mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2203848 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CHEMAKH |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 8 mars 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de la société Willmann au tribunal administratif de Montreuil.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 7 février 2022 et 11 juin 2022, la société Willmann, représentée par Me Chemakh, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, née le 11 décembre 2021 par laquelle le délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle du ministre du travail a rejeté son recours administratif contre la décision du 17 août 2021 par laquelle l'inspection du travail (lire : le service gestionnaire de l'activité partielle) lui a refusé le bénéfice de l'aide à l'activité partielle, ensemble cette dernière décision ;
2°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle l'Agence de services et de paiement l'a informée du blocage de son dossier par le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France ;
3°) d'enjoindre au ministre du travail de l'autoriser à placer ses sept salariés en activité partielle totale pour la période de janvier à juin 2021 et à l'indemniser, pour cette période, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- le signataire de la décision du 17 août 2021 est incompétent ;
- le DRIEETS ne pouvait légalement retirer son autorisation tacite de mise en activité partielle ;
- la décision implicite de rejet est entachée d'un défaut de motivation ;
- les décisions contestées sont entachées d'une erreur d'appréciation ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 avril 2022 et 28 juillet 2022, le préfet de la région Ile-de-France (directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 11 mai 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le décret n°2020-325 du 25 mars 2020 relatif à l'activité partielle ;
- l'ordonnance n°2020-312 du 25 mars 2020 modifiée par l'ordonnance n°2020-560 du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marias,
- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique,
- les observations de Me Chemakh, pour la société Willmann.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande du 9 juillet 2020, et plusieurs demandes subséquentes au titre des périodes de mars à décembre 2020, puis de janvier à juin 2021, la société Willmann a sollicité une demande d'autorisation préalable de mise en activité partielle puis au titre d'un arrêt de l'activité complet pour sept salariés de son établissement. Par lettre du 11 août 2021, dont la société Willmann demande l'annulation, l'Agence de services et de paiement (ASP) a informé la société Willmann du " blocage de son dossier " par le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France. Par une décision du 17 août 2021, l'administration a refusé le " déblocage " des paiements pour les mois de janvier à juin 2021. Le recours hiérarchique formé par la société Willmann a été implicitement rejeté le 11 décembre 2021. La société Willmann demande également l'annulation des décisions du directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Sur les conclusions dirigées contre une prétendue décision de l'ASP du 11 août 2021 :
2. Aux termes de ce courrier, l'ASP, agissant, dans la mise en œuvre du dispositif d'aide à l'activité partielle, en qualité d'ordonnateur secondaire, n'a pas procédé au recouvrement d'indemnités indûment perçues par la société Willmann mais s'est bornée à informer cette société de ce que son dossier avait été " bloqué " par le DRIEETS aux motifs que son secteur d'activité était peu impacté par les mesures liées à la crise sanitaire et qu'elle avait procédé à beaucoup d'embauches et formé d'importantes demandes " d'AP " (lire : aide à l'activité partielle). Ainsi, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la région Ile-de-France, tirée du caractère non décisoire du courrier en litige, doit être accueillie et les conclusions dirigées contre ce courrier, rejetées.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 17 août 2021 et contre la décision implicite née le 11 décembre 2021 :
3. Par décision du 13 octobre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° idf-019-2021-08 du 14 octobre 2021, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a donné subdélégation à Mme A B pour signer les décisions relatives à l'indemnisation de l'activité partielle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 17 août 2021 doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale. / () ".
5. Le silence gardé par le ministre du travail sur le recours hiérarchique formé par la société Willmann et reçu le 11 octobre 2021 a donné naissance à une décision implicite de rejet. Cette dernière décision, qui se borne à rejeter la réclamation formée contre la décision initiale, laquelle était régulièrement motivée, n'aurait pas eu, si elle avait été explicite, à comporter elle-même de motivation. Partant - et dès lors qu'en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait demandé communication des motifs de cette décision -, la société Willmann ne peut utilement soutenir que la décision contestée de rejet de son recours hiérarchique est insuffisamment motivée.
6. Aux termes de l'article R. 5122-1 du code du travail : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : () / 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel ". Aux termes de l'article R. 5122-2 de ce code : " L'employeur adresse au préfet du département où est implanté l'établissement concerné une demande préalable d'autorisation d'activité partielle. / La demande précise : / 1° Les motifs justifiant le recours à l'activité partielle ; 2° La période prévisible de sous-activité ; 3° Le nombre de salariés concernés () ". Aux termes de l'article R. 5122-4 de ce code : " La décision d'autorisation ou de refus, signée par le préfet, est notifiée à l'employeur dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception de la demande d'autorisation. / La décision d'autorisation précise notamment les coordonnées bancaires de l'employeur. / L'absence de décision dans un délai de quinze jours vaut acceptation implicite de la demande. () ".
7. En premier lieu, la société Willmann fait valoir que son chiffre d'affaires est affecté d'une baisse importante entre 2020 et 2021 et que sa demande d'activité partielle pour sept salariés alors qu'elle n'en comptait que six procèderait non d'une fausse déclaration mais d'une simple erreur. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la société Willmann a volontairement interrompu ses activités pour les mois précédant le mois d'août 2021, alors que le secteur d'activité dont elle relève n'était pas concerné par une fermeture administrative et que le préfet fait valoir, sans être contredit sur ce point, qu'une fermeture volontaire n'est pas éligible à l'activité partielle. Il ressort également des pièces du dossier que l'entreprise a procédé à une embauche massive d'apprentis pour l'année 2021, les effectifs ayant augmenté entre les mois de novembre 2020 et d'avril 2021, dans un contexte d'arrêt de travail complet des salariés, soit dans des conditions n'assurant pas le respect des dispositions du code du travail relatives à l'accompagnement des apprentis. Si la société Willmann fait valoir que les apprentis ne sont pas pris en compte pour la détermination des effectifs au regard des seuils de représentation salariale et qu'elle n'a pas sollicité l'octroi de l'aide à l'activité partielle pour les apprentis embauchés, l'administration a pu valablement se fonder sur les embauches d'apprentis pour apprécier si elle relevait du dispositif d'aide à l'activité partielle. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la bonne foi de l'intéressée, la société Willmann n'était plus éligible à l'aide à l'activité partielle au titre de l'année 2021. En second lieu, il ne ressort d'aucune disposition législative ou règlementaire ni d'aucun principe que l'administration ne puisse suspendre les paiements d'une société en phase de contrôle et qu'elle doive verser les fonds au titre de l'aide à l'activité partielle avant de constater, dans le cadre d'un contrôle, un trop-perçu et d'en demander le remboursement.
8. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".
9. En l'espèce, le retrait de la décision tacite d'autorisation de mise en activité partielle a été prononcé le 17 août 2021, avant l'échéance du délai de quatre mois suivant son intervention et il résulte de ce qui a été dit précédemment que ce retrait était justifié. Par suite, les dispositions, citées ci-dessus, de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration n'ont pas été méconnues.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Willmann doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Willmann est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Willmann et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France (directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France) et à l'Agence des services et de paiement.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
M. Marias, premier conseiller,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le rapporteur,
H. Marias
Le président,
J.-F. BaffrayLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2203848
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026