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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204911

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204911

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2202399 du 21 mars 2022 le magistrat désigné du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de M. B A en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête et un mémoire enregistrés le 10 mars 2022 et le 16 mars 2023, M. C B A, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui restituer son passeport et sa carte d'identité portugaise ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident mention " résident UE " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions en litige :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il a été pris au terme d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait sur sa situation professionnelle, sur ses moyens d'existence et sur sa culpabilité pénale ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne pouvait être fondée sur l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il disposait d'un droit au séjour permanent en application de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- cette décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une décision du 24 janvier 2023, la demande d'aide juridictionnelle de M. B A a été déclarée caduque.

Par une ordonnance du 15 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- et les observations de Me Milly, substituant Me Weinberg pour représenter M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant portugais, a fait l'objet d'un arrêté du 8 mars 2022, dont il demande l'annulation, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. () ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B A exerce en France, depuis 2008, des missions d'intérim en qualité de maçon. Si, à la date de la décision attaquée, il ne justifiait d'aucune mission, il établit avoir été victime d'un accident du travail le 15 mars 2021, déclaré auprès de la caisse d'assurance maladie et ayant justifié des arrêts de travail successifs avant de poursuivre à nouveau des missions d'intérim à compter d'avril 2022. Dans ces conditions, en considérant que M. B A n'exerçait pas en France une activité professionnelle, le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur d'appréciation et méconnu l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. D'autre part, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur la circonstance que l'intéressé s'était rendu coupable de faits de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et port prohibé d'arme de catégorie B et de conduite de véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire. Toutefois, M. B A conteste la matérialité de tels faits par un récit précis et circonstancié, expliquant notamment que les faits reprochés ont été commis par la personne conduisant le véhicule dans lequel il se trouvait au moment de leur interpellation, tandis qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier, de façon concordante, que le procureur de la République a ordonné le 8 mars 2022, que la garde à vue de l'intéressé soit levée et qu'il soit laissé libre de toute charge, tandis que le conducteur du véhicule a été soumis à une mesure de contrôle judiciaire. Dans ces conditions, M. B A est fondé à soutenir que l'arrêté en litige a méconnu l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 8 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. B A à quitter le territoire français, de même que, par voie de conséquence, les décisions du même jour refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant l'intéressé de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans sont annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français " ". Aux termes de l'article L. 231-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ne sont pas tenus de détenir un titre de séjour. Toutefois, s'ils en font la demande, il leur en est délivré un ".

7. En premier lieu, si M. B A se prévaut d'un droit au séjour permanent en France, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé aurait présenté une demande de délivrance d'une carte de séjour dont la détention n'est pas obligatoire pour les citoyens de l'Union européenne. Par suite, l'annulation des décisions en litige n'impliquant pas nécessairement la délivrance d'une carte de séjour dont la détention n'est qu'une faculté offerte aux ressortissants de l'Union européenne, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. B A à ce titre.

8. En second lieu, les décisions contestées n'entraînant pas la rétention des documents d'identité de l'intéressé, leur annulation n'implique pas d'en ordonner la remise. Si M. B A soutient néanmoins que le préfet de la Seine-Saint-Denis détient de tels documents, malgré sa libération du centre de rétention administrative le 11 mars 2023, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait opposé une décision, expresse ou implicite, en refusant la restitution. Il n'y a donc pas lieu de prononcer une injonction en ce sens.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 mars 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : L'État versera à M. B A la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

L. Courneil La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204911

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