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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204941

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204941

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantANGLIVIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, Mme D B épouse C, représentée par Me Angliviel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Mme B E C soutient que :

La décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen complet de sa situation par le préfet;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Angliviel, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante indienne, est entrée en France le 11 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour délivré en qualité de conjoint de ressortissant français et a bénéficié, à ce même titre, d'une carte de séjour pluriannuelle temporaire. Elle a sollicité le 10 septembre 2020 le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. Par arrêté du 17 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. La décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

3. Si la requérante soutient que le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation et a commis une erreur de fait et de droit dès lors qu'il s'est abstenu d'apprécier l'existence des violences conjugales alléguées, il n'est pas établi que la requérante en ait fait part au préfet, alors que cela ne ressort au demeurant pas des termes du jugement de divorce en date du 22 septembre 2020 du juge aux affaires familiales du Tribunal judiciaire d'Evry Courcouronnes se prononçant sur la demande en divorce datant du mois d'octobre 2018 émanant de son conjoint et qui a attribué la jouissance du domicile conjugal à son époux.

4. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 423-3 du même code : " Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de son article L. 423-5 du même code, seul applicable : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales () ".

5. Mme B, qui a épousé en 2017 en Inde un ressortissant de nationalité française, soutient que la rupture de la vie commune intervenue au cours de l'année 2018 ne lui est pas opposable dès lors qu'elle est imputable à des violences conjugales. Toutefois, les éléments qu'elle produit au soutien de ses allégations, constitués d'un bulletin de présence à l'hôpital le 26 mai 2018, un certificat médical établi le 11 juin 2018, une " fiche de liaison " relatant les déclarations de la requérante et un dépôt de plainte établi le 11 septembre 2018 dont les suites données ne sont pas mentionnées par la requérante ne permettent toutefois pas d'établir la réalité de ces violences. En conséquence, la requérante n'établit pas que la rupture de la vie commune entre les époux serait imputable à des violences de la part de son conjoint. Par suite, la requérante, qui doit être regardée comme s'étant prévalue des dispositions de l'article L. 423-5 précitées, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et aurait méconnu ces dispositions. Enfin, elle ne peut utilement invoquer les dispositions équivalentes de l'article L. 432-18 du même code, prévues pour les personnes bénéficiaires d'un titre de séjour obtenu dans le cadre du regroupement familial, dès lors qu'elle n'a pas été admise au séjour en France dans le cadre de cette procédure.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. La requérante, entrée en France en septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour et qui y séjournait de manière régulière depuis lors, étant titulaire d'une carte de séjour pluriannuel en qualité de conjoint de ressortissant français, soutient que le centre de sa vie privée et familiale se trouve désormais en France. Toutefois, si elle justifie avoir travaillé d'août 2018 à mars 2019 dans un salon de coiffure puis avoir été embauchée à compter de février 2019 en contrat à durée déterminée puis indéterminée à temps partiel au sein d'une société de nettoyage, ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour caractériser une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, il n'est pas établi qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris et qu'il aurait ainsi méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. La décision en litige obligeant l'intéressée à quitter le territoire français, qui est consécutive à un refus de délivrance de titre de séjour et qui est prise au visa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisamment motivée en droit alors même qu'elle ne précise pas avoir pour fondement les dispositions du 3° du I de l'article précité et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte du refus de titre de séjour qui, ainsi qu'il a été dit, est suffisamment motivé.

9. Aucun des moyens dirigés contre le refus de titre n'ayant prospéré, le moyen tiré, par la voie de l'exception, du défaut de base légale de la mesure d'éloignement en conséquence de l'illégalité du refus de titre ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés ci-dessus.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégale, le requérant n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

12. Les dispositions précitées n'imposent pas au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire lorsque celui-ci correspond, comme en l'espèce, à la durée légale de trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. Par suite, et alors ainsi qu'il a été dit qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait fait valoir des circonstances propres à l'occasion de l'instruction de sa demande de nature à lui accorder à titre exceptionnel un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le moyen tiré de ce que le préfet se serait estimé à tort en situation de compétence liée pour lui accorder un délai de départ volontaire de trente jours et aurait de ce fait entaché sa décision d'un défaut de motivation doit être écarté.

13. En dernier lieu, en se bornant à se prévaloir de sa situation personnelle telle que décrite ci-dessus et à soutenir que ses attaches privées et familiales sur le territoire auraient dû conduire l'auteur de la décision contestée à envisager un délai de départ volontaire plus long, la requérante n'apporte aucun élément qui permettrait d'accueillir le moyen selon lequel la décision fixant à trente jours son délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voir de conséquences celles présentées à fin d'injonction et au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B E C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B E C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. A

La présidente,

Signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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