mercredi 20 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2204549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DUPUY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, M. B A, représenté par Me Dupuy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 10 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 250 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'en l'absence de la possibilité de vérifier que le nom du médecin rapporteur ne figure pas sur l'avis du 29 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pu s'assurer de la régularité de la composition du collège des médecins de l'OFII ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet, qui n'a tenu aucun compte des circonstances humanitaires afférentes à sa situation médicale, a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Guiral a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 15 septembre 1992 à Tiznit (Maroc), a sollicité le 4 février 2021 son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 11°) de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reprises depuis à l'article L. 425-9 du même code. Par l'arrêté attaqué du 25 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, M. A soutient que, faute de pouvoir vérifier que le nom du médecin instructeur ayant établi le rapport médical ne figurait pas sur l'avis, l'autorité préfectorale n'a pu s'assurer de la régularité de la composition du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Toutefois, l'arrêté attaqué, qui mentionne expressément que l'avis médical émis le 29 avril 2021 était joint en page 4, précise que " le collège des médecins ayant rendu l'avis () a été régulièrement constitué et que le médecin instructeur s'est abstenu d'y siéger ". Par suite, le moyen tel qu'il est soulevé par le requérant ne peut être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant le préfet a considéré, au vu de l'avis du collège de médecin de l'OFII, que le défaut de prise en charge médicale du requérant ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. A soutient qu'il est atteint d'un retard de développement mental depuis la naissance et que sa situation médicale s'est nettement dégradée depuis l'année 2020, notamment sur le plan ophtalmologique. Il produit, à l'appui de sa requête, quatre certificats médicaux émanant de son médecin traitant et de différents praticiens hospitaliers de l'hôpital Saint-Antoine et de l'hôpital La Pitié Salpêtrière mentionnant qu'il souffre d'une déficience intellectuelle avec un trouble du comportement, d'une macrocéphalie, d'un trouble de la marche et d'une neuropathie optique bilatérale, que son acuité visuelle avec correction est de 1/10e à l'œil droit et de 0,05/10e à l'œil gauche, que son état de santé nécessite une prise en charge spécialisée neurologique et génétique pluridisciplinaire ainsi qu'une orientation en milieu spécialisé pour son handicap et qu'une investigation médicale est en cours pour poser le diagnostic neurologique et génétique de la maladie dont il est atteint. Toutefois, s'ils décrivent la maladie et les handicaps du requérant ainsi que les troubles qui en résultent, ces documents ne permettent pas de faire considérer que les handicaps du requérant sont susceptibles de faire l'objet de traitements curatifs. En tout état de cause, ils ne mentionnent pas avec suffisamment de précision les risques qu'entraînerait pour l'intéressé l'interruption de sa prise en charge médicale et ne permettent dès lors pas de contredire l'appréciation portée par le préfet sur son état de santé. Il en va de même du certificat établi par un médecin expert qui, s'il relève un risque de " mortalité prématurée ou handicap sévère ", précise, après avoir décrit l'état de déficience mentale et intellectuelle ainsi que les handicaps, notamment visuels de M. A, que la prise en charge demeure à visée diagnostique en vue d'une proposition thérapeutique à formuler. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A bénéficie, en France, à la date de l'arrêté attaqué d'une quelconque prise en charge thérapeutique dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui ne s'est pas cru lié par l'avis émis par le collège de médecins, a pu, sans commettre d'erreur de droit et ni méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 425-9, refuser au requérant la délivrance du titre de séjour sollicité.
5. En dernier lieu, si M. A souffre d'un lourd handicap qui nécessite une assistance par une tierce personne pour les actes de la vie quotidienne, il ressort des pièces du dossier qu'il a quitté le Maroc à l'âge de trente-deux ans et que ses parents ainsi que ses trois frères et sœurs y vivent. Il n'est pas établi que l'aide que requiert son état de santé ne pourrait pas lui être apportée dans son pays d'origine, notamment par les membres de sa famille qui y résident, le requérant n'apportant d'ailleurs, hormis une attestation d'hébergement peu précise, aucun élément de nature à établir que son oncle l'assisterait dans la vie quotidienne. Par suite, en refusant de l'admettre au séjour, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs qui viennent d'être énoncés, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 4.
8. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 5.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme, est susceptible de soulever un problème au regard de l'article 3 les cas d'éloignement d'une personne gravement malade dans lesquels il y a des motifs sérieux de croire que cette personne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l'absence de traitements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d'accès à ceux-ci, à un risque réel d'être exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie.
11. En l'espèce, si l'état de santé de M. A nécessite des soins médicaux, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale pourrait avoir pour lui, ainsi qu'il a été précédemment exposé, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, il n'est ni établi ni même allégué qu'il serait exposé à un risque de déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé en cas de retour au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Par suite, le moyen tiré de violation des stipulations de l'article 3 la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dupuy et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Gauchard, président,
- Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
- M. Guiral, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.
Le rapporteur,
S. Guiral
Le président,
L. Gauchard
La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026