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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2203987

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2203987

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2203987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2022, M. D A B, représenté par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de dix ans, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

­ elle est entachée d'une erreur de droit quant à la base légale applicable ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de l'accord-franco-marocain du 9 octobre 1987 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 7 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 5 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain, a sollicité un titre de séjour d'une durée de dix ans. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision préfectorale du 26 novembre 2021 qui a rejeté sa demande, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux reçu en préfecture le 7 décembre 2021.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'un titre de séjour, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, un titre de séjour portant la mention "résident de longue durée-UE" d'une durée de dix ans. () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande le titre de séjour est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. " Aux termes du premier alinéa de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / () ".

4. L'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord ou qu'elles sont nécessaires à sa mise en œuvre. Les dispositions précitées de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont ainsi applicables à la demande d'un ressortissant marocain, tendant à la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de dix ans, que dans la mesure où elles précisent les conditions d'appréciation des moyens d'existence mentionnées par les stipulations précitées de de l'article 3 de l'accord franco-marocain, qui ne les précisent pas elles-mêmes. L'accord franco-marocain prévoyant seulement la prise en compte des " moyens d'existence ", il doit ainsi être fait référence, pour apprécier les ressources du demandeur du titre de séjour de dix ans sur la période de trois ans précédant sa demande, aux dispositions de l'article L. 426-17, duquel l'intéressé doit justifier " de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. "

5. Pour refuser de délivrer à M. A B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est basé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas de ressources suffisantes et stables sur la période de référence. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. A B a conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 3 avril 2018 en qualité de technicien pour une quotité horaire de trente-neuf heures par semaine dans le secteur de la métallurgie, que les avis d'impôt sur les revenus qu'il produit au titre des années 2020, 2019 et 2018 font respectivement état de salaires annuels de 20 029 euros, 18 079 euros et 18 981 euros et que, pour l'année 2021, le bulletin de salaire du mois de décembre mentionne une rémunération nette imposable annuelle de 20 149 euros. Il est relevé que toutes ces rémunérations sont supérieures au salaire minimum de croissance. Il s'ensuit qu'au cours de la période de trois ans précédant sa demande de titre de séjour, M. A B disposait de ressources stables, régulières et suffisantes. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'accord franco-marocain et, donc, des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 novembre 2021, ainsi que celle rejetant son recours gracieux, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans.

7. Le présent jugement implique, en l'absence d'autres motifs de refus de délivrance du titre de séjour sollicité, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. A B un titre de séjour d'une durée de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la date de sa notification. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés à l'instance par M. A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 26 novembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis et la décision implicite rejetant le recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A B un titre de séjour d'une durée de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A B une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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