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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204822

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204822

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Langlois, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 28 mai 2021 par lesquelles le préfet de la

Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Langlois de la somme de 1.800 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Langlois renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut de base légale et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru en compétence liée pour refuser un titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est cru en compétence liée pour prendre une obligation de quitter le territoire français et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

La décision fixant le délai de départ volontaire à 30 jours :

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

La décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, soit postérieurement à la clôture de de l'instruction.

Par une décision du 31 janvier 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Thobaty, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante ivoirienne née le 23 septembre 1999, a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour délivré en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 28 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Par cette requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme G F, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, de M. D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, et de M. E, chef du bureau de l'éloignement, pour l'ensemble des attributions relevant de ces bureaux et, notamment, les décisions de refus de délivrance de titre de séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces personnes n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour contesté. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La demande de titre de séjour ayant été présentée exclusivement en qualité d'étudiante, il n'est pas établi que le refus de titre contesté n'ait pas fait l'objet d'un examen particulier.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en compétence liée pour refuser un titre de séjour à l'intéressée.

5. Si Mme C se prévaut de l'absence de condamnation en France ou d'interpellation, ainsi que de la présence d'une sœur en situation régulière sur le territoire français qui l'héberge et d'un oncle, elle a été autorisée à séjourner en France en vue de poursuivre des études qui ne lui conférait pas une vocation à demeurer en France et ne justifie pas d'une insertion particulière en France. Dans ces conditions, elle n'établit pas que le refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, cette décision ne méconnaît pas l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :() 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;() ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

7. Dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée et que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, mentionne l'article L. 611-1 de ce code, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée doit être écarté.

8. Mme C n'établissant pas que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait illégal, le moyen soulevé par la voie de l'exception d'illégalité de cette décision contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit, en conséquence, être écarté.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en compétence liée pour refuser un titre de séjour à l'intéressée.

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés lors de l'examen du refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

Sur la décision fixant délai de départ volontaire à trente jours :

11. Aux termes de l'article L. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger exécute la décision d'éloignement dont il fait l'objet sans délai ou, lorsqu'il bénéficie d'un délai de départ volontaire pour satisfaire à une décision portant obligation de quitter le territoire français, avant l'expiration de ce délai." Aux termes du II de l'article L. 621-1 de ce code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

12. Il résulte des dispositions précitées que lorsque l'autorité préfectorale prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, soit le délai normalement applicable, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a accordé au requérant un délai de trente jours pour satisfaire à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre doit être écarté.

13. Mme C, qui a été autorisée à séjourner en France dans le but de suivre des études, ne fait état d'aucune circonstance permettant d'établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant la durée de départ volontaire prévue par la loi.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les raisons exposées à l'occasion de l'examen de ces décisions.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Les conclusions tendant à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Toutain, président,

- M. Thobaty, premier conseiller,

- M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. Thobaty

Le président,

Signé

E. Toutain

La greffière,

Signé

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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