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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204947

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204947

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET REALYZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars 2022 et 7 mai 2024, la société civile immobilière (SCI) Daunay, Mme A D et M. E C, représentés par Me de Ligneris, demandent au tribunal :

1°) de condamner la société Veolia Eau d'Île-de-France (VEDIF) à verser à la SCI Daunay la somme de 92 213,89 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de la rupture de la canalisation d'eau survenue le 25 mai 2019 sur le territoire de la commune de Saint-Denis ;

2°) de condamner la société VEDIF à verser à Mme D et M. C la somme de 53 934,38 euros en réparation des préjudices financiers subis du fait de ce même dommage, ainsi que 25 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de la société VEDIF le versement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- en vertu du contrat de délégation de service public, la société VEDIF est responsable des dommages causés par le réseau de canalisation d'eau dont elle a la charge ;

- le sinistre trouve son origine dans la rupture de la canalisation d'alimentation en eau ;

- cette rupture de canalisation a causé des dégâts des eaux importants au rez-de-jardin de leur appartement, où se trouvent la chambre, la salle de bain et le dressing ; tant le bâti que les meubles et les affaires personnelles des locataires ont été endommagés ;

- la mise en place de mesures conservatoires incombait à la société VEDIF ;

- la société VEDIF n'a pas eu une attitude respectueuse pendant les opérations d'expertise ; la méthode de fouilles partielles préconisée par l'experte pour rechercher l'origine de la persistance de l'humidité au droit des murs était justifiée ;

- les préjudices de la SCI Daunay se décomposent comme suit :

' 42 388,08 euros au titre des travaux de reprise effectués par la société MAN4RA ;

' 8 090,91 euros au titre des travaux de cuvelage effectués par la société MURPROTECT ;

' 720 euros pour la location d'une benne ;

' 16 544,25 euros au titre des pertes locatives pendant dix-neuf mois ;

' 8 250 euros au titre des frais de logement de Mme D pendant cinq mois ;

' 9 057,82 euros au titre du coût du crédit avec assurance souscrit pour la réalisation des travaux ;

' 752,43 euros au titre des frais de déplacement ;

' 690,40 euros au titre des frais d'huissier ;

' 5 220 euros au titre des frais d'avocat ;

' 500 euros au titre des frais de dératisation ;

- les préjudices de Mme D et de M. C se décomposent comme suit :

' 355 euros au titre de frais divers (visites médicales, plombier, téléphone) ;

' 3 612 euros au titre des frais de déménagement ;

' 1 368 euros au titre des frais de garde meuble pendant six mois ;

' 12 308,30 au titre des dommages aux biens meubles, vêtements et objets divers ;

' 1 223,48 euros au titre des frais de pressing et de nettoyage ;

' 8 707,50 euros au titre de la compensation des loyers pendant dix mois ;

' 21 140,10 euros au titre des pertes de sous-location ;

' 5 220 euros au titre des frais d'avocat ;

' 25 000 euros chacun au titre du préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, la société VEDIF, représentée par Me Claude, demande au tribunal ;

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire l'indemnité allouée à de plus justes proportions que celle demandée ;

3°) de mettre à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. C ne justifie pas d'un intérêt à agir et ses demandes doivent être rejetées comme irrecevables ;

- des doutes sérieux existent quant à l'impartialité de l'experte judiciaire, qui avait une opinion négative à son encontre et a effectué une évaluation disproportionnée des préjudices subis par les requérants, et justifient que le rapport d'expertise soit écarté ;

- les requérants n'ont pas pris les mesures conservatoires nécessaires pour limiter l'ampleur des dommages ;

- la persistance de l'humidité résulte de l'absence de mesures conservatoires ; il convient donc de distinguer les dégâts engendrés directement par l'inondation, d'une part, et ceux consécutifs à l'absence de mesures conservatoires, d'autre part ;

- les coûts relatifs à la réfection du doublage et de l'isolant, des sols durs, de l'électricité, de la plomberie et à la remise en peinture de la façade, invoqués par la SCI Daunay, doivent être écartés ;

