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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203846

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203846

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 mars 2022, le président de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête, enregistrée le 14 février 2022, présentée par M. C D.

Par cette requête, M. C D, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a procédé au retrait définitif de sa carte professionnelle de conducteur de taxi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé,

- est illégal dès lors qu'il n'a pas été entendu et n'a pas pu présenter ses observations, que le préfet s'est estimé lié par l'avis émis par la commission de discipline des conducteurs de taxi et que la composition de la commission l'a privé de l'effectivité de ses droits ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît sa liberté d'entreprendre et sa liberté de commerce et d'industrie et a un caractère disproportionné ;

- porte atteinte à sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixé au 3 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports,

- l'arrêté n° 2021-762 du 8 juin 2021 relatif à la création, à la composition et au fonctionnement de la commission de discipline des conducteurs de taxi,

- le code de justice administrative.

Les parties ont régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour, rapporteure,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, titulaire d'une carte professionnelle de conducteur de taxi, demande l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris a procédé au retrait définitif de sa carte.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-01113 du 2 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Paris le 3 novembre 2021, le préfet de police a donné délégation à M. A B, sous-directeur des déplacements et de l'espace public, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités, dont il n'est pas établi ni même allégué qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et pièces comptables nécessaires à l'exercice des missions fixées par l'arrêté du 30 juin 2021, dont notamment la mise en œuvre de la réglementation générale concernant les taxis, les conducteurs de taxi, la délivrance et la gestion des autorisations de stationnement des taxis. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose avec une précision suffisante les éléments pris en compte par le préfet de police pour procéder au retrait définitif de la carte professionnelle de M. D. Ainsi, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 3124-11 du code des transports : " En cas de violation de la réglementation applicable à la profession par le conducteur d'un véhicule de transport public particulier de personnes, l'autorité administrative peut lui donner un avertissement ou procéder au retrait temporaire ou définitif de sa carte professionnelle " et aux termes de l'article R. 3124-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 3124-11, l'autorité compétente est celle qui a délivré la carte professionnelle ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté n° 2021-762 du 8 juin 2021 relatif à la création, à la composition et au fonctionnement de la commission de discipline des conducteurs de taxis : " Il est créé, au sein de la commission locale des transports publics particuliers de personnes instituée auprès du préfet de police, une section spécialisée intitulée, commission de discipline des conducteurs de taxis parisiens -. Cette dernière a qualité pour connaître des violations, par les conducteurs de taxis parisiens, de la réglementation applicable à la profession ". Aux termes de l'article 2 de cet arrêté : " La commission de discipline des conducteurs de taxis parisiens est composée des membres de la commission locale des transports publics particuliers de personnes suivants : - le préfet de police ou son représentant, président, () ". Aux termes de l'article 11 de cet arrêté : " La commission de discipline des conducteurs de taxis parisiens, au vu des observations écrites produites devant elle et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé, des témoins et des experts, ainsi que des résultats de l'enquête ou du complément d'informations auquel il a pu être procédé, émet un avis sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure engagée ". Aux termes de l'article 12 de cet arrêté : " La commission de discipline des conducteurs de taxis parisiens peut proposer les mesures suivantes : - l'avertissement, - le retrait temporaire de la carte professionnelle de conducteur de taxi pour une durée n'excédant pas deux ans, - le retrait définitif de la carte professionnelle de conducteur de taxi. Pour toute mesure autre que l'avertissement, la consultation de la commission de discipline est de droit ". Aux termes de l'article 13 de cet arrêté : " La décision appartient au préfet de police. Elle est inscrite au dossier de l'intéressé. Si le conducteur de taxi ne se présente pas devant la commission de discipline, une mesure peut être prononcée à son encontre par défaut. La décision prononcée par le préfet de police est immédiatement exécutoire. L'intéressé peut formuler un recours conformément aux voies et délais prévus par le code des relations entre le public et l'administration ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 9 décembre 2021 de la réunion de la commission de discipline des conducteurs de taxi, que M. D a été entendu par celle-ci et a été en mesure de présenter ses observations. En outre, il résulte des dispositions précitées que la commission de discipline des conducteurs de taxi a pour objet d'émettre un avis sur les suites à réserver à la procédure disciplinaire engagée contre un conducteur de taxi et de proposer, le cas échéant, au préfet de police de prendre une sanction à l'encontre de celui-ci. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition ne prévoit que le préfet aurait voix prépondérante parmi les membres de la commission. Enfin, la circonstance que la commission soit présidée par le préfet et que la décision soit prise par celui-ci, n'est pas de nature à regarder la commission comme étant privée d'effectivité et comme privant l'intéressé de l'effectivité de ses droits. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait estimé lié par l'avis de la commission. Par suite, les moyens tirés de ce que le requérant n'aurait pas été entendu par la commission, de ce que le préfet se serait cru en situation de compétence liée et de ce que la commission, compte tenu de sa composition, aurait privé le requérant de l'effectivité de ses droits doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a, le 14 mars 2021, au sein de l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, stationné hors des emplacements réglementaires, en infraction au 5° de l'article 24 de l'arrêté interpréfectoral n°01-16385 du 31 juillet 2001 modifié relatif aux exploitants et conducteurs de taxi dans la zone parisienne, a pris en charge la clientèle en dehors des emplacements réservés, en infraction au 7° de l'article 25 de cet arrêté, a stationné avec les sommes de 3, 20 euros et de 7 euros inscrites d'avance au compteur. Le 20 mai 2021, lors d'un trajet entre l'aéroport Charles-de-Gaulle et Ormesson-sur-Marne (Val-de-Marne), le requérant a travaillé avec le compteur horokilométrique non éclairé, en infraction au 1° de l'article 23 de l'arrêté précité, a conduit les clients à destination pour une somme forfaitaire de 100 euros, en infraction au 9° de l'article 24 de l'arrêté précité, a refusé le paiement de la course au moyen d'une carte bancaire, en infraction à l'article L. 3121-11-2 du code des transports, ne disposait pas d'un terminal de paiement électronique, en infraction à l'article L. 3121-1 du code des transports, a remis à ses clients un bulletin de courses indûment complété, en infraction au 15° de l'article 24 de l'arrêté précité, et non conforme à la réglementation en vigueur et ne correspondant pas à l'immatriculation du véhicule, en infraction au 8° de l'article 6 et 1° de l'article 23 de l'arrêté précité. Le 21 juillet 2021, aux abords de la gare TGV de l'aéroport Charles de Gaulle, l'intéressé a pris en charge la clientèle en dehors des espaces réservés, en infraction au 7° de l'article 25 de cet arrêté et stationnait hors des emplacements réglementaires, en infraction au 5° de l'article 24 de cet arrêté. Le 9 octobre 2021, au sein de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, M. D a procédé au racolage de clients en infraction au 3° de l'article 25 de cet arrêté, a pris en charge la clientèle en dehors des espaces réservés, en infraction au 7° de l'article 25 de cet arrêté, a stationné hors des emplacements réglementaires, en infraction au 5° de l'article 24 de l'arrêté, a stationné avec la somme de 7 euros inscrite d'avance au compteur en infraction au 9° de l'article 24 de l'arrêté précité. Le 18 octobre 2021, lors d'un trajet au départ de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, le requérant a pris en charge la clientèle en dehors des espaces réservés, en infraction au 7° de l'article 25 de cet arrêté, s'est montré brutal avec sa cliente, en infraction au 13° de l'article 25 de cet arrêté, n'a pas remis à sa cliente la note de course réglementaire, en infraction au 8° de l'article 6 et 15° de l'article 24 de cet arrêté.

