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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203313

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203313

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantNESSAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2022, M. B, représenté par Me Nessah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision de refus de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur de droit à cet égard en ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas examinée sa vie privée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur de droit à cet égard en ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas examinée sa vie privée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit.

Par ordonnance du 11 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Iss, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né le 9 octobre 1997 à Ain Chock (Maroc), a sollicité le 23 novembre 2021 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par arrêté du 4 février 2022 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles pertinents de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique notamment que M. B est entré en France le 23 août 2017 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d' " étudiant ", qu'il présente une inscription en Master 2 Ingénierie financière pour l'année 2021 à 2022, que par ailleurs il s'est inscrit en Master Monnaie, Banque, Finance et Assurance entre 2018 et 2021 sans valider son cycle d'études et qu'en l'absence de progression et de résultat dans le déroulement du cursus universitaire, le caractère réel et sérieux des études n'est pas démontré. En outre, le préfet indique que M. B est célibataire, sans charge de famille, et que la présente décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi à sa situation personnelle et familiale en France. Enfin, le préfet indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où il est effectivement réadmissible. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée et sous réserve d'une entrée régulière en France. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France en août 2017 sous couvert d'un visa long séjour, a suivi pour l'année 2017 à 2018 une licence 3 en économie et gestion à l'Université du Littoral qu'il a obtenue le 18 février 2019, pour les années 2018 et 2019 un Master 1 Monnaie, Banque, Finance et Assurance à l'Université de Paris 8 pour lequel il a été ajourné, pour l'année 2019 à 2020 ce même master 1 qu'il a validé avec 11,129 de moyenne, puis pour l'année 2020 à 2021 le Master 2 Monnaie, Banque, Finance et Assurance à l'Université de Paris 8 pour lequel il a été ajourné, au motif notamment qu'il était ajourné au titre de l'UE Economie financière 2 et que pour son " stage/mémoire " il est indiqué " absence injustifiée ". Par la suite, au titre de l'année universitaire 2021 à 2022, M. B s'est inscrit au Master 2 Spécialité ingénierie financière auprès de l'école de management " Gustave Eiffel ", ce cursus en cours à la date de la décision attaquée étant toutefois marqué par une UE 1 inférieure à la moyenne, tel qu'il ressort du relevé provisoire produit par le requérant. Si le requérant soutient le caractère réel et sérieux de ses études, arguant notamment du fait qu'il n'ait pu valider son Master 2 Monnaie, Banque, Finance et Assurance pour l'année 2020 à 2021 uniquement par l'impossibilité de valider un stage à cause de la situation sanitaire en France, toutefois, d'une part il est constant qu'il n'avait pas validé non plus une unité d'enseignement de son Master 2 pour cette année 2020 à 2021, qu'il ne justifie des raisons ayant conduit à ce qu'il fasse évoluer son son projet d'études et professionnel en ne poursuivant pas et en ne validant pas son cycle d'études à l'Université Paris 8 et qu'il change de Master et d'institution pour l'année 2021 à 2022. En outre, malgré une mesure d'instruction en ce sens, le requérant ne justifie pas qu'il ait été dans l'obligation de réaliser son stage dans le cadre du Master 2 Monnaie, Banque, Finance et Assurance, et qu'il ait été dans l'impossibilité de le réaliser. Ainsi, eu égard à ces éléments, l'arrêté en litige n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside habituellement en France depuis moins de cinq années à la date de la décision attaquée, qu'au titre de son parcours étudiant en France il a validé une Licence 3 en économie et gestion à l'Université du Littoral ainsi qu'un Master 1 à l'Université de Paris 8, mais aussi qu'il n'a pas validé d'année universitaire ou de diplôme depuis l'année universitaire 2020 à 2021. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas utilement les mentions de l'arrêté attaqué indiquant qu'il est célibataire, sans charge de famille, et ne justifie pas de l'existence d'attaches familiales ou privées qu'il aurait en France. Ainsi, eu égard à ces éléments, non seulement le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'aurait pas examiné la vie privée de M. B, mais aussi le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, compte tenu des éléments de fait décrits aux points 4 et 6, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 2, 4, 6 et 7 et pour les mêmes motifs que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de droit, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 4 février 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur la demande d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Robbe, premier conseiller,

- M. Iss, premier conseiller.

Lu en audience publique le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. Iss

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Le Chartier

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203313

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