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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203381

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203381

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 1er mars, 7 septembre et 4 octobre 2022 sous le n° 2203388, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur le lot n°1 de la copropriété située sur la parcelle cadastrée section G n° 51 sis 31 rue Morin et 60 rue Dominique Roberty, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 11 janvier 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense et des observations complémentaires enregistrés les 11 juillet et 23 septembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 1er mars, 7 septembre et 4 octobre 2022 sous le n° 2203407, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur le lot n°2 de la copropriété située sur la parcelle cadastrée section G n° 51 sis 31 rue Morin et 60 rue Dominique Roberty, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 11 janvier 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense et des observations complémentaires enregistrés les 11 juillet et 23 septembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

III. Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 1er mars, 7 septembre et 4 octobre 2022 sous le n° 2203381, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section G n° 255 sise 27 rue Morin, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 11 janvier 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense et des observations complémentaires enregistrés les 11 juillet et 23 septembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

IV. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 mai et 21 décembre 2022 sous le n° 2208240, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section G n° 52 sise 58 rue Dominique Roberty, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 18 mars 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

V. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 mai et 21 décembre 2022 sous le n° 2208241, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section G n° 54 sise 56 rue Dominique Roberty, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 18 mars 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

VI. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 mai et 21 décembre 2022 sous le n° 2208242, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section G n° 55 sise 54 rue Dominique Roberty, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 25 mars 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

VII. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 mai et 21 décembre 2022 sous le n° 2208243, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section G n° 108 sise 25B rue Morin, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 25 mars 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

VIII. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 mai et 21 décembre 2022 sous le n° 2208245, la SAS Aegefim promotion, représentée par Me Fouchet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Drancy a exercé son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section G n° 251 sise 29 rue Morin, sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision du 25 mars 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- La décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été notifiée et transmise au contrôle de légalité dans le délai de deux mois, ni que le service des domaines a été régulièrement consulté ;

- La décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- La décision méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement réel et antérieur et répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme R ;

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- et les observations de Me Cornille, représentant la requérante, et de Me Alibay, représentant la commune.

Une note en délibéré a été présentée pour la société requérante dans chacun des dossiers mentionnés ci-dessus le 6 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par des courriers reçus par la mairie de Drancy les 15 novembre et 8 décembre 2021 et les 26 janvier, 2, 3 et 8 février 2022, les propriétaires des parcelles cadastrées G n° 255 (sis 27 rue Morin), G n° 51 (sise 31 rue Morin et 60 rue Dominique Roberty), G n° 52 (sise 54 rue Dominique Roberty), G n° 54 (sise 56 rue Dominique Roberty), G n° 55 (sise 54 rue Dominique Roberty), G n° 108 (sise 25B rue Morin) et G n° 251 (sise 29 rue Morin) ont promis de les vendre à la société Aegefim Promotion. Par huit décisions en date des 11 janvier, 18 et 25 mars 2022, la commune de Drancy a exercé le droit de préemption urbain sur l'ensemble de ces parcelles.

Sur la jonction :

