lundi 9 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203814 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | RAMZAN IMRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 9 mars, 21 mai et
28 novembre 2022, M. F A, représenté par Me Ramzan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de
50 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors que les services de la mains d'œuvre étrangère n'ont pas été saisis alors qu'il a formé une demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- est entachée d'erreurs de droit ;
- porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'il n'est pas originaire du Bangladesh ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.
Par une décision du 16 mai 2022, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Thébault, rapporteur.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. G A, ressortissant pakistanais, né le 13 décembre 1961 à Sialkot (Pakistan), est entré en France le 5 juin 2010 irrégulièrement avant de bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade depuis le 20 septembre 2013, régulièrement renouvelé. Il a sollicité le 7 juin 2021 le renouvellement de son titre de séjour auprès des services du préfet de la Seine-Saint-Denis, lequel a, par arrêté du 10 février 2022, rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions ;
2. Par un arrêté du 24 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs du 27 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C pour signer, notamment, les décisions de la nature de celles qui sont attaquées en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque donc en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
3. En premier lieu, dès lors que l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée été du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour raison de santé, ce dernier ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré du défaut de saisine des services de la main d'œuvre étrangère pour avis au motif qu'il aurait sollicité une autorisation d'exercer une activité professionnelle, lequel ne constitue pas une condition pour obtenir la délivrance ou le renouvellement du titre de séjour sollicité.
4. En second lieu, M. A ne peut pas davantage utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 435-1 de ce code, dès lors qu'il a sollicité un renouvellement de son titre de séjour initialement délivré sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 de ce code et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait examiné sa demande sur ce fondement dans le cadre de son pouvoir de régularisation.
5. Il en résulte que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 février 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait obligation de quitter le territoire français à M. A vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national au cours de l'année 2010 démuni de tout visa ou document de séjour, avant de bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade dont il a demandé le renouvellement le 7 juin 2021. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a bien fait mention de la nationalité de l'étranger, et a par ailleurs visé les dispositions applicables à sa situation, tout en indiquant qu'il n'est pas porté atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la mesure d'éloignement, en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un certificat de résidence, doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. D'une part, pour soutenir que la décision contestée a méconnu les stipulations et dispositions précitées et a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, M. A se prévaut, d'une part, qu'il dispose d'un logement stable, et d'autre part qu'il exerce une activité professionnelle en contrat à durée indéterminée. Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas ne pas avoir conservé d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où résident son épouse et ses enfants, alors qu'il ne justifie sérieusement de sa présence continue sur le territoire français qu'à compter de la fin de l'année 2015, soit six années à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, s'il soutient exercer une activité professionnelle en contrat à durée indéterminée depuis de nombreuses années, la seule production d'un courrier de la caisse de congés intempéries BTP daté du
1er décembre 2016 adressé à l'entreprise " A Muhammad Khalid " et d'un courrier du régime social des indépendants, au demeurant non daté, ne saurait suffire à établir l'exercice d'une quelconque activité professionnelle, a fortiori en contrat à durée indéterminée sur le territoire national.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée mentionne que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis le 21 octobre 2021, aux termes duquel l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant son accès au soin dans son pays d'origine et que son état de santé lui permet de voyager. Si, pour contester cette mention, M. A se prévaut de deux certificats médicaux pour contredire l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration 21 octobre 2021, il ressort du certificat médical, peu circonstancié, du docteur E, praticien à l'unité d'hépatologie de l'hôpital Avicène, établi le 16 février 2022 que l'intéressé est suivi pour " une maladie chronique potentiellement sévère " et que " cette maladie nécessite une prise en charge au long court qui n'est pas disponible dans son pays d'origine, dont tout arrêt entrainerait inévitablement des conséquences graves sur son état de santé ", alors que seul un certificat médical du docteur B praticien de ce même hôpital du 8 novembre 2017, précise que le patient est suivi pour une " hépatite C génotype 3a au stade cirrhose ". Eu égard à l'ancienneté du certificat médical précisant la pathologie du requérant et au caractère peu circonstancié du certificat médical du
16 février 2022, et en l'absence de tout autre élément probant permettant de remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'office, et compte-tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, si la décision mentionne à tort que l'étranger peut voyager vers le Bangladesh, il résulte clairement de la lecture de l'arrêté que cette mention ne résulte que d'une erreur de plume. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen personnel et sérieux de la situation de M. A doit être écarté.
12. En second lieu, Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Pour contester la décision fixant le pays à destination duquel M. A soutient que les traitements qui lui sont nécessaires ne sont pas disponibles dans son pays d'origine. Toutefois, pour les mêmes motifs que celui exposé au point 10, M. A n'établit pas être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du
10 février 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
Mme Nguër, première conseillère,
M. Thébault, conseiller,
Rendu public par mise au disposition au greffe le 9 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
P. Thébault
Le président,
Signé
J. Charret
La greffière,
Signé
D. Ferreira
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026