- les coûts relatifs à la rénovation du local au sous-sol doivent être écartés de l'indemnisation dès lors que ces travaux n'auraient pas été nécessaires si un curage avait été mis en œuvre ;

- l'évaluation des pertes locatives sur six mois est disproportionnée, alors que la durée des travaux était estimée à deux mois par la société MAN4RA ;

- les coûts relatifs aux frais de pressing doivent être écartés de l'indemnisation, dès lors qu'ils résultent de la conservation des vêtements dans l'humidité ambiante, en l'absence de mesures conservatoires d'assèchement ;

- le coût tenant à la souscription d'un emprunt bancaire doit être écarté de l'indemnisation dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a été supporté par la SCI Daunay ;

- l'évaluation du préjudice relatif au mobilier et aux effets personnels de Mme D doit être réduite, notamment pour tenir compte de la valeur d'usage des biens endommagés et des constatations lors des opérations amiables ;

- le préjudice de jouissance de Mme D et de M. C étant seulement partiel, puisqu'il ne concerne qu'une partie du logement (chambre, salle de bain et dressing), l'évaluation doit être réduite de moitié ;

- aucune somme ne peut être accordée au titre de la perte de revenus de sous-location dès lors que celle-ci n'est pas autorisée par le bail ; à tout le moins, ce préjudice lié à la perte de chance de sous-location du logement ne saurait excéder 3 428,56 euros pour la saison d'avril à octobre 2019 ; la pandémie du COVID-19 a réduit très fortement les séjours touristiques pour la période postérieure ;

- les demandes relatives aux frais de communication surtaxée et frais d'abonnement Internet ne sont pas justifiées ;

- l'évaluation du préjudice moral de Mme D et de M. C est disproportionnée.

Par une ordonnance du 28 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.

Par une lettre du 7 août 2024, le tribunal a demandé aux requérants, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, de produire des pièces pour compléter l'instruction.

Les pièces produites les requérants en réponse à cette demande ont été enregistrées le 19 août 2024 et communiquées.

Vu :

- l'ordonnance n° 2004759 du 28 juillet 2021 du président du tribunal administratif de Montreuil par laquelle les frais et honoraires d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 4 011,79 euros TTC et mis provisoirement à la charge de la société VEDIF ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, rapporteure,

- les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique,

- les observations de M. C,

- et les observations de Me Lahlou, représentant la société VEDIF.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Daunay est propriétaire d'une maison située 17 impasse Jules Daunay à

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Le bien est occupé par Mme A D et M. E C, son conjoint, en vertu d'un contrat de bail conclu le 1er janvier 2019 entre Mme D et la SCI Daunay. Le 25 mai 2019, la rupture d'une canalisation souterraine d'eau au niveau du 19 impasse Jules Daunay a provoqué un dégât des eaux dans le rez-de-jardin de la maison, qui a été inondé. La société Veolia Eau d'Île-de-France (VEDIF), à laquelle la gestion du réseau d'adduction d'eau potable a été déléguée, est intervenue pour faire cesser la fuite. La SCI Daunay et Mme D ont saisi le tribunal administratif de Montreuil d'une requête en référé expertise et par ordonnance n° 2004759 du 23 novembre 2020, une experte a été désignée. Cette dernière a rendu son rapport le 27 mai 2021. Par la présente requête, la SCI Daunay, Mme D et M. C demandent au tribunal de condamner la société VEDIF à leur verser des indemnités d'un montant total de 196 148,27 euros en réparation des conséquences dommageables de la rupture de canalisation intervenue le 25 mai 2019.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Il est constant que M. C, concubin de Mme D, résidait dans l'immeuble dans lequel le dommage est intervenu à la date de celui-ci. Il résulte également de l'instruction que ses biens ont été endommagés par l'inondation du rez-de-jardin de la maison. Il justifie donc d'un intérêt à agir en qualité de victime du dommage. La circonstance qu'il ne figure pas sur le bail conclu entre Mme D et la SCI Daunay, de même que celle qu'il n'ait pas été partie aux opérations d'expertise tendant notamment à déterminer la cause du dommage, ne font pas obstacle à ce qu'il sollicite, dans le cadre de la présente instance, l'indemnisation des préjudices qu'il a subis. La fin de non-recevoir opposée par la société VEDIF doit donc être écartée.

