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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204315

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204315

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 et 23 mars 2022,

Mme D B épouse A, représentée par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les décisions de refus de renouvellement de son titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande, dès lors qu'elle justifie avoir déposé une demande de regroupement familial sur place ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 25 juillet 2022 à 12 h par une ordonnance du

23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les observations de Me Raymond représentant Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, de nationalité , est entrée en France le 2017 afin de poursuivre ses études. Elle a été bénéficiaire en dernier lieu d'un certificat de résidence algérien en qualité d'étudiant valable du 2021. Elle a sollicité le 12 février 2021 la délivrance d'un certificat de résidence algérien au titre de sa vie privée et familiale en faisant valoir son mariage le avec un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence de dix ans. Elle demande l'annulation de l'arrêté en date du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour rejeter la demande de Mme B épouse A tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien au titre de sa vie privée et familiale, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que l'intéressée ", est susceptible de pouvoir bénéficier de la procédure de regroupement familial () ; qu'à ce jour, elle n'a pas été en mesure de présenter la preuve de cette démarche malgré nos nombreuses relances. "

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment des échanges de mails produits par la requérante que le préfet a demandé pour la première fois le 2021, soit après six mois d'instruction du dossier, la production sous quinzaine de l'attestation d'une nouvelle pièce relative au dépôt d'une demande de regroupement familial sur place. Mme B épouse A a transmis par retour de mail dès le 26 octobre 2021 copie de la demande faite par son époux dès réception de la demande des services préfectoraux, accompagnée des justificatifs de l'envoi en recommandé. La demande a été réceptionnée le 26 octobre 2021 par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le préfet, qui se fonde sur l'absence de production du justificatif de dépôt de la demande de regroupement familial, ne peut être regardé comme ayant procédé, à la date de la décision contestée, à un examen complet et particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, Mme B épouse A est fondée à demander pour ce motif l'annulation de la décision de refus de titre de séjour contestée.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu de prononcer l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 30 novembre 2021 rejetant la demande de titre de séjour de Mme B épouse A. Les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent, par voie de conséquence, être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif de l'annulation, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de Mme B épouse A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir en tenant compte de la demande de regroupement familial sur place effectuée par son époux et de lui délivrer, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros que Mme B épouse A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de Mme B épouse A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B épouse A une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

Mme de Bouttemont

La présidente,

Mme ELe greffier,

T. Népost

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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