mercredi 20 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | TRUGNAN BATTIKH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2022, Mme B A épouse C, représentée par Me Trugnan Battikh, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien avec autorisation de travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut et dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de délivrance d'un certificat de résidence :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- une erreur de droit a été commise et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien a été violé ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.
Par courrier du 14 juin 2023, Mme C a été invitée à régulariser les pièces non conformes à l'article R. 414-5 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron-Lecoq,
- et les observations de Me Ben Saadi substituant Me Trugnan Battikh et représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse C, ressortissante algérienne née le 22 juillet 1982 à Kouba (Algérie), a déclaré être entrée en France le 14 mai 2016. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa mesure d'éloignement.
Sur les pièces enregistrées le 10 mars 2022 :
2. Aux termes de l'article R. 414-5 du code de justice administrative : " Par dérogation aux dispositions des articles R. 411-3, R. 411-4, R. 412-1, R. 412-2 et R. 611-1-1, le requérant est dispensé de produire des copies de sa requête, de ses mémoires complémentaires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 414-2 ou recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application mentionnée à l'article R. 414-1. / Le requérant transmet chaque pièce par un fichier distinct, à peine d'irrecevabilité de sa requête. Cette obligation est applicable à la transmission des pièces jointes aux mémoires complémentaires, sous peine pour le requérant de voir ces pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / () Par dérogation aux dispositions des deuxième et troisième alinéas, lorsque le requérant entend transmettre un nombre important de pièces jointes constituant une série homogène eu égard à l'objet du litige, il peut les regrouper dans un ou plusieurs fichiers, à la condition que le référencement de ces fichiers ainsi que l'ordre de présentation, au sein de chacun d'eux, des pièces qu'ils regroupent soient conformes à l'énumération, figurant à l'inventaire, de toutes les pièces jointes à la requête. Le requérant ne peut alors bénéficier de la dispense de transmission de l'inventaire détaillé prévue au premier alinéa. Ces obligations sont prescrites au requérant sous peine de voir les pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / () ".
3. Les pièces 4, 9 à 14 et 15, enregistrées le 10 mars 2022, respectivement relatives aux certificats de scolarité des enfants, aux preuves de présence de 2016 à 2021 et aux quittances et paiement de loyer, constituent des séries homogènes. A la suite de l'invitation à régulariser ces pièces, non conformes aux dispositions précitées de l'article R. 414-5 du code de justice administrative, qui lui a été adressée par le courrier susvisé du 14 juin 2023, Mme C n'a pas présenté d'inventaire détaillé. Par suite et en application de ces dispositions, lesdites pièces doivent être écartées des débats.
Sur le surplus :
4. En premier lieu, le refus de délivrance du certificat de résidence mentionne, en droit, le point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus et le pouvoir discrétionnaire du préfet, et précise, en fait, notamment l'absence d'éléments suffisamment probants sur la présence en France de la requérante de 2016 à 2019, la circonstance qu'elle ne justifie pas d'obstacle à poursuivre une vie privée et famille en Algérie avec son époux qui se maintient sur le territoire en situation irrégulière et leurs trois enfants mineurs ainsi que l'absence d'insertion et de perspective professionnelle. En outre, le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de délivrance du certificat de résidence doit être écarté.
5. En deuxième lieu et ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3, les pièces relatives aux preuves de présence en France de la requérante de 2016 à 2021 sont écartées des débats et les autres pièces produites ne permettent pas d'établir que le préfet aurait commis une erreur de fait quant à la présence injustifiée de Mme C au titre de ces années 2016 à 2019. En outre, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait quant aux liens familiaux de l'intéressée sur le territoire français dès lors qu'il a tenu compte de la présence, irrégulière, de son époux et de leurs trois enfants. Par ailleurs, si la requérante justifie de son entrée régulière en France et d'un emploi d'assistante administrative à durée indéterminée depuis le 4 novembre 2019 dans l'entreprise de son époux, ces erreurs de fait commises par le préfet sur le défaut d'entrée régulière et l'absence d'insertion et de perspective professionnelle n'ont pas d'incidence sur la légalité du refus de délivrance du certificat de résidence eu égard à l'absence de preuve d'une présence habituelle en France à compter de la date alléguée d'entrée et au caractère récent de l'insertion professionnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de délivrance du certificat de résidence serait entaché d'erreurs de fait doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes du point 1 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. Ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 5, Mme C n'établit pas sa présence habituelle en France depuis sa date d'entrée en 2016 ainsi qu'une insertion professionnelle ancienne. En outre, il ne ressort des pièces du dossier aucun obstacle à ce qu'elle reconstitue dans son pays d'origine sa cellule familiale, composée de son époux, compatriote, résidant irrégulièrement en France et de leurs trois enfants. Dans ces conditions, doivent être écartés les moyens tirés de ce que le refus de délivrance du certificat de résidence serait entaché d'erreur de droit, d'une méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3, la pièce 4 relative aux certificats de scolarité des enfants est écarté. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier d'impossibilité pour les enfants de poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de délivrance du certificat de résidence méconnaîtrait le point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
10. En cinquième lieu, eu égard à la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme C telle que précédemment décrite, le moyen tiré de ce que le refus de délivrance du certificat de résidence serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
11. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que le refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien serait illégal. Par suite, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
M. Guiral, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.
Le président,
L. Gauchard
La rapporteure,
C. Caron-LecoqLa greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026