2. Les requêtes visées ci-dessus, qui tendent à l'annulation de ces huit décisions, ont été introduites par la même requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales : " Le président de l'établissement public de coopération intercommunale peut, par délégation de son organe délibérant, être chargé d'exercer, au nom de l'établissement, les droits de préemption, ainsi que le droit de priorité, dont celui-ci est titulaire ou délégataire en application du code de l'urbanisme. Il peut également déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien, dans les conditions que fixe l'organe délibérant de l'établissement. () ". Aux termes de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme, alors en vigueur : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'Etat, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire. / Dans les articles L. 211-1 et suivants, L. 212-1 et suivants et L. 213-1 et suivants, l'expression " titulaire du droit de préemption " s'entend également, s'il y a lieu, du délégataire en application du présent article. ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, () par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans leur version applicable à la date des délibérations attaquées : : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par une délibération n° 51 du 11 juillet 2020, le conseil du territoire de l'établissement public territorial Paris Terre d'Envol a délégué à la commune de Drancy le droit de préemption urbain dans les secteurs d'intérêt communal, dans lesquels se situent les biens litigieux. Il ressort des mentions de cette délibération et des certificats établis par le président de l'établissement public territorial et la maire de Drancy que celle-ci a fait l'objet d'un affichage du 12 juillet au 12 septembre 2020 et d'une transmission au contrôle de légalité du préfet le 21 juillet 2020. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la société requérante, la délégation du droit de préemption, qui n'a pas à être prévue en vue de l'aliénation d'un bien précisément identifié, peut être établie ponctuellement en vue de l'exercice de ce droit par le délégataire sur une ou plusieurs parties des zones dans lesquelles il est institué. Par suite, le conseil du territoire de l'établissement public territorial Paris Terre d'Envol pouvait légalement déléguer au conseil municipal de la commune de Drancy l'exercice du droit de préemption sur le territoire de celle-ci, à l'exception des secteurs d'intérêt territorial, des secteurs d'intervention foncière de l'EPFIF et du secteur dit " F K ", dont ne font pas partie les parcelles litigieuses.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 28 mai 2020, le conseil municipal de la commune de Drancy a délégué au maire de la commune pendant toute la durée de son mandat, l'exercice du droit de préemption urbain, que la commune en soit titulaire au délégataire. Il ressort du cachet apposé sur cette délibération, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire non rapportée en l'espèce, que celle-ci a été affichée en marie et transmise au représentant de l'Etat le 29 mai 2020. Par ailleurs, la circonstance que cette délibération soit antérieure à celle par laquelle le conseil du territoire de l'établissement public territorial Paris Terre d'Envol a délégué la compétence en matière de droit de préemption urbain à la commune de Drancy est sans incidence sur la compétence du maire.

6. Enfin, si la requérante soutient que la délibération n° 49 du 11 juillet 2020 n'a pas été régulièrement publiée, il est constant que cette délibération a été visée par erreur et concerne des secteurs distincts de ceux où les parcelles concernées sont situées.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être, en toutes ses branches, rejeté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " () Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. / Lorsqu'il envisage d'acquérir le bien, le titulaire du droit de préemption transmet sans délai copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux. La décision du titulaire fait l'objet d'une publication. Elle est notifiée au vendeur, au notaire et, le cas échéant, à la personne mentionnée dans la déclaration d'intention d'aliéner qui avait l'intention d'acquérir le bien () ".

9. Il résulte de ces dispositions que les propriétaires qui ont décidé de vendre un bien susceptible de faire l'objet d'une décision de préemption doivent savoir de façon certaine, au terme du délai de deux mois imparti au titulaire du droit de préemption pour en faire éventuellement usage, s'ils peuvent ou non poursuivre l'aliénation entreprise. Dans le cas où le titulaire du droit de préemption décide de l'exercer, les mêmes dispositions, combinées avec celles du code général des collectivités territoriales, imposent que la décision de préemption soit exécutoire au terme du délai de deux mois. La réception de la décision par le propriétaire intéressé, ou son mandataire, et le représentant de l'Etat dans le délai de deux mois, constitue une condition de la légalité de la décision de préemption.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les décisions de préemption portant sur les parcelles G n° 51 et G n° 255 ont été notifiées au notaire des vendeurs le 13 janvier 2022. Les décisions portant sur les parcelles G n° 52 et G n° 54 ont été notifiées au notaire des vendeurs le 24 mars 2022. La décision portant sur la parcelle G n° 55 a été notifiée au notaire des vendeurs le 31 mars 2022. Enfin, les décisions portant sur les parcelles G n°108 et G n° 251 ont été notifiées au notaire des vendeurs le 4 avril 2022. Ces notifications aux notaires des vendeurs, qui étaient mentionnés dans chaque déclaration d'intention d'aliéner comme devant être destinataires de la décision de la commune, répondent aux exigences de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme.

