mercredi 9 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2204313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MOUBERI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 mars et 1er avril 2022, M. C A, représenté par Me Mouberi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle mentionne à tort qu'il s'est marié en 1994 au Mali avec une compatriote alors qu'il n'est pas marié avec cette femme qui est la mère de ses deux enfants majeurs ;
- elle mentionne à tort que les bulletins de salaires à un autre nom qu'il a produits ne sont pas corroborés par une attestation de concordance de l'employeur ;
- eu égard à l'ancienneté de son séjour et à son insertion professionnelle, il doit être regardé comme justifiant, alors même qu'il conserverait des attaches personnelles dans son pays d'origine, comme justifiant de motifs permettant son admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
23 septembre 2022.
Un mémoire, présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis, a été enregistré le
10 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 12 novembre 1970, a sollicité le 11 octobre 2019 son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale et en tant que salarié. Par un arrêté en date du 11 mai 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Montreuil en date du 19 mars 2021, au motif que la commission du titre de séjour n'avait, à tort, pas été saisie. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a alors saisi cette commission qui a émis le 6 janvier 2022 un avis défavorable à l'admission exceptionnelle au séjour du requérant. Par un arrêté en date du 16 février 2022, pris à la suite du réexamen de la situation administrative de M. A, le préfet de de la Seine-Saint-Denis a de nouveau refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le requérant en demande l'annulation.
I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :
I.A. En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 435-1, mentionne que si le requérant se déclare célibataire sans charge de famille, il s'est marié en 1994 au Mali avec une compatriote qui réside dans ce pays avec leurs deux enfants majeurs. Elle ajoute que l'intéressé a produit des bulletins de salaire afférents à une activité de service qu'il prétend exercer sous une identité usurpée, sans toutefois produire d'attestation de concordance de l'employeur. Enfin, elle mentionne que ces éléments ne sauraient, à eux seuls, constituer la preuve d'une activité professionnelle effective du demandeur, ni des motifs exceptionnels suffisants, susceptibles de rendre éligible M. A à l'admission au séjour à titre dérogatoire dans le cadre du travail. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, si M. A fait valoir qu'il n'est pas marié avec la mère de ses enfants, compatriote restée vivre au Mali, cette erreur de fait demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.
4. En troisième lieu, si par un jugement en date du 19 mars 2021, revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée, les juges du tribunal administratif de Montreuil ont jugé que les bulletins de salaires à un autre nom produits par le requérant pour la période de janvier 2014 à octobre 2019 sont corroborés par une attestation de l'employeur, alors que l'arrêté attaqué mentionne qu'ils ne le sont pas, cette erreur de fait demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise. Par ailleurs, ce jugement ne concerne pas la période de novembre 2019 à décembre 2020, pour laquelle le requérant a également produit des bulletins de salaire libellés à un autre nom que le sien, de telle sorte que l'arrêté n'est pas entaché d'erreur de fait pour cette période.
5. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. M. A, qui n'a aucune attache familiale en France mais en a dans son pays d'origine au moins avec ses deux enfants majeurs qui y vivent, fait valoir qu'il est arrivé en France en 2009, y réside depuis de façon habituelle et continue et travaille depuis 2013. Si, ainsi qu'il a été dit au point 4, le requérant établit avoir travaillé pour la période de janvier 2014 à octobre 2019, il ne le fait pas pour ce qui concerne la période de novembre 2019 à décembre 2020 dès lors qu'il produit des bulletins de salaire à un autre nom qui ne sont pas corroborés par une attestation de l'employeur et il ne produit aucun bulletin de salaire pour la période de janvier 2021 à janvier 2022. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
I.B. En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.
I.C. En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
I.D. En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant exposée ci-dessus au point 6 et à la circonstance qu'il s'est déjà soustrait à trois précédentes mesures d'éloignement en date du 7 mai 2010, du 23 avril 2014 et du 23 mars 2016, ainsi que le mentionne l'arrêté attaqué non contesté sur ce point, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et que cette décision serait disproportionnée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 février 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
III- Sur les frais liés au litige:
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
14. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, le remboursement au requérant des frais liés au litige. Les conclusions susvisées doivent dès lors être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme de Bouttemont, première conseillère,
- M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.
Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. DLa greffière,SignéA. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026