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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203938

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203938

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. A B, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'une carte de séjour temporaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

­ elle a été prise en méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 7 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 4 août 2022.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a présenté un mémoire en défense le 18 octobre 2022, soit postérieurement à la date de clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né en 1987, a sollicité, le 14 janvier 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Pour rejeter la demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire de M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public au motif qu'il a été condamné, d'une part, le 12 septembre 2018 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'emprisonnement de deux ans et à une amende de cinq mille euros pour recel habituel de biens provenant d'un délit, d'autre part, le 16 juin 2017 par le même tribunal à une peine d'emprisonnement de trois mois pour recel de biens provenant d'un vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, ainsi qu'à une peine d'emprisonnement de cinq mois avec sursis pour recel de bien provenant d'un vol, enfin, le 9 novembre 2017 par le tribunal correctionnel de Senlis à une peine d'emprisonnement d'un an et à 27 160 euros d'amende douanière et confiscation pour transfert non déclaré de sommes, titres ou valeurs pour réalisation d'une opération financière entre la France et l'étranger sur des fonds provenant d'un délit douanier et pour conduite d'un véhicule sans permis. La décision attaquée relève également que M. B est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation le 26 juin 2014. Dans ces conditions, compte tenu du caractère grave, relativement récent et partiellement réitéré des faits notamment les plus récents, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait valablement considérer que M. B constitue une menace pour l'ordre public nonobstant l'avis favorable de la commission du titre de séjour du 19 octobre 2021.

4. Cependant, bien que le caractère répréhensible du comportement de M. B soit établi, il ressort des pièces du dossier qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, qu'ils sont les parents de trois enfants nés en 2017, 2018 et 2021, que l'intéressé qui n'a fait l'objet d'aucune autre condamnation depuis celle du tribunal correctionnel de Paris de 2018 a conclu un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet le 27 juillet 2021 pour exercer la profession de boulanger, attestant d'efforts d'insertion sociale. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la situation familiale de M. B et à l'évolution positive de sa situation personnelle et professionnelle en France, la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre doit être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard de l'objectif d'ordre public poursuivi. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire.

6. Eu égard au motif d'annulation, l'exécution du présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de sa notification.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au profit de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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