11. D'autre part, les décisions attaquées comportent, sous la signature de M. Q auquel la maire avait délégué sa signature pour la certification du caractère exécutoire des décisions par arrêté du 16 juin 2020, un cachet certifiant leur affichage et leur transmission au contrôle de légalité le jour de leur adoption. Par suite, la société requérante, qui n'apporte pas la preuve du caractère erroné de ces mentions, n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées n'auraient pas été notifiées et transmises au contrôle de légalité du préfet avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la déclaration d'intention d'aliéner.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption doit recueillir l'avis du service des domaines sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition dès lors que le prix ou l'estimation figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner ou que le prix que le titulaire envisage de proposer excède le montant fixé par l'arrêté du ministre chargé du domaine prévu à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques. () ". La consultation du service des domaines préalablement à l'exercice du droit de préemption par le titulaire de ce droit constitue une garantie tant pour ce dernier que pour l'auteur de la déclaration d'intention d'aliéner.

13. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Drancy a sollicité l'avis du service des domaines préalablement à l'ensemble des décisions de préemption. Celui-ci a rendu ses avis le 14 décembre 2021 sur les parcelles cadastrées G n° 51 et G n° 255, le 16 février 2022 sur les parcelles cadastrées G n° 52, G n° 54 et G n° 55, et le 18 mars 2022 sur les parcelles cadastrées G n° 55, G n° 108 et G n° 251. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation du service des domaines manque en fait.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. "

15. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

16. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que pour justifier l'exercice de son droit de préemption, la commune de Drancy a relevé que l'acquisition des parcelles concernées lui permettrait de se constituer une réserve foncière en vue de la réalisation d'un ensemble de logements sociaux et en accession sur les parcelles sises 54-56-58-60 rue Dominique Roberty et 25 Bis-27-29-31 rue Morin. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu l'exigence de motivation posée par l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.

17. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la commune de Drancy a réalisé en septembre 2019 une étude de faisabilité, visée et jointe aux décisions attaquées, en vue de la réalisation d'un projet de construction d'un ensemble résidentiel comportant douze logements sociaux et en accession. Par ailleurs, il ressort des termes du Projet d'Aménagement et de Développement Durables de la commune de Drancy annexé à la délibération du conseil de territoire du 9 avril 2018 approuvant la révision générale du plan local d'urbanisme que la commune entendait endiguer le phénomène de division pavillonnaire entraînant du mal logement dans le quartier de l'Economie dans lequel sont situées les parcelles concernées et que le projet litigieux peut apporter un remède à cette situation. Il en résulte que le moyen tiré de ce que la commune ne justifie pas d'un projet réel et préexistant doit être écarté.

18. Enfin, la société requérante soutient que les décisions de préemption ne répondent pas à un intérêt général suffisant dans la mesure où la commune de Drancy ne fait pas partie des communes en état de carence de logements sociaux. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Drancy entend réaliser un ensemble résidentiel en vue de répondre à l'objectif du Projet d'Aménagement et de Développement Durables de lutte contre la division pavillonnaire. Dès lors, les décisions portant préemption des parcelles concernées, aux prix fixés par les avis du service des domaines, répondent à un objectif d'intérêt général suffisant, et le moyen doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la société Aegefim promotion n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Drancy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Aegefim promotion lui réclame sur ce fondement.

21. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Aegefim promotion la somme demandée par la commune de Drancy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes de la SAS Aegefim promotion sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de commune de Drancy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Aegefim promotion, à la commune de Drancy, à M. E L, Mme J I, Mme X épouse P, M. V, M. O, Mme H B épouse D, Mme S B, M. N M, M. A G, M. Y, Mme Z, M. W et M. U.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- Mme T, premièr conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023,

La présidente-rapporteure,

K. R

La première assesseure,

I. TLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203381

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