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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203783

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203783

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre (J.U)
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi en date du 8 mars 2022, le président du Tribunal administratif de Paris a renvoyé au Tribunal administratif de Montreuil la requête présentée par M. A B.

Par une requête enregistrée le 16 février 2022 complétée par un mémoire enregistré le

21 juin 2022, M. A B, représenté par Me Namigohar, demande au juge :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour pour une durée de deux ans ;

3°) de lui délivrer à une carte de séjour temporaire mention " vie familiale et privée " et ce dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 € par jour ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) d'ordonner la suppression de son nom dans le système d'information Schengen communication de l'intégralité des pièces en considération desquelles l'arrêté attaqué a été prononcé ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :

- elle est méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens sont infondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-547 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gosselin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au I bis de l'article L. 512-1, désormais repris à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné,

- les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain, né le 4 octobre 1986 à Saidia (Maroc) est entré en France selon ses déclarations en 1990. A la suite d'une interpellation par les forces de l'ordre, le préfet de police a pris à son encontre le 14 février 2022 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit le retour pour une durée de deux ans. Il en demande l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet susvisée dispose que : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de la loi de 1991 précitée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de 9l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B se prévaut de sa présence sur le territoire depuis 1988 et de son droit à une vie familiale et privée. La seule présence alléguée et non établie du requérant sur le territoire français depuis 1988 ne saurait à elle seule, faire obstacle à l'obligation de quitter le territoire. Au demeurant s'il produit des certificats scolaires, les dates de certains de ceux-ci présentent quelques discontinuités ou, à l'inverse, le font scolariser dans deux établissements différents pour la même année, ou ne correspondent pas aux autres pièces scolaires produites ; ils présentent ainsi des incohérences que l'absence de tout bulletin scolaire ne permet pas de lever. De même, les nombreux documents d'identité de personnes portant le même nom que lui et qu'il présente soit comme des frères et sœurs soit comme des cousins, ne sont pas d'avantage probant en l'absence de document établissant un lien de parenté avec le requérant. Enfin, il fait état d'un projet professionnel assez vague. Par ailleurs, il ne conteste pas utilement les mentions de la décision selon lesquelles il est célibataire et sans charge de famille. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées et n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes des dispositions de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et apatrides dans sa version alors applicable : " II. ' L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () / 2° Si l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était ou manifestement infondée ou frauduleuse ; () ".

8. Il ressort de la décision attaquée que M. B a été interpellé pour des faits de vol en réunion le 12 février 2022, que le requérant s'est maintenu sur le territoire plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne peut présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. M. B ne conteste pas utilement ces mentions. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

9. Il ressort de ce qui a été dit au point 4, que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

10. Si M. B soutient que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé pour des faits de vol en réunion le 12 février 2022 et constitue une menace pour l'ordre public à ce titre. Par ailleurs, il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. M. B ne conteste pas utilement ces mentions. Dès lors, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner au préfet la communication des pièces du dossier de M. B, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à la condamnation de l'Etat aux frais irrépétibles.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 26 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

St. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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