lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2204117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | VERALLO BORIVANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, Mme E A, représentée par Me Verallo-Borivant, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'autoriser le regroupement familial au profit de son fils ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous astreinte, d'autoriser le regroupement familial sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet a inexactement apprécié la condition du logement prévu par le 2° de cet article.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2022.
Vu la pièce produite par Mme A, enregistrée le 6 octobre 2022, suite à la mesure d'instruction adressée par le tribunal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 18 juin 2015, demande l'annulation de la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial, présentée au bénéfice de son fils né le 21 septembre 2006.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; /3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".
3. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de Mme A au motif qu'elle est hébergée par un tiers et que cet hébergement fait l'objet d'une convention d'occupation temporaire dans l'attente du commencement des travaux concernant l'autoroute A103.
4. D'une part, les dispositions citées au point 2 n'exigent pas de l'étranger qui sollicite le bénéfice du regroupement familial qu'il soit juridiquement propriétaire ou locataire du logement dont il dispose à la date d'arrivée de sa famille, sous la seule réserve que ce dernier puisse être considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. En l'espèce, Mme A fait valoir sans être contestée qu'elle est hébergée par son compagnon, avec lequel elle vit en concubinage depuis 2019, et justifie de la stabilité de cette adresse par la production, notamment, de son contrat de travail conclu le 9 septembre 2019, de ses derniers bulletins de salaires émis pour les mois d'octobre, novembre et décembre 2021 et de ses avis d'impôt sur les revenus, établis en 2020 et 2021.
5. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que le logement occupé par la requérante fait l'objet d'une convention d'occupation précaire entre l'Etat et le compagnon de l'intéressé dans l'attente de la réalisation d'une opération d'ensemble concernant l'autoroute A103, pour laquelle aucune date n'a encore été fixée, cette circonstance ne saurait faire regarder l'intéressée comme ne disposant pas d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique.
6. Il suit de tout ce qui précède que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de Mme A est entachée d'une inexacte application des dispositions du 2° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
7. Par suite, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision préfectorale du 12 janvier 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Dès lors qu'il ne ressort des pièces du dossiers aucun autre obstacle au bien-fondé de sa demande, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis fasse droit à la demande de Mme A. Il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés à l'instance par Mme A C, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 janvier 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'autoriser le regroupement familial sollicité par Mme A au bénéfice de son fils dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
La rapporteure,
S. D
Le président,
C. Tukov La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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