mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203614 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BITTON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2022, M. A B, représenté par Me Bitton, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle la ministre du travail a accordé à la société Ladybird Ground Services l'autorisation de le licencier pour faute ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux dépens.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;
- la procédure suivie devant l'inspecteur du travail et devant le ministre du travail dans le cadre du recours hiérarchique a méconnu le caractère contradictoire de l'enquête ;
- les faits sont prescrits ;
- l'employeur a épuisé son pouvoir disciplinaire ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;
- il existe un lien entre le mandat exercé par le salarié et la demande d'autorisation de licenciement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marias,
- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique,
- les observations de Me Bitton, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 9 juillet 2021, l'inspecteur du travail a accordé à la société Ladybird Ground services l'autorisation de licencier pour faute de M. B, coordinateur, salarié protégé en sa qualité de représentant de section syndicale. Le recours hiérarchique de M. B a été implicitement rejeté par la ministre du travail le 27 novembre 2021. Puis, par sa décision du 12 janvier 2022, la ministre du travail a retiré sa décision implicite, annulé la décision de l'inspecteur du travail et autorisé le licenciement de M. B, qui demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où le licenciement est motivé par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi, et éventuellement au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé.
Sur la motivation :
3. Aux termes aux termes de l'article R. 2421-5 du code du travail, applicable à la décision du ministre du travail statuant sur recours hiérarchique : " () La décision de l'inspecteur du travail est motivée () ".
4. En l'espèce, la ministre du travail, après avoir visé le code du travail, notamment son article L. 2142-1-2, s'est prononcé sur l'ensemble des griefs invoqués par la société Ladybird Ground services et, après les avoir qualifiés de fautifs et d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement et s'être prononcé sur l'existence d'un lien avec le mandat, a pu, sans entacher sa décision d'une insuffisance de motivation, autoriser le licenciement de M. B.
Sur le caractère contradictoire de l'enquête :
5. En soutenant seulement que le ministre ne devait pas " tenter de régulariser, a posteriori, les erreurs commises par l'IT ", que, lors du rendez-vous du 5 novembre 2021 dans le cadre du recours hiérarchique l'employeur lui a remis " une autre pétition qui ne correspondait pas à celle communiquée par la directrice adjointe du travail " et que les pétitions ne sont pas sincères, M. B n'établit pas que la ministre du travail, qui a annulé la décision initiale de l'inspecteur du travail pour une méconnaissance du caractère contradictoire de l'enquête, aurait elle-même méconnu le caractère contradictoire de cette enquête.
Sur la prescription des faits :
6. Aux termes de l'article L. 1332-4 du code du travail : " Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales ". Il résulte de ces dispositions que l'employeur, ne peut fonder une demande d'autorisation de licenciement sur des faits prescrits sauf si ces faits relèvent d'un comportement fautif de même nature que celui dont relèvent les faits non prescrits donnant lieu à l'engagement des poursuites disciplinaires. À cet égard, le point de départ du délai de deux mois doit s'apprécier à compter du jour où l'employeur a eu une connaissance exacte et complète de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits reprochés. Il appartient à la partie qui entend contester la délivrance ou le refus de délivrance de l'autorisation de licenciement d'apporter la preuve, à l'appui de son recours devant la juridiction administrative, de la méconnaissance du délai de prescription.
7. Il ressort des pièces du dossier que le médecin du travail, dans son courrier du 8 janvier 2021, a alerté la direction de l'entreprise sur la situation de souffrance au travail de sept salariés, lors d'une visite médicale à leur demande. Une enquête a été diligentée, dont les conclusions ont été connues de l'employeur le 1er mars 2021 lors de la réunion du comité social et économique consacrée au sujet. Par suite, l'enquête diligentée à cette fin par la société et les témoignages de salariés recueillis à cette occasion n'ont permis à l'employeur de connaître l'ampleur des agissements reprochés à M. B qu'au début du mois de mars 2021. Dès lors, ces faits n'étaient pas prescrits lorsque la procédure disciplinaire a été engagée, le 14 avril suivant, par la convocation de M. B à l'entretien préalable.
Sur l'épuisement du pouvoir disciplinaire de l'employeur :
8. Aux termes de l'article 1331-1 du code du travail : " Constitue une sanction toute mesure, autre que les observations verbales, prise par l'employeur à la suite d'un agissement du salarié considéré par l'employeur comme fautif, que cette mesure soit de nature à affecter immédiatement ou non la présence du salarié dans l'entreprise, sa fonction, sa carrière ou sa rémunération ". L'article L. 1232-1 du même code dispose par ailleurs que : " Tout licenciement pour motif personnel est motivé dans les conditions définies par le présent chapitre. / Il est justifié par une cause réelle et sérieuse ". Par ailleurs, un employeur qui sanctionne un salarié épuise son pouvoir disciplinaire.
9. Contrairement à ce que soutient M. B, l'employeur n'a pas épuisé son pouvoir disciplinaire en retirant sa première demande d'autorisation de licenciement, dès lors que cette règle ne fait que traduire le principe " non bis in idem " dans l'application d'une sanction et que M. B ne s'était pas vu auparavant appliquer une sanction à raison des faits reprochés.
Sur la matérialité des faits et leur gravité :
10. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'une enquête interne effectuée auprès de vingt-six agents de piste, complétée par des auditions et des pétitions de salariés, que M. B, dans ses fonctions d'encadrant de l'ensemble des équipes affectées au nettoyage des avions, a adopté à l'égard de ses agents un management gravement inadapté, consistant notamment en paroles déplacées, moqueries, propos intimidants ou dévalorisants, agissements vexatoires ou à l'inverse révélant du favoritisme à l'endroit de plusieurs salariés, qui s'est traduit pour plus de dix pour cent de l'effectif par des troubles de santé - fatigue, anxiété, troubles du sommeil, prises d'anxiolitiques. Ce comportement fautif, sur la réalité duquel aucun doute n'existe, ne s'est pas modifié lors de la reprise, même très brève, de son travail en janvier 2021 et l'avis du comité social et économique a été unanime en faveur de son licenciement. Si, de son côté, M. B invoque un harcèlement moral et des pressions de l'employeur pour obtenir des témoignages en sa défaveur, il ne l'établit pas par les pièces versées au dossier. Dès lors, compte tenu de la position hiérarchique de M. B, du nombre des victimes, de la réitération de ces faits, de leurs conséquences sur la santé de personnes parfois très vulnérables et de ses répercussions sur le fonctionnement de l'entreprise, la ministre a pu estimer, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, qu'ils étaient d'une gravité suffisante pour justifier une mesure de licenciement.
Sur le lien avec le mandat :
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande d'autorisation de licenciement présenterait un lien avec le mandat détenu par le salarié.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la société Ladybird Ground Services.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
M. Marias, premier conseiller,
M. Bernabeu, conseiller.
Mis à disposition du greffe du tribunal le 19 juin 2024.
Le rapporteur
H. Marias
Le président
J.-F. Baffray La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203614
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026