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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204397

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204397

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantRANDRIAMBELSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 21 mars 2022 et le 11 janvier 2023, M. A, représenté par Me Randriambelson, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 février 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais d'instance au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour : son auteur est incompétent faute de justifier d'une délégation de signature régulière ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît le 11° de l'article L. 313-11, devenu L. 425-9, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : son auteur est incompétent faute de justifier d'une délégation de signature régulière ; elle est insuffisamment motivée ; elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît le 10° de l'article L. 511-4, devenu le 9° de l'article L. 611-3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11, devenu article L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît l'article L. 513-2, devenu article L. 721-4, de ce même code et l'article 3 de cette même convention ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : son auteur est incompétent faute de justifier d'une délégation de signature régulière ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2, devenu L. 721-4, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 3 novembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. E, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, né le 31 décembre 1994 et déclarant être entrée en France en décembre 2019, a sollicité, le 17 septembre 2021, une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notamment refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 24 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs du 27 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C pour signer, notamment, les décisions de la nature de celles qui sont attaquées en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque donc en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par conséquent, suffisamment motivée.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 décembre 2021, par ailleurs versé au dossier, indiquant que, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier dans son pays d'origine du traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers ce pays. M. A, qui entend contester le sens de cet avis et plus particulièrement la disponibilité des soins adéquats dans son pays d'origine, se borne toutefois à verser à l'instance quelques certificats médicaux établis à différentes dates par le même professeur exerçant au sein de l'hôpital Bichat, selon lesquels il n'est pas certain que les traitements nécessaires pour soigner l'hypothyroïdie post-thyroïdectomie partielle dont il souffre puissent être administrés dans son pays d'origine, ainsi qu'à évoquer l'état de déréliction du système de santé malien. Les documents produits ne sont ainsi pas de nature à remettre en cause la teneur de l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration quant à l'existence d'une offre de soins pouvant répondre aux besoins médicaux du requérant en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que, par la décision attaquée, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 2, que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 3, la décision portant obligation de quitter le territoire, qui ne nécessite pas de motivation distincte de celle portant refus de titre de séjour, est suffisamment motivée.

8. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à celle, ici contestée, portant obligation de quitter le territoire, ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 5, l'état de santé de M. A ne peut être regardé comme entrant dans les prévisions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement attaquée méconnaîtrait ces dispositions ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11, devenu article L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

12. Si M. A, célibataire et sans charge de famille, déclare être entré en France en décembre 2019, il ne justifie pas de sa résidence habituelle sur le territoire depuis lors et n'établit, ni même n'allègue, disposer d'une quelconque insertion professionnelle. Ainsi, la décision d'éloignement attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, la seule circonstance qu'un cousin de l'intéressé résiderait en France de manière régulière n'étant pas, à elle-seule et à la supposer établie, de nature à remettre en cause cette appréciation. M. A n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième et dernier lieu, les moyens tirés des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine par M. A fondés sur les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sur les dispositions de l'article L. 513-2, devenu L. 721-4, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont inopérants à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a pas pour objet de fixer le pays de destination.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 2, que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En outre, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 513-2, devenu L. 721-4, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

16. M. A soutient craindre d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Cependant, en se bornant, d'une part, à évoquer la situation chaotique régnant au Mali et le caractère erratique des soins médicaux prodigués sur place, sans assortir ces allégations d'éléments et de pièces plus circonstanciés, et, d'autre part, à alléguer, sans en justifier ainsi qu'il a été dit au point 5, de l'indisponibilité dans ce pays des soins médicaux que nécessite son état de santé, l'intéressé ne peut être regardé comme justifiant encourir les risques dont il fait ainsi état. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations et dispositions précitées doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées du 22 février 2022. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions présentées par l'intéressé aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles, au demeurant non chiffrées, tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Randriambelson et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Toutain, président,

- M. Thobaty, premier conseiller,

- M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

C. ELe président,

E. Toutain

La greffière,

Signé

A. Diallo

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204397

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