7. Il ressort en outre des pièces du dossier que le 21 juillet 2014, M. D a déjà fait l'objet d'un retrait de carte professionnelle de six mois fermes pour prise en charge irrégulière dans l'enceinte d'un aéroport, somme inscrite d'avance au compteur et racolage de clients. Le requérant a également fait l'objet, le 3 novembre 2015, d'un retrait de carte professionnelle de six mois fermes pour prise en charge irrégulière dans l'enceinte d'un aéroport, somme inscrite d'avance au compteur et stationnement hors des emplacements réservés aux taxis parisiens. Enfin, le 16 mars 2018, l'intéressé a fait l'objet d'un retrait de carte professionnelle de douze mois fermes pour prise en charge irrégulière dans l'enceinte d'un aéroport, somme inscrite d'avance au compteur, stationnement hors des emplacements réservés aux taxis parisiens, défaut de terminal de paiement électronique, défaut de gaine de lumineux taxi et racolage de clients.

8. Eu égard au nombre élevé et à la gravité de ces infractions, non contestées par M. D et commises de surcroît au cours de la seule année 2021, ainsi qu'aux précédents retraits temporaires de carte professionnelle, la décision en litige par laquelle le préfet de police a prononcé le retrait définitif de la carte de l'intéressé est justifiée. Dès lors, les moyens tirés du caractère disproportionné de la mesure en litige, de l'atteinte à la liberté d'entreprendre et à la liberté de commerce et d'industrie du requérant et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

9. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, la circonstance que la décision attaquée porterait atteinte à la situation personnelle et familiale de M. D est sans incidence sur sa légalité, de sorte que ce moyen, inopérant, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 juin, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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