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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204630

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204630

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantTAELMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 mars 2022 et le 17 août 2022, M. B A, représenté par Me Taelman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour avec une autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du trentième jour suivant la notification du jugement, en cas d'annulation pour un motif de fond, à défaut, de réexaminer son dossier dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ; elle est entachée d'erreur de droit ; l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus ; l'article L. 435-1 du code précité a été méconnu, alors qu'en outre il remplit les conditions posées par la circulaire du 28 novembre 2012 ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de changement de statut ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ; elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 27 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mars 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- et les observations de Me Le Pors, substituant Me Taelman, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 11 juillet 1996 à Moulvibazar (Bangladesh) qui avait obtenu l'asile en France par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 28 août 2017, a renoncé au statut de réfugié auprès du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a constaté cette renonciation par une décision du 27 janvier 2021. Le 8 mars 2021, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour au préfet de la Seine-Saint-Denis. Par un arrêté du 26 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur certains moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1836 19 juillet 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis spécial du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions contenues dans cet arrêté en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 424-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce avec une précision suffisante les éléments relatifs à la situation M. A pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, cette décision de refus comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée conformément aux exigences de motivation prévues notamment par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français ayant pour fondement les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet, conformément à l'article L. 613-1 du même code, d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre qui, ainsi qu'il a été dit, est suffisamment motivée. Enfin, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce avec une précision suffisante les éléments de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi, en précisant que M. A est un ressortissant bangladais et qu'il pourra être éloigné d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour et la décision fixant le pays de renvoi n'auraient pas été précédées d'un examen complet par le préfet de la Seine-Saint-Denis de la situation du requérant.

Sur les autres moyens d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, le requérant, qui indique avoir sollicité un changement de statut, n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour sur un autre fondement que l'article L 424-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions de ce code, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait examiné la situation du requérant sur un autre fondement que celui de l'article L 424-5 mentionné ci-dessus. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit et de la méconnaissance des articles L. 423-23 et 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en tout état de cause, de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A soutient que depuis le mois d'octobre 2016, il réside continuellement en France, où se situent tous ses liens et où il est inséré socialement et professionnellement. Toutefois, l'arrêté attaqué, non contesté sur ce point, mentionne qu'il est célibataire et sans charge de famille. En outre, le requérant, qui n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside son père, n'apporte aucun élément permettant de justifier des liens dont il se prévaut. Enfin, si M. A établit avoir été employé en qualité de cuisinier du mois de janvier au mois de septembre 2018, puis d'employé polyvalent dans le secteur de la restauration du mois de février 2019 au mois de juillet 2020, il ne résulte pas de ces activités, au demeurant exercées à temps partiel en ce qui concerne le premier emploi, qu'il pourrait se prévaloir, à la date de l'arrêté attaqué, d'une insertion professionnelle très significative. Il suit de là que la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ".

11. M. A soutient qu'il est issu de la communauté hindoue, qui est une minorité religieuse persécutée au Bangladesh, de sorte que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait décider de l'éloigner vers ce pays sans méconnaître les textes précités. Toutefois, le requérant n'apporte pas d'élément susceptible d'établir qu'il existait, à la date de l'arrêté attaqué, des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de retour dans son pays d'origine il se trouverait personnellement exposé aux risques qu'il invoque, en se bornant à faire état de violences subies par la communauté hindoue, au demeurant sur la base d'éléments documentaires pour la plupart antérieurs de plus de deux ans à la date à laquelle il a déclaré, lors de sa demande de renonciation au statut de réfugié, le 6 novembre 2020, que ses problèmes dans son pays d'origine étaient en cours de résolution. D'ailleurs, s'il fait valoir que c'est pour rendre visite à son père malade, demeuré au Bangladesh, qu'il a renoncé au statut de réfugié qui lui avait été accordé, il ressort des pièces du dossier qu'il était expressément informé que cette renonciation signifiait qu'il estimait que les craintes qu'il avait exprimées lors de sa demande d'asile en France avaient cessé d'exister et qu'il pouvait se rendre dans son pays d'origine sans risque d'être inquiété. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des textes précités doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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