vendredi 14 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCHEER |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 29 mars 2022 sous le numéro 2203527, M. A C, représenté par Me Scheer, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 10 euros par jour de retard, ou, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la décision de refus de certificat de résidence :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3-1 et 24 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2022.
Un mémoire, présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, a été enregistré le 4 juillet 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
II) Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 29 mars 2022 sous le numéro 2203528, Mme B E, épouse C, représentée par Me Scheer, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 10 euros par jour de retard, ou, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la décision de refus de certificat de résidence :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3-1 et 24 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2022.
Un mémoire, présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, a été enregistré le 4 juillet 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention relative aux droits des personnes handicapées adoptée par l'Organisation des Nations Unies le 13 décembre 2006 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles
R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;
- et les observations de Me Scheer, pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, ressortissants algériens nés respectivement le 25 janvier 1974 et le 9 avril 1986, ont sollicité le renouvellement de leur certificat de résidence en tant que parents d'un enfant malade, les 3 et 5 mars 2021. Par deux arrêtés en date du 2 février 2022, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis leur a refusé le renouvellement de leurs certificats de résidence, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés.
I- Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes susvisées présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
II- Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont les parents d'un enfant né en mai 2012, qui souffre d'un épispade postérieur incontinent, maladie rare qui consiste en une malformation urogénitale. Après une première intervention chirurgicale en Belgique en 2015, l'enfant a subi plusieurs autres interventions chirurgicales en France en 2018 et 2020, dont la dernière, réalisée en mars 2020, a permis un agrandissement vésical itératif avec reprise de cystomie et fermeture du col vésical, opération qui, d'après le compte-rendu d'examen réalisé un an après en mars 2021 par un chirurgien du service de chirurgie viscérale pédiatrique de l'Hôpital Necker-Enfants Malades (AP-HP) qui a opéré, n'a pas été suivie de complications. Toutefois, un contrôle doit être réalisé par ce même chirurgien tous les six mois et l'enfant doit faire l'objet d'un sondage urinaire cinq fois par jour. De plus, l'équipe médicale qui le suit à l'Hôpital Necker-Enfants Malades a mis en place en septembre 2021 un traitement pour tenter d'obtenir l'augmentation de la taille de sa verge, traitement qui devait faire l'objet d'une réévaluation en mars 2022, le médecin prescripteur s'interrogeant sur son efficacité. Par ailleurs, l'enfant est aidé par une assistante de vie scolaire qui intervient dans le cadre d'un plan d'accueil individualisé pour les sondages urinaires réalisés trois fois par jour à l'école. Les requérants versent au dossier une attestation de la psychologue clinicienne du service de chirurgie viscérale pédiatrique de l'Hôpital Necker-Enfants Malades rédigée en février 2022 et mentionnant que l'état de santé de l'enfant des requérants nécessite un environnement stable et adapté, favorable à la poursuite de ses soins pour éviter toute perte de chance, que son établissement scolaire est un partenaire important dans la prise en charge et qu'une rupture de ce lien serait très dommageable à l'enfant, enfin que la poursuite de son suivi psychologique est très importante afin de l'accompagner dans les futures étapes de son parcours. Ils produisent également un certificat de scolarité, duquel il ressort que l'enfant, scolarisé depuis 2018 a suivi ses années du cours préparatoire au cours moyen 2 avec sérieux et assiduité et ce malgré le suivi médical important dont il fait l'objet, la famille étant tout à fait impliquée dans cette scolarité. Dans les circonstances particulières de l'espèce, M. et Mme C sont fondés à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant de leur renouveler leur certificat de résidence.
5. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation des décisions du 2 février 2022, par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis leur a refusé la délivrance d'un certificat de résidence. Les décisions du même jour leur faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désignant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence.
III- Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
7. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait des intéressés, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. et Mme C un certificat de résidence, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
IV- Sur les frais liés au litige:
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. et Mme C, d'une somme globale de 1 000 euros au titre des frais liés au litige.
DECIDE :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 2 février 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à
M. et Mme C un certificat de résidence, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. et Mme C la somme globale de 1 000 (mille) euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B E épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme de Bouttemont, première conseillère,
- M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.
Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. SalzmannLa greffière,SignéA. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026