, étant de nationalité française, toutes deux scolarisées en France. Toutefois, Mme C, célibataire, n'établit ni même n'allègue que le père de sa fille aînée résiderait en France ou, le cas échéant, entretiendrait des liens avec cette dernière, et ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 4, de la réalité de la filiation entre sa fille cadette et le ressortissant français qui l'a déclaré ni, en tout état de cause, de l'existence d'un quelconque lien entre cette enfant et son père. Il ne ressort en outre des pièces du dossier aucune circonstance faisant obstacle à la reconstitution de la cellule familiale de Mme C au Cameroun avec ses deux filles mineures. Si Mme C soutient sans l'établir disposer d'attaches familiales en France en la présence régulière d'un frère et d'une sœur, elle ne fait valoir aucune circonstance particulière qui nécessiterait sa présence à leurs côtés. En outre, la requérante, entrée sur le territoire français à l'âge de vingt ans, n'allègue pas être dépourvue d'attaches familiales au Cameroun. Dès lors, nonobstant la circonstance que l'intéressée bénéficie d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel en qualité de caissière depuis le mois de mars 2015, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis a porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, compte-tenu des circonstances rappelées ci-dessus, en particulier de l'absence de lien démontrés entre ses filles et leur père respectif, l'intéressée ne faisant en outre valoir aucun obstacle à la poursuite de leur scolarité au Cameroun, Mme C n'est pas davantage fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à l'intérêt supérieur de ses enfants une atteinte prohibée par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent donc être écartés. De la même façon, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
9. En dernier lieu, Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 janvier 2022. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
S. B
Le président,
Signé
C. Tukov La greffière,
Signé
N. Kassime
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
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01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026