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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204770

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204770

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantQUATREMARE GUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mars et 29 décembre 2023, M. E B, représenté par Me Quatremare, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 janvier 2022 par lesquelles le directeur de la police aux frontières des aéroports de Roissy-Charles de Gaulle et du Bourget a refusé son admission sur le territoire français et l'a maintenu en zone d'attente ;

2°) de condamner le ministre de l'intérieur et des outre-mer à lui verser une indemnisation globale de 43 000 euros, à parfaire, en réparation des préjudices qu'il a subis ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

Il soutient que :

­ la décision de refus d'entrée sur le territoire est entachée d'incompétence de son signataire et d'une méconnaissance des articles L. 311-1, L. 311-2, L. 332-1 et L. 332-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la décision de placement en zone d'attente est entachée d'incompétence de son signataire et d'une méconnaissance des articles L. 341-1 à L. 341-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que le délai de sa notification a porté atteinte à sa liberté individuelle ;

­ il a subi des préjudices matériels, d'image et moral découlant des décisions attaquées en réparation desquelles il demande une indemnisation d'un montant total de 43 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à l'irrecevabilité de la demande indemnitaire et au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 11 janvier 2023 a fixé la clôture d'instruction au 10 février 2023.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, une pièce a été demandée pour compléter l'instruction au ministre de l'intérieur et des outre-mer le 20 avril 2023. La pièce a été présentée et communiquée le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen)

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

­ l'arrêté du 7 juin 2021 identifiant les zones de circulation de l'infection du virus SARS-CoV-2 ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant américain, a quitté les États-Unis le 22 janvier 2022 pour se rendre le lendemain à Cotonou, au Bénin, après une escale à l'aéroport de Roissy - Charles de Gaulle en France. Les autorités béninoises l'ont cependant refoulé et placé dans un vol à destination de Paris en vue de retourner aux États-Unis par une correspondance prévue le 24 janvier 2022. Le requérant demande au tribunal d'annuler les décisions du 24 janvier 2022 par lesquelles le directeur de la police aux frontières a refusé son admission sur le territoire français et l'a maintenu en zone d'attente.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 332-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus d'entrée, qui est écrite et motivée, est prise par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. " Aux termes de l'article R. 332-1 du même code : " La décision refusant l'entrée en France à un étranger, prévue à l'article L. 332-2, est prise : / 1° Par le chef du service de la police nationale chargé du contrôle aux frontières ou, par délégation, par un fonctionnaire désigné par lui, titulaire au moins du grade de brigadier ; / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 341-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le placement en zone d'attente est prononcé pour une durée qui ne peut excéder quatre jours par une décision écrite et motivée d'un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. " Aux termes de l'article R. 341-1 du même code : " L'autorité compétente pour prononcer le placement en zone d'attente d'un étranger, prévue à l'article L. 341-2, est, selon les cas : / 1° Le chef du service de la police nationale chargé du contrôle aux frontières ou par délégation, un fonctionnaire désigné par lui, titulaire au moins du grade de brigadier ; / () ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le signataire des décisions attaquées est le brigadier-chef D A qui a été désigné par une note du service n° 26/2022 du directeur de la police aux frontières de l'aéroport Roissy - Charles de Gaulle et le Bourget du 17 janvier 2022 pour édicter les décisions de refus d'admission et de maintien en zone d'attente. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

Sur le moyen de légalité interne invoqué à l'encontre de la décision de refus d'entrée sur le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour. " Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / () ". Aux termes du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 susvisé : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : / i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; / ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; / b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil, sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité ; / () e) ne pas être considéré comme constituant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales de l'un des États membres et, en particulier, ne pas avoir fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans les bases de données nationales des États membres pour ces mêmes motifs. " Aux termes du 1 de l'article 14 du même règlement : " L'entrée sur le territoire des États membres est refusée au ressortissant de pays tiers qui ne remplit pas l'ensemble des conditions d'entrée énoncées à l'article 6, paragraphe 1, et qui n'appartient pas à l'une des catégories de personnes visées à l'article 6, paragraphe 5. Cette disposition est sans préjudice de l'application des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour. " Aux termes du III de l'article 23-1 du décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 susvisé, tel qu'en vigueur à la date de la décision attaquée : " Toute personne de douze ans ou plus souhaitant se déplacer à destination du territoire métropolitain en provenance d'un pays qui, compte tenu de sa situation sanitaire, caractérisée par une circulation particulièrement active de l'épidémie ou la propagation de certains variants du SARS-CoV-2 présentant un risque de transmissibilité accrue ou d'échappement immunitaire, est classé dans la zone rouge définie par arrêté du ministre chargé de la santé, doit être munie d'un justificatif de son statut vaccinal délivré dans les conditions mentionnées au 2° de l'article 2-2. / Les déplacements des personnes ne disposant pas d'un tel justificatif ne sont autorisés que s'ils sont fondés sur un motif impérieux d'ordre personnel ou familial, un motif de santé relevant de l'urgence ou un motif professionnel ne pouvant être différé. Ces personnes doivent se munir des documents permettant de justifier du motif de leur déplacement ainsi que : / 1° Du résultat d'un test ou examen de dépistage mentionné au 1° de l'article 2-2 réalisé moins de 48 heures avant le déplacement. Les seuls tests antigéniques pouvant être valablement présentés pour l'application du présent 1° sont ceux permettant la détection de la protéine N du SARS-CoV-2 ; / 2° D'une déclaration sur l'honneur attestant : / () ". Aux termes du 2° de l'article 2-2 du même décret : " Un justificatif du statut vaccinal est considéré comme attestant d'un schéma vaccinal complet : / a) De l'un des vaccins contre la covid-19 ayant fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché délivrée par la Commission européenne après évaluation de l'Agence européenne du médicament ou dont la composition et le procédé de fabrication sont reconnus comme similaires à l'un de ces vaccins par l'Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé : / () b) D'un vaccin dont l'utilisation a été autorisée par l'Organisation mondiale de la santé et ne bénéficiant pas de l'autorisation ou de la reconnaissance mentionnées au a, à condition que toutes les doses requises aient été reçues, 7 jours après l'administration d'une dose complémentaire d'un vaccin à acide ribonucléique (ARN) messager bénéficiant d'une telle autorisation ou reconnaissance ; / () ". Aux termes du 3° de l'article 1er de l'arrêté du 7 juin 2021 susvisé, tel qu'en vigueur à la date de la décision attaquée : " Dans la zone rouge, caractérisée par une circulation particulièrement active de l'épidémie de covid-19 ou par la propagation de certains variants du SARS-CoV-2 présentant un risque de transmissibilité accrue ou d'échappement immunitaire : / () - les États-Unis ; / () ".

