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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204457

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204457

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantDELORME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2022, M. F E, ressortissant marocain représenté par Me Lucile Delorme, avocate, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et condamner l'Etat à verser à son conseil, Me Delorme, une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. E soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a régulièrement été communiquée à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit d'observation en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président ;

- et les observations de Me Delorme, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. F E, ressortissant marocain né le 29 mars 1997 à Agadir (Maroc), est entré régulièrement en France le 25 août 2016 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Le 29 mars 2021, se prévalant de son activité de boxeur professionnel, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent" sur le fondement de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 février 2022, dont M. E demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2.M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté préfectoral attaqué :

3.Aux termes de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont la renommée nationale ou internationale est établie ou susceptible de participer de façon significative et durable au développement économique, à l'aménagement du territoire ou au rayonnement de la France et qui vient y exercer une activité dans un domaine scientifique, littéraire, artistique, artisanal, intellectuel, éducatif ou sportif se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte permet l'exercice de toute activité professionnelle. ". Aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " délivrée à l'étranger dont la renommée internationale est établie : " 2. Pièces à fournir en première demande, en renouvellement ou en changement de statut : / -tout document de nature à établir votre notoriété nationale ou internationale dans le domaine choisi / -justificatif de moyens d'existence correspondant au SMIC à un temps plein. () ".

4.Il ressort des pièces du dossier que M. F E, ressortissant marocain âgé de 24 ans à la date de la décision attaquée, a effectué, en 2017, un premier stage de boxe avec l'Equipe de France et a depuis participé à plusieurs compétitions. M. E a remporté le championnat d'Ile-de-France en 2017. Il a également été vainqueur de la Coupe du Val d'Oise en 2018. Il a, en 2018, participé au tournoi international " les Ceintures " et a remporté le tournoi des Ceintures des Hauts de Seine. M. E s'entraîne régulièrement, depuis 3 ans, sur le Pôle France de l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP). Il est, depuis 2019, partenaire d'entraînement avec l'équipe de France de boxe à I'INSEP. Le requérant est, en outre, inscrit sur les listes ministérielles dans la catégorie " collectif national ". M. E bénéficie du soutien de M. C D, directeur technique national de la Fédération française de boxe (FFB), qui atteste : " son niveau, s'il devait obtenir sa naturalisation en 2022, lui permettrait de participer aux championnats de France, voire d'intégrer le collectif France dans la perspective de 2024 et 2028 ". M. B A, directeur technique national par intérim de la FFB atteste également : " M. E fait partie de l'équipe des partenaires d'entraînement du pôle France boxe INSEP depuis l8 mois. Son niveau, s'il devait obtenir sa naturalisation, lui permettrait de participer aux championnats de France en 2022, d'être listé " sportif de haut niveau ", et d'intégrer le collectif France en vue de faire partie de boxeurs à potentiel en matière de sélection pour les prochains jeux 2024 et 2028 ". Plusieurs autres attestations délivrées par la Fédération française de boxe confirment que M. E est partenaire d'entraînement avec le Pôle France boxe et a contribué à la préparation des jeux olympiques de 2021. M. E est licencié, depuis plusieurs années, au sein du club Top Rank Bagnolet. Il est pleinement investi dans la vie du club, et s'entraîne régulièrement, au sein du club, avec des champions mondiaux et olympiques.

5.Il ressort ainsi des pièces du dossier que M. E pratique depuis cinq ans la boxe à un haut niveau ; qu'il a participé à l'entraînement de l'équipe de France pour les jeux olympiques de 2021 ; que, largement soutenu par son club et par la Fédération française de boxe, il présente un niveau suffisant pour être sélectionné en équipe de France, dans la perspective des Jeux Olympiques 2024. A cet égard il convient de relever que le requérant s'est vu proposer d'intégrer l'équipe marocaine pour les jeux olympiques, mais a souhaité être en mesure de représenter la France dans des compétitions internationales de haut niveau et envisage à cette fin de solliciter sa naturalisation française, démarche subordonnée à la régularité de son séjour en France. Dans une attestation établie à Pantin le 10 mars 2023, M. C D certifie : " Pour la 3ème année consécutive, M. F E, de par son niveau sportif, participe à la préparation de l'équipe de France masculine de boxe en tant que partenaire d'entraînement, au sein du Pôle France INSEP. Sérieux, rigoureux et travailleur, les entraîneurs nationaux font régulièrement appel à lui lors des séances d'opposition. Ses qualités sportives sont reconnues et lui ont permis de figurer sur les listes ministérielles dans la catégorie "collectif national". Dans l'incapacité de prendre part aux Championnats de France et compétitions internationales, il s'est néanmoins distingué le week-end dernier en remportant la Coupe de France, compétition nationale également ouverte aux boxeurs étrangers, après avoir livré 3 combats de haut niveau. Également investi sur le plan de la formation, il est en passe d'obtenir son diplôme d'entraîneur fédéral. L'accélération de son processus de naturalisation serait un vrai plus pour la Fédération Française de Boxe. "

6.Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait une inexacte application des dispositions législatives précitées en estimant que M. E ne démontrait pas que sa renommée nationale ou internationale est établie ou qu'il est susceptible de participer de manière significative et durable au rayonnement de la France et en refusant pour ce motif de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

7.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8.En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le titre de séjour sollicité soit délivré au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la

Seine-Saint-Denis de délivrer ce titre de séjour au requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. E.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9.M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Delorme, avocate de M. E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Delorme de la somme de 1 000 (mille) euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 10 février 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à M. E et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. E une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Delorme une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me Delorme renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le président-rapporteur,

M. G

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

N. Dupuy-Bardot

La greffière,

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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