mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2204483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | NEMIS PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2022, la SCI Nami, représentée par Me Meunier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 21-0501 du 23 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a enjoint de faire cesser l'état d'insalubrité que présente le local situé en sous-sol du pavillon édifié au 42 avenue Carnot à Bondy, de supprimer les équipements sanitaires et la cuisine au départ des occupants actuels et de reloger ces derniers dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêté, ainsi que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté son recours gracieux du 19 novembre 2021 contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- a été pris au terme d'une procédure irrégulière, le caractère contradictoire de la procédure préalable à l'édiction de l'arrêté attaqué n'ayant pas été respecté ;
- le sous-sol n'a pas été transformé illégalement en habitation dès lors qu'il a fait l'objet d'un permis de construire ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Nami est la propriétaire d'un local en sous-sol du pavillon situé au 42 avenue Carnot à Bondy. Par un arrêté n° 21-0501 du 23 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a enjoint de remédier à l'état d'insalubrité de ce local, de supprimer les équipements sanitaires et la cuisine au départ des occupants actuels et de reloger ces derniers dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêté. La SCI Nami demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité externe :
2. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 16 juin 2021, l'administration a invité la gérante de la SCI Nami à présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, que la gérante a été avisée de ce courrier le 1er juillet 2021 mais qu'elle ne l'a pas réclamé dans le délai d'instance au bureau de poste. La circonstance que ce courrier soit parvenu au domicile de cette dernière durant ses congés estivaux est sans incidence alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée aurait accompli les diligences nécessaires pour faire suivre son courrier ou prévenir l'administration de son absence temporaire. Ainsi, la gérante de la SCI Nami doit être regardée comme ayant été régulièrement invitée à présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
Sur la légalité interne :
En ce qui concerne la transformation illégale du local en habitation :
3. Compte tenu de l'indépendance des législations en matière de salubrité des immeubles, d'une part et d'urbanisme d'autre part, la SCI Nami ne peut utilement soutenir que le local en cause, ayant fait l'objet d'un permis de construire, est propre à l'habitation. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le caractère propre à l'habitation du local :
4. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. / () Les décrets pris en application de l'article L. 1311-1 et, le cas échéant, les arrêtés pris en application de l'article L. 1311-2 précisent la définition des situations d'insalubrité ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur suroccupation ". Aux termes de l'article R. 1331-17 du code de la santé publique : " Sont par nature impropres à l'habitation et ne peuvent en conséquence être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, par application de l'article L. 1331-23 : / () 2° Les sous-sols, les combles, les pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, les pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur, ou celles dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, sauf s'ils répondent aux exigences respectivement fixées par les articles R. 1331-18 à R. 1331-23 ". Aux termes de l'article R. 1331-18 du même code: " Un sous-sol peut être mis à disposition aux fins d'habitation si ses caractéristiques ne constituent pas un risque pour la santé de l'occupant et s'il répond aux conditions cumulatives suivantes :-il satisfait aux exigences de hauteur sous plafond, d'ouverture sur l'extérieur, d'éclairement et de configuration posées respectivement par les articles R. 1331-20 à R. 1331-23 ;-les ouvertures sur l'extérieur n'exposent pas les occupants à des sources de pollution, notamment, à des émissions des gaz d'échappement de véhicules à moteurs thermiques ; -il est aménagé à usage d'habitation () ". Aux termes de l'article R. 1331-21 du même code : " Les pièces de vie d'un local sont pourvues d'une ouverture sur l'extérieur donnant à l'air libre, le cas échéant par l'intermédiaire d'un volume vitré donnant lui-même à l'air libre, et présentent une section ouvrante permettant une aération naturelle suffisante. Au moins une de ces pièces est munie d'une fenêtre ou d'une baie offrant une vue sur l'extérieur correspondant au minimum à un prospect permettant un éclairement naturel suffisant tel qu'il est défini à l'article R. 1331-22 ". Aux termes de l'article R. 1331-22 du même code : " L'éclairement naturel dont sont pourvues les pièces de vie d'un local est suffisant lorsque l'éclairement au centre de celle-ci permet d'y lire par temps clair et en pleine journée sans recourir à un éclairage artificiel ".
5. Le recours dont dispose le propriétaire d'un logement contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare ce logement insalubre et prescrit les mesures nécessitées par les circonstances est un recours de plein contentieux. Il appartient au juge administratif de se prononcer d'après l'ensemble des circonstances de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue.