5. Il ressort de la décision attaquée que l'accès au territoire français a été refusé à M. B au motif qu'il ne se conformait pas aux règles sanitaires françaises, dès lors qu'il a présenté une carte de vaccination sur laquelle le type de vaccin inoculé n'était pas précisé et que son test antigénique avait été effectué plus de quarante-huit heures avant son déplacement. Comme le soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que le test antigénique a été réalisé le 22 janvier 2022 à 16h08 (heure française) et qu'il n'était ainsi pas expiré lors de sa seconde arrivée à l'aéroport Roissy - Charles de Gaulle, le 24 janvier 2022 à 6h07, après son refoulement du Bénin, ou même lors de sa décision de ne pas embarquer pour raison de fatigue, vers 15h00, pour son vol de continuité en direction des États-Unis, nonobstant la circonstance que la décision attaquée n'a été édictée et notifiée qu'à 17h30 selon les diligences propres de la police aux frontières. Cependant, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur et des outre-mer, la carte vaccinale que M. B a présentée ne permet pas d'attester d'un schéma vaccinal complet dans la mesure où le type de vaccin qui lui a été inoculé n'est pas indiqué et qu'il n'est donc pas possible de s'assurer qu'il correspond à un vaccin autorisé au sens du 2° de l'article 2-2 du décret du 1er juin 2021 précité. Dans ces conditions, la police aux frontières pouvait, sur la base de ce seul motif d'ordre sanitaire, décider de ne pas admettre M. B sur le territoire français, étant précisé que le fait que l'intéressé n'aurait pas souhaité embarquer pour son vol vers les États-Unis parce que, selon ses déclarations, il était fatigué ou qu'il disposerait d'amis et de famille sur le territoire français ne constitue pas, en l'espèce, un motif impérieux ne pouvant être différé dans le temps au sens du III de l'article 23-1 du décret du 1er juin 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision de refus d'entrée sur le territoire français du 24 janvier 2022.

Sur le moyen de légalité interne invoqué à l'encontre de la décision de placement en zone d'attente :

7. Aux termes de l'article L. 341-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui arrive en France par la voie ferroviaire, maritime ou aérienne et qui n'est pas autorisé à entrer sur le territoire français peut être placé dans une zone d'attente située dans une gare ferroviaire ouverte au trafic international figurant sur une liste définie par voie réglementaire, dans un port ou à proximité du lieu de débarquement ou dans un aéroport, pendant le temps strictement nécessaire à son départ. / Peut également être placé en zone d'attente l'étranger qui se trouve en transit dans une gare, un port ou un aéroport si l'entreprise de transport qui devait l'acheminer dans le pays de destination ultérieure refuse de l'embarquer ou si les autorités du pays de destination lui ont refusé l'entrée et l'ont renvoyé en France. / () ". Aux termes de l'article L. 341-2 du même code : " Le placement en zone d'attente est prononcé pour une durée qui ne peut excéder quatre jours par une décision écrite et motivée d'un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. "

8. En premier lieu, le requérant soutient que la décision de placement en zone d'attente est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus d'entrée. Or, il résulte du point 6 que M. B a fait valablement l'objet d'une décision de refus d'entrée et qu'il pouvait donc être placé dans une zone d'attente dans l'enceinte de l'aéroport sur le fondement de l'article L. 341-1 précité. Dès lors, un tel moyen doit être écarté.

9. En second lieu, le requérant soutient que le délai de douze heures qui s'est écoulé entre son retour à l'aéroport parisien et la notification de ses droits au titre du placement en zone d'attente est attentatoire à sa liberté individuelle. Une telle circonstance, à la supposer établie, est cependant sans incidence sur la légalité de la décision de placement administratif en zone d'attente.

10. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à contester la décision de placement en zone d'attente du 24 janvier 2022.

Sur la demande indemnitaire :

11. Ainsi qu'il a été dit aux points précédents, aucun des moyens soulevés à l'encontre des décisions du 24 janvier 2023 n'est fondé. Dans ces conditions, en l'absence de toute illégalité fautive, le requérant n'est pas fondé à engager la responsabilité de l'État de sorte que ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

12. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 24 janvier 2022, ainsi qu'une somme en réparation des préjudices qu'il aurait subis. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'indemnisation et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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