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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204148

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204148

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars et le 27 juin 2022, M. C A, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet, faute d'examen de sa situation sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée de trois erreurs de fait ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnait l'article L. 611-3 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de droit ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

1. M. A, ressortissant algérien, a sollicité, le 22 janvier 2019, à la suite de son mariage avec une ressortissante française, un certificat de résidence en qualité de conjoint de français sur le fondement du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 5 mars 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le titre sollicité au motif qu'il ne justifiait pas d'un visa de long séjour. Cet arrêté a été annulé par un jugement du Tribunal qui a également enjoint au préfet de réexaminer sa demande de titre de séjour. Par un nouvel arrêté du 17 février 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a de nouveau rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante française au motif que son entrée en France n'était pas régulière à défaut d'avoir souscrit la déclaration dans les conditions prévues par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est marié en 2018 avec une ressortissante française, et justifie par les pièces produites, en particulier l'avis de taxe d'habitation 2020 produit sur lequel figure les deux noms, l'assurance habitation depuis le 20 mars 2020 établi au nom des deux époux, différents courriers depuis 2018 mentionnant l'adresse identique des conjoints ainsi que la facture d'électricité en 2022, de sa communauté de vie depuis la date de son mariage, soit depuis près de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est constant que le requérant justifie également de la présence régulière en France de son père, de sa belle-mère et de certains frères et sœurs. Il justifie également d'une intégration professionnelle par la production d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu en février 2020. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de la Seine-Saint-Denis a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard au but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées est fondé et de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 17 février 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. B

La présidente,

Signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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