S'agissant de l'insuffisance de l'éclairement naturel :
6. L'arrêté attaqué relève que le local en cause est par nature impropre à l'habitation au sens des dispositions précitées de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique dès lors qu'il est situé au sous-sol du pavillon situé au point 1, que l'éclairement naturel est insuffisant dans les pièces utilisées comme chambres et que la pièce de vie est une pièce aveugle, sans ouvrant donnant à l'air libre et sans éclairement naturel. Si la société requérante soutient que la pièce de vie est éclairée naturellement par la porte d'entrée dont la partie supérieure est vitrée et par deux fenêtres verticales de part et d'autre de cette porte, le plan du local qu'elle produit ne montre pas l'existence de ces éléments. En outre, la circonstance, à la supposer établie, que l'ouverture vers l'extérieur de la chambre " aveugle " ait été occultée par les occupants est sans incidence dès lors que l'arrêté attaqué a pour seul objet de remédier à l'état d'insalubrité du local en cause, à la date à laquelle il est statué sur la légalité de cet acte. Enfin, la société requérante ne produit aucun élément de nature à établir que l'éclairement naturel dans la chambre médicalisée serait suffisant, alors qu'il ressort des photographies du rapport que cette pièce comporte une fenêtre ne laissant pénétrer que faiblement la lumière extérieure, de sorte qu'il n'est pas possible d'y lire par temps clair et en pleine journée sans lumière artificielle. Par suite, l'erreur de fait sur ce point doit être écartée.
S'agissant de l'insuffisance d'isolation du local ainsi que ses murs humides et dégradés :
7. Le préfet a relevé, dans l'arrêté attaqué, que le local en cause était insuffisamment isolé et que les murs de celui-ci étaient humides et dégradés. La circonstance invoquée par la SCI Nami, à la supposer établie, que ces désordres soient imputables aux locataires et que ces derniers ne l'ont pas informée d'un dysfonctionnement du système d'aération, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dont l'objet est seulement de de faire cesser les causes de l'insalubrité. En outre, la société requérante, en faisant valoir que le maintien des locataires dans le logement en dépit de la proposition de relogement qu'elle leur a adressée fait obstacle à la réalisation des travaux nécessaires à la remise en état du local, n'établit ni n'allègue avoir remédié aux désordres en cause. Par suite, l'erreur de fait sur ce point doit être écartée.
S'agissant de l'insuffisance du système de chauffage et le risque électrique :
8. Le préfet a relevé, dans l'arrêté attaqué, que le local ne disposait pas d'un système de chauffage approprié, présentait un risque d'intoxication au monoxyde de carbone dû à la présence d'un appareil fonctionnant au gaz et en absence d'une ventilation efficace, ainsi qu'un risque électrique. La circonstance invoquée par la SCI Nami, à la supposer établie, que ces désordres seraient imputables aux locataires, lesquels auraient remplacé les radiateurs électriques que comportait le local par un poêle à gaz, sans l'autorisation du bailleur et sans l'en avoir informé et que ceux-ci auraient décroché le réseau électrique et n'auraient pas entretenu le tableau électrique de l'entrée, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dont l'objet est seulement de de faire cesser les causes de l'insalubrité. En outre, la société requérante, en faisant valoir que le maintien des locataires dans le logement en dépit de la proposition de relogement qu'elle leur a adressée fait obstacle à la réalisation des travaux nécessaires à la remise en état du local, n'établit ni n'allègue avoir remédié aux désordres en cause. Par suite, l'erreur de fait sur ce point doit être écartée.
S'agissant de la qualification erronée de sous-sol :
9. En dernier lieu, la circonstance, à la supposer établie, que le local en cause soit situé au sous-sol du pavillon situé au point 1 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors qu'il résulte des dispositions précitées de l'article R. 1331-17 du code de la santé publique qu'un local situé en sous-sol n'est pas impropre à l'habitation s'il répond aux conditions énoncées aux articles R. 1331-18 à R. 1331-23 précités du code de la santé publique. En tout état de cause, il résulte des motifs exposés aux points 6 à 8 que le local ne satisfait pas à ces conditions. Est de même sans incidence la circonstance que les locaux aient été qualifiés de " rez-de-jardin " par la direction générale des finances publiques. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait sur ce point doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Nami n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué doit être annulé. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles tendant à la mise à la charge de l'Etat les entiers dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la SCI Nami est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Nami et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
La magistrate désignée,
C. A
Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026