vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203626 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | BERBAGUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2022, M. C A F, représenté par Me Berbagui, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai de territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de cet examen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- Elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- Elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- Elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- Elle est entachée d'une erreur de droit ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- Elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- Elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- Elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- Elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- Elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- Elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- Elle est entachée d'une erreur de fait ;
- Elle est entachée d'une erreur de droit ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 27 octobre 2022, à 9h30 :
- le rapport de Mme E ;
- les observations de Me Berbagui, représentant M. A F, présent à l'audience, qui maintient ses écritures et soutient, en outre, que la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que le préfet n'apporte pas la preuve matérielle de l'infraction mentionnée dans la décision attaquée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant tunisien né le 2 octobre 1995 à Gabis (Tunisie), est entré en France en juillet 2016. Par un arrêté du 4 mars 2022 pris sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, M. A F demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
2. Par un arrêté n° 2021-1835 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme H G, directrice des étrangers et des naturalisations, pour signer notamment les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par arrêté n° 2022-0291 du 7 février 2022 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 9 février suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à certains collaborateurs de Mme G, dont M. B D, attaché d'administration de l'Etat, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, signataire de la décision attaquée, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers . Dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités précitées n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
3. M. A F invoque, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai de territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, des moyens portant sur une prétendue décision de refus de titre de séjour. Toutefois, ainsi que le relève le préfet dans l'arrêté attaqué, l'intéressé n'a présenté aucune demande de titre de séjour, de sorte qu'il n'était titulaire d'aucune décision de refus de titre de séjour. Dès lors, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". L'arrêté en litige vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. A F, non titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Il comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation prévue par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de M. A F. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.
6. En troisième lieu, si le requérant allègue se trouver dans une situation lui permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, il n'en justifie pas dans la présente instance. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait l'obliger à quitter le territoire français du fait qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, pour faire valoir que la décision d'éloignement méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale, M. A F se borne à soutenir qu'il séjourne en France depuis 2016, et produit notamment des relevés de livret A, quelques relevés de compte chèques, un certificat de scolarité pour l'année 2018-2019, un avis d'impôt sur le revenu établi en 2020 mais concernant les revenus de 2018 et des fiches de paie pour un emploi de boulanger sur la période de mai 2018 à mars 2019 puis de juin à août 2020. Pour l'année 2021, le requérant ne produit qu'un contrat de réexpédition postale daté de février. Le requérant n'apporte dès lors pas la preuve d'une présence continue en France depuis 2016, ni de l'intensité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ni n'établit qu'il serait dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 20 ans. A cet égard, s'il a indiqué à l'audience que sa sœur et ses cousins résidaient régulièrement sur le territoire français, il n'en justifie pas. Il s'ensuit que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation ni ne méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
8. L'arrêté contesté vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A F est de nationalité tunisienne. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent la décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
11. D'une part, le préfet a refusé d'octroyer à M. A F un délai de départ volontaire et il se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Certes, la circonstance, qui n'est au demeurant étayée par aucune pièce ni assortie de la moindre précision de la part du préfet, que M. A F aurait été interpellé pour des faits de conduite sans permis, ne permet pas d'établir, à elle seule et faute de tout autre élément circonstancié, que le comportement de l'intéressé serait constitutif d'une menace à l'ordre public. Toutefois, il est constant que, ainsi que l'a également relevé le préfet de la Seine-Saint-Denis, M. A F ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Or, ce seul motif suffisait à fonder légalement la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire, en application des dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, combinées à celles du 3° de l'article L. 612-2 du même code. Il en résulte qu'en retenant ce motif, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision.
12. D'autre part, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français soit prise à en encontre.
13. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A F a déclaré être entré en France en juillet 2016, qu'il est célibataire et sans enfant et ne justifie d'aucun lien avec des personnes résidant sur le territoire français. Dans ces conditions, en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation.
14. En second lieu, si le requérant allègue que le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts, il n'apporte aucun élément au soutien de ses dires, ni même de précision quant aux faits en cause. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2022. Par suite, la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.
La magistrate désignée,
J. E Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203626
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026