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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204311

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204311

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantHERVIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, Mme F E épouse A, représentée par Me Hervieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 31 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de

100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'élément sur le médecin rapporteur permettant de s'assurer de la régularité de l'avis médical ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit, en s'estimant lié par l'avis du collège des médecins ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et notamment sa santé ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 novembre 2022 à 12h par une ordonnance du 14 novembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier et notamment les pièces complémentaires enregistrées pour Mme E épouse A le 22 juillet 2022 et pour le préfet le 4 novembre 2022 ;

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Bobigny en date du 17 janvier 2022 admettant Mme E épouse A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les observations de Me Hervieux représentant Mme E, épouse A, présente.

Une note en délibéré, enregistrée le 27 janvier 2023, a été présentée pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse A, de nationalité , a sollicité le la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé. Elle demande l'annulation de l'arrêté en date du 31 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait reconduite.

Sur les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (), le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. (). ". L'article R. 425-13 prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. (). "

3. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), du 30 octobre 2020 ainsi que du bordereau de transmission, qui a été communiqué dans le cadre de l'instruction, que le rapport médical a été rédigé le 8 septembre 2020 et transmis le 9 septembre 2020 par le docteur C, qui ne faisait pas partie du collège des médecins s'étant prononcé sur l'état de santé de Mme A. Par suite le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme A avant de prendre à son encontre les décisions contestées.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé lié par l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII pour rejeter la demande de délivrance de titre de séjour de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté contesté : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). "

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision contestée : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; (). "

8. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII a estimé dans son avis en date du 30 octobre 2020 que si l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces médicales produites et notamment du certificat médical du 2021 que Mme A a été soignée en 2017 pour un cancer , pour lequel elle est actuellement en rémission et bénéficie d'une surveillance biologique biannuelle et échographique annuelle. Si elle fait également état d'un glaucome, d'un asthme allergique, et d'une hépatite chronique, elle n'apporte toutefois pas d'élément suffisant de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins puis par le préfet sur l'existence d'un traitement approprié pour l'ensemble de ses pathologies et sa disponibilité dans son pays. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas à rechercher si les soins dans le pays d'origine étaient équivalents à ceux offerts en France, n'a pas méconnu à la date de la décision contestée les dispositions précitées en rejetant la demande de délivrance d'un titre de séjour de l'intéressée et en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est entrée régulièrement en France le sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, s'est maintenue sur le territoire français à l'expiration de son visa. Si elle fait état de liens familiaux en France, elle n'apporte toutefois aucun élément à l'appui de ses allégations. L'intéressée a résidé jusqu'à l'âge de quarante-six ans dans son pays où elle peut bénéficier, ainsi qu'il a été dit au point 8 d'un traitement approprié à son état de santé. Eu égard à ces éléments, le préfet n'a pas entaché ses décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale doit être écarté.

11. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, Mme A pouvant bénéficier effectivement, ainsi qu'il a été dit au point 8, d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant le Togo, pays dont elle à la nationalité, comme pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 31 mars 2021 contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E épouse A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

Mme de Bouttemont

La présidente,

Mme D

Le greffier,

T. Népost

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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