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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203881

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203881

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMBOUTOU ZEH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2022, Mme F C, représentée par Me Mboutou Zeh, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'acte est incompétent ;

- l'arrêté comporte une motivation erronée et n'est pas motivé ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 511-4 dès lors qu'elle est mère d'un enfant français vivant avec elle ;

- le refus de séjour est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise dans l'application du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français s'impose comme étant subséquente à celle du refus d'admission au séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français contreviennent aux articles 3-1 et 9-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée doit être annulée dès lors que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont illégaux.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Caron-Lecoq a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F C, ressortissante nigériane née le 17 avril 1973 à Lagos (Nigéria), déclare dans sa requête être entrée en France en octobre 2015. Saisi d'une demande de renouvellement de la carte de séjour qui lui avait été délivrée en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, par arrêté du 22 février 2022 dont la requérante demande l'annulation, rejeté cette demande, obligé l'intéressée à quitter le territoire français et fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. / () ".

3. La situation de la requérante ne répond à aucune des exigences précitées et il ne ressort des pièces du dossier aucune demande introduite auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle doit être rejetée.

Sur les conclusions d'annulation dirigées à l'encontre du refus de séjour :

4. En premier lieu, par deux arrêtés nos 2021-1835 du 19 juillet 2021 et 2021-3658 du 3 janvier 2022, publiés au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis respectivement les 19 juillet 2021 et 3 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B A, directrice des étrangers et des naturalisations, ainsi qu'en cas d'absence ou d'empêchement à Mme E D à l'effet de signer notamment les arrêtés portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme D, signataire de la décision en litige, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne notamment, en droit, l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit et, en fait, la circonstance que les éléments produits ne suffisent pas à justifier de la contribution par le père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ainsi que la situation familiale de l'intéressée. Si Mme C relève des inexactitudes et l'absence de preuve de sa mention dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires ou de sa culpabilité, la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé de ses motifs. Par suite, le refus de séjour est suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes du refus de séjour ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme C doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Et l'article L. 423-8 du même code précise que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

8. En l'espèce, si le préfet a relevé que Mme C était connue au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour reconnaissance d'enfant en vue de l'obtention d'un titre de séjour, il a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de l'intéressée au motif principal qu'elle n'établissait pas la contribution, par le père de nationalité française, à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Ainsi, la requérante ne saurait utilement faire valoir que la reconnaissance de paternité n'était pas frauduleuse. En tout état de cause, la requérante n'apporte aucune pièce de nature à établir la contribution par le père français à l'entretien et à l'éducation de son enfant né le 17 juillet 2016. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris par les dispositions précitées au point 7, doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Et le 1 de l'article 9 de cette même convention prévoit que : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant. "

10. En l'espèce, Mme C n'établit pas que la personne ayant reconnu son enfant contribue à l'entretien et à l'éducation de ce dernier et il ne ressort des pièces du dossier aucun obstacle à ce que la scolarisation de son enfant, en maternelle à la date de l'arrêté en litige, se poursuive dans un autre pays que la France. En outre, la requérante ne saurait utilement se prévaloir du point 1 de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que cette disposition ne créée d'obligations qu'entre les Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de séjour méconnaîtrait le point 1 de chacun des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les conclusions d'annulation dirigées à l'encontre des autres décisions :

11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est mère d'un enfant français qui réside avec elle depuis sa naissance. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en application des dispositions précitées au point 11, lesquelles reprennent les dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle invoque, elle ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre le refus de séjour doivent être rejetées. En revanche, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi, par voie de conséquence, que celle fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. En application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, l'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement que Mme C soit munie d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'y procéder dans un délai d'un mois.

Sur les frais liés au litige :

15. En l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, le conseil de la requérante n'est pas fondé à solliciter l'attribution d'une somme sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant qu'il oblige Mme C à quitter le territoire français et fixe le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, dans un délai d'un mois, de munir Mme C d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur son cas.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, à Me Mboutou Zeh et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Guiral, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

La rapporteure,

C. Caron-Lecoq

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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