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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204335

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204335

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSEILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, M. B, représenté par Me Seiller demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire :

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portance obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 18 janvier 2022, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Myara, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais, né le 12 avril 1972, déclare être entré sur le territoire français le 14 avril 2010. Par un arrêté du 10 mai 2021, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. En outre, il mentionne les éléments relatifs à la situation privée, familiale et professionnelle de l'intéressé, en considération desquels le préfet a estimé que M. B ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant, le délai de départ de trente jours serait insuffisant pour quitter le territoire et qu'il y avait lieu de lui accorder, un délai plus important. Les décisions en cause comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elles seraient entachées d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. M. B déclare être entré en France le 14 avril 2010 et y résider à titre habituel. Toutefois, les pièces produites par l'intéressé, notamment au titre des années 2012 et 2020, ne sont pas suffisamment probantes, pour établir la réalité et la continuité de son séjour depuis cette date. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être consultée préalablement à l'édiction du refus de titre de séjour en litige.

5. En troisième lieu, M. B se prévaut de la durée de son séjour, au demeurant non établie comme il vient d'être dit, ainsi que de son intégration professionnelle et de l'ensemble de ses attaches privées et sociales nouées sur le territoire français. Cependant, l'intéressé n'apporte aucun élément permettant de justifier de son activité professionnelle ou des intérêts qu'il aurait fixés en France. En outre, il est constant que l'épouse et les enfants du requérant résident toujours au Bengladesh, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 38 ans. Enfin, si M. B fait valoir que le préfet ne pouvait se fonder sur la circonstance qu'il était connu au fichier des antécédents judiciaires, dès lors que les faits reprochés sont anciens et d'une gravité relative, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet aurait pris la même décision, s'il n'avait pas tenu compte de cette circonstance. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de le régulariser. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré par le requérant de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5, les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que ces décisions méconnaîtraient les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que le préfet aurait entaché ces décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 5 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

9. M. B ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour présenterait, dans son principe ou sa durée, un caractère disproportionné.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Seiller.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

M. Marias, premier conseiller,

Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,

A. MyaraH. Marias

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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