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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204748

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204748

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLENORMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2022, Mme B E, représentée par Me Lenormand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

­ la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence de son signataire et d'insuffisance de motivation ;

­ elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur de fait sur l'existence d'une vie commune ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

­ la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la décision relative au délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 9 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 11 juillet 2022.

Sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, une pièce a été demandée, le 22 septembre 2022, à la requérante pour compléter l'instruction. Cette pièce qui a été présentée le même jour a été communiquée au préfet le lendemain.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,

­ les observations de Me Lenormand, avocate, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante camerounaise née en 1989, a sollicité une carte de séjour temporaire au titre de son admission exceptionnelle. La requérante demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D C, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. En l'espèce, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait notamment état de la situation personnelle de Mme E sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, publiée par décret le 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme E a conclu un pacte civil de solidarité en août 2021 avec un ressortissant serbe qui est titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'en juillet 2023, qu'ils résident communément dans le logement de la mère de monsieur, à tout le moins depuis le mois d'août 2021 compte tenu du fait que l'intéressée résidait auparavant à Montpellier, qu'ils sont les parents d'un enfant né en France en mars 2020 qui est atteint d'un trouble du spectre de l'autisme associé à un retard de développement. Il s'ensuit que la communauté de vie que Mme E forme avec son partenaire est récente, qu'ainsi le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur de fait en considérant que l'intéressée ne justifiait pas d'une communauté de vie stable et durable. Comme l'indique également le préfet, la requérante ne justifie pas d'une intégration ancienne et intense sur le territoire français au sein duquel elle ne fait état d'aucune autre attache familiale et d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière. Dans ces conditions, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme E n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Enfin, la circonstance que Mme E soit la mère de l'enfant né en mars 2020 ne saurait lui octroyer un droit de séjour sur le territoire français, dans la mesure où la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'un des parents de l'enfant. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme E. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doivent être rejetés.

7. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, publiée par décret le 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. Il est constant que Mme E a conclu un pacte civil de solidarité en août 2021 avec un ressortissant serbe qui est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en juillet 2023. Il s'ensuit que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait pour conséquence soit de la séparer de son enfant dans l'hypothèse où il demeurerait sur le territoire français avec son père qui y réside de manière régulière et pérenne, soit de séparer l'enfant de son père dans l'hypothèse où cet enfant devait quitter la France avec sa mère pour se rendre au Cameroun alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le père serait admissible dans le pays d'origine de la mère. Il en résulte que la décision obligeant Mme E à quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mars 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et, par voie de conséquence, celle fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que la requérante demande en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 3 mars 2022 est annulé uniquement en ce qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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