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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204390

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204390

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantKOUAMO DARLY RUSSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Kouamo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel la décision portant refus de séjour est fondée, et l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Nour a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née en 1999, a sollicité le 7 octobre 2021 le renouvellement d'un titre de séjour. Par un arrêté du 21 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir que Mme A a finalement été admise au séjour compte tenu des éléments qu'elle a présentés et qu'elle a été mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 17 octobre 2022 au 16 janvier 2023 puis d'une carte de séjour valable du 29 novembre 2022 au 28 novembre 2023. Cependant, cette circonstance ne permet pas de considérer que l'arrêté attaqué, en date du 21 février 2022, n'avait pas reçu de commencement d'exécution pendant la période où il était en vigueur. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet de la Seine-Saint-Denis, la requête a conservé son objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention ''étudiant''. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes du l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au bon déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 421-1 () ".

5. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", d'apprécier si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné au caractère réel et sérieux, ainsi qu'à la progression des études poursuivies.

6. L'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France en qualité d'étudiant. Dès lors que l'article 9 de la convention franco-ivoirienne prévoit la délivrance de titres de séjour pour les étrangers ayant la qualité d'étudiant, une ressortissante ivoirienne souhaitant obtenir un titre de séjour au titre de cette qualité doit être regardée comme relevant des stipulations de la convention précitée.

7. Il s'ensuit que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait légalement rejeter la demande de renouvellement d'un titre de séjour étudiant présentée par Mme A en se fondant sur la circonstance que cette dernière ne remplissait pas les conditions énoncées par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, par suite, de substituer à cette base légale erronée l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point.

8. Mme A soutient qu'elle était inscrite au titre de l'année universitaire 2021-2022 au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) pour préparer le diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG) en alternance au rythme de deux jours de présence au sein de l'établissement de formation et trois jours en entreprise. Elle produit un certificat de scolarité en date du 27 septembre 2021 au titre de l'année universitaire 2021-2022, selon lequel elle était régulièrement inscrite au CNAM et un récapitulatif d'inscription, en date du 23 mars 2022, pour présenter des épreuves en vue de l'obtention d'un diplôme de comptabilité et de gestion. En estimant que le caractère sérieux des études poursuivies par Mme A n'était pas établi, le préfet a entaché la décision portant refus de titre de séjour en litige d'une erreur d'appréciation et fait ainsi une inexacte application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête de Mme A, que l'arrêté attaqué doit être annulé en toutes ses décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Comme exposé au point 3, Mme A est titulaire d'un titre de séjour valable du 29 novembre 2022 au 28 novembre 2023. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 février 2022 est annulé.

Article 2 : L'État versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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