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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203391

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203391

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2022, Mme A C, représentée par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine née le 6 février 1991 à Rabat (Maroc), est entrée en France le 8 mars 2010 sous couvert d'un visa de long séjour étudiant. Elle a bénéficié de titres de séjour portant la même mention jusqu'au 30 novembre 2017, puis d'une carte de séjour temporaire délivrée pour raisons de santé valable du 15 mai 2020 au 14 mai 2021, dont elle a sollicité le renouvellement le 27 mai 2021. Par un arrêté du 28 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée, avant de prendre la décision attaquée. En outre, le préfet, qui n'était pas tenu de rappeler dans sa décision l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, et en particulier la circonstance qu'elle avait vécu en France de l'âge de 6 ans à l'âge de 14 ans avant de retourner vivre au Maroc pendant plusieurs années, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait en relevant que Mme C était entrée en France le

8 mars 2010, dès lors qu'il s'agit de la date de sa dernière entrée en France.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). "

4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante sur le fondement de ces dispositions, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 22 octobre 2021 selon lequel, si l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre de la maladie de Crohn, qui a nécessité plusieurs interventions chirurgicales et pour laquelle elle bénéficie d'un traitement par Adalimumab. La requérante ne conteste pas la disponibilité théorique de son traitement au Maroc, mais elle soutient qu'en raison du coût de celui-ci, elle ne pourrait pas effectivement en bénéficier dans ce pays. A l'appui de cette allégation, elle produit un devis de pharmacie marocaine pour deux injections de 40mg du médicament commercialisé sous le nom B, dont la substance active est l'Adalimumab, correspondant à la posologie mensuelle de son traitement, dont le montant s'élève 7 763 dirhams, soit environ 725 euros. Toutefois, la requérante ne précise pas quelles seraient ses ressources au Maroc, ni ne soutient que le coût de son traitement ne serait pas, au moins partiellement, pris en charge par l'assurance maladie marocaine, se bornant à indiquer qu'elle bénéficie en France d'une prise en charge intégrale de celui-ci. En outre, si le devis marocain qu'elle produit concerne le médicament B, il ressort des pièces du dossier qu'elle bénéficie en France d'un traitement par Amgevita, médicament bio similaire, dont elle n'établit ni l'indisponibilité ni le coût au Maroc. Dans ces conditions, dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C ne pourrait pas effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant pour ce motif de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme C se prévaut de la circonstance qu'elle a passé une partie de son enfance en France, où elle a été scolarisée de la classe de CP à la classe de 4ème, de sa présence habituelle en France depuis l'année 2012, où elle a notamment obtenu une licence de psychologie en 2015, ainsi que de celle de son frère de nationalité française. Elle précise également qu'elle a effectué des stages professionnels en psychologie et occupé divers emplois temporaires notamment en qualité d'employée polyvalente, d'assistante de vie, de garde d'enfants, d'assistante d'éducation, et d'accompagnatrice universitaire, et qu'elle prépare actuellement un diplôme d'accompagnement éducatif et social. Toutefois, Mme C, célibataire et sans charge de famille, ne soutient ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales au Maroc, ni ne justifie d'une insertion professionnelle particulière depuis la fin de ses études. Dans ces conditions, dès lors que la requérante n'établit pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux serait durablement établi sur le territoire français, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

9. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les dispositions précitées.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

La rapporteure,

N. E

Le président,

M. D

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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