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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204063

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204063

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantKANZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Kanza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'une carte de résident d'une durée de validité de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer la carte de résident sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

­ la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

­ elle est entachée d'erreurs d'appréciation et de fait quant à son niveau de langue française et à ses ressources au regard de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 7 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 5 août 2022.

Par lettre du 28 septembre 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, la décision attaquée du 15 octobre 2021 ne faisant pas application de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 alors que la requérante est une ressortissante congolaise. Les parties sont également informées que le jugement est susceptible d'être fondé, par substitution de base légale, sur les articles 11 et 13 de la convention.

La requérante a présenté ses observations le 1er octobre 2022 qui n'ont pas été communiquées au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise, a sollicité la délivrance d'une carte de résident. La requérante demande au tribunal l'annulation de la décision préfectorale du 15 octobre 2021 qui a rejeté sa demande.

2. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants congolais, l'article 13 de la convention du 31 juillet 1993 signée entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. "

3. D'une part, aux termes des stipulations de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 26 septembre 1994 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie peuvent obtenir un titre de séjour de longue durée, dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil. () ". Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" d'une durée de dix ans. / () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / () ".

4. D'autre part, Aux termes de l'article L. 426-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. () ". Aux termes de l'article L. 413-7 de ce code : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'État. / Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative. / Les étrangers âgés de plus de soixante-cinq ans ne sont pas soumis à la condition relative à la connaissance de la langue française. " Aux termes de l'article R. 413-15 du même code : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : / () 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. "

5. Il résulte de la combinaison de ces stipulations et dispositions qu'un ressortissant de la République démocratique du Congo peut prétendre à la délivrance d'une carte de résident à raison d'une résidence régulière et non interrompue en France de plus de trois années dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 426-17 et, notamment, à condition de justifier de ressources stables, régulières et suffisantes, appréciées sur la période des trois années précédant sa demande, au moins égales au salaire minimum de croissance, ainsi que d'un diplôme ou une certification permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe.

6. Pour refuser de délivrer à Mme A une carte de résident de dix ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré qu'elle ne justifiait ni de ressources suffisantes et stables sur la période de référence, ni du niveau de langue A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe.

7. D'une part, la requérante produit un contrat de travail à durée indéterminée, conclu le 21 février 2017, en qualité d'employée poly-compétente de restauration à temps complet, une attestation d'emploi de son employeur datée du 22 octobre 2021 confirmant la réalité de cet emploi, un bulletin de salaire au titre du mois précédant la décision attaquée mentionnant une rémunération cumulée de l'année 2021 supérieure au salaire minimum de croissance rapporté à cette période, ainsi que des avis d'impôt sur les revenus des années 2018, 2019 et 2020 sur lesquels figurent, outre les rémunérations de son partenaire civil de solidarité, les salaires qu'elle a déclarés pour des montants respectifs de 19 973 euros, 20 393 euros et 20 010 euros qui sont également supérieurs au salaire minimum de croissance. Dès lors, la requérante atteste qu'elle dispose de ressources suffisantes, stables et régulières au cours de la période de trois années précédant sa demande de délivrance d'une carte de résident.

8. D'autre part, la requérante produit une attestation dénommée " Test de connaissance du français pour la carte de résident en France " justifiant son niveau A2 de langue française le 4 décembre 2019 et valable jusqu'au 3 décembre 2021, soit postérieurement à la date de la décision attaquée du 15 octobre 2021. Dès lors, la requérante atteste de son niveau approprié en langue française pour la délivrance d'une carte de résident.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 lui refusant la délivrance d'une carte de résident d'une durée de validité de dix ans.

10. Le présent jugement implique, en l'absence d'autres motifs de refus de délivrance de la carte de résident sollicitée, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à Mme A une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés à l'instance par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 15 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis délivrer à Mme A une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme A une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. Tukov La greffière,SignéN. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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