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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204640

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204640

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 mars et 11 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de renouveler son titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est insuffisamment motivée ; le préfet a mal apprécié sa situation personnelle, dès lors qu'elle a fourni tous les justificatifs qui lui étaient demandés ; elle répond aux conditions pour bénéficier du titre de séjour mentionné à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ainsi qu'au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.

Par une ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2022.

Un mémoire présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis a été enregistré le 31 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires, signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord, signé à Dakar le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Charageat a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 11 septembre 1993 à Bakel, a déposé le 25 juin 2020 une demande de renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiant ", dont elle était titulaire. Par un arrêté du 22 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme A, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que celle-ci n'avait pas complété sa demande, en dépit des deux courriels qu'il lui avait adressés les 1er décembre 2021 et 25 janvier 2022, de sorte que son dossier n'était pas conforme aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante soutient qu'elle a complété son dossier en produisant les justificatifs demandés par un courriel des services préfectoraux daté du 24 février 2021, sollicitant la communication d'une attestation d'inscription dans un cursus d'études supérieures pour l'année universitaire 2020-2021, d'une attestation d'ouverture des droits à la sécurité sociale pour la même période, d'une attestation d'assiduité établie par l'établissement d'enseignement concerné au titre de l'année universitaire 2019-2020 ainsi que des documents justifiant de moyens d'existence suffisants. La requérante justifie être en possession d'un contrat de travail et de bulletins de salaire correspondants couvrant une période de plus de trois ans à la date de l'arrêté attaqué, de nature à justifier, tant de ses moyens d'existence que d'une couverture sociale, ainsi que d'une attestation d'assiduité portant sur sa deuxième année de master à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense durant l'année universitaire 2019-2020. En outre, si par un courriel du 24 février 2021 adressé à la préfecture de la Seine-Saint-Denis elle a indiqué ne pas être inscrite dans un établissement d'enseignement supérieur au titre de l'année universitaire 2020-2021 et vouloir différer d'une année son inscription en doctorat, elle justifie s'être inscrite dans un établissement de formation pour une période de trois ans à compter du 10 mars 2021. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a produit aucune pièce ni aucun mémoire avant la clôture de l'instruction, n'a apporté aucun élément susceptible d'établir que les pièces mentionnées ci-dessus ne correspondaient pas aux justificatifs nécessaires pour compléter le dossier de demande de renouvellement du titre de séjour de la requérante. Par suite, cette dernière est fondée à soutenir qu'en rejetant cette demande au seul motif que son dossier était incomplet, le préfet n'a pas correctement apprécié sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ainsi que des décisions subséquentes prises par l'arrêté du 22 février 2022 en litige. Par suite, il y a lieu d'annuler l'ensemble de ces décisions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique seulement que l'autorité administrative procède au réexamen de la situation administrative de Mme A et délivre à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que cette autorité ait à nouveau statué sur son cas. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de prescrire d'office la délivrance, sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour à la requérante.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait obtenu, ni même sollicité, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 22 février 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer sans délai à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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