Sur la régularité des opérations d'expertise :

3. La société VEDIF soutient que le rapport d'expertise rendu par Mme B est entaché d'un défaut d'impartialité au motif que l'experte a relevé que " les échanges étaient très tendus entre les parties " et mis en cause l'" attitude désobligeante " des représentants de VEDIF envers elle et les autres parties. Toutefois, cette mention constituait la réponse de l'experte à un dire de la société VEDIF formulé après le dépôt de la note de synthèse de l'experte, dans laquelle la société VEDIF mettait en cause " le comportement parfois déplacé voire agressif " des demandeurs envers ses représentants et émettait des doutes " sur l'impartialité et les compétences techniques de l'expert dans la conduite de ses opérations ". Dans ces conditions, et alors qu'il résulte de l'instruction que les échanges entre les représentants des parties aux opérations d'expertise ne se sont pas déroulés de façon sereine, les mentions du rapport d'expertise citées ci-dessus ne sont pas de nature à susciter un doute légitime quant à l'impartialité de l'experte et n'établissent pas que cette dernière aurait manqué à ses obligations de neutralité dans la conduite des opérations d'expertise, ni contrevenu au respect du contradictoire.

Sur la responsabilité de la société VEDIF :

4. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le dommage dont les requérants demandent réparation trouve sa cause dans la rupture de la canalisation d'alimentation en eau froide située sous la voie publique, au droit de la maison sise 19 impasse Jules Daunay à Saint-Denis. Les requérants ont la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public que constitue la canalisation d'adduction d'eau qui s'est rompue, distribuant une propriété voisine de l'immeuble appartenant à la SCI Daunay, dont il n'est pas contesté que la gestion était déléguée à la société VEDIF. En outre, le dommage présentant un caractère accidentel, les requérants n'ont pas à établir démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils ont subi.

6. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité sans faute de la société VEDIF est engagée pour les dommages causés accidentellement au rez-de-jardin de l'immeuble de la SCI Daunay occupé par Mme D et M. C.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne la SCI Daunay :

S'agissant des travaux de réhabilitation :

7. Il résulte de l'instruction que le rez-de-jardin de la maison de la SCI Daunay a été entièrement recouvert d'eau à la suite de la rupture de la canalisation, entrainant des dommages sur les sols en bois, les parois périphériques et le bac à douche. L'ampleur du dommage a rendu nécessaire la dépose de l'ensemble des doublages et de l'isolation et leur remplacement. En outre, les réparations sur la canalisation fuyarde ont nécessité l'intervention d'un engin motorisé de gros gabarit dont les vibrations ont engendré la formation de fissures sur la façade.

8. La société VEDIF soutient que les requérants n'ont pas pris les mesures conservatoires (pompage, assèchement, décontamination) qui s'imposaient, contribuant ainsi à l'aggravation du dommage, et fait valoir qu'une reprise partielle du rez-de-jardin aurait pu suffire si de telles mesures avaient été mises en place. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'alors même que la société VEDIF avait reconnu être à l'origine du sinistre, elle a refusé la mise en place d'un assécheur sollicité par l'assureur des requérants, qui aurait permis de limiter la détérioration des matériaux. Par suite, la société VEDIF n'est pas fondée à soutenir que les requérants auraient contribué à l'aggravation du dommage et que leur comportement a eu pour conséquence d'augmenter certains postes de préjudice.

9. L'experte a évalué les travaux de réhabilitation, incluant notamment les démolitions, la plâtrerie, la peinture, la faïence, la menuiserie intérieure, la plomberie, l'électricité et la reprise de la façade extérieure, à la somme de 46 338,79 euros TTC, selon devis. Il résulte cependant de l'instruction que le coût réel des travaux de réhabilitation, réalisés après les opérations d'expertise, s'élève à la somme de 42 388,08 euros TTC selon la facture de la société MAN4RA. La société Daunay est donc fondée à demander la condamnation de VEDIF à lui verser une somme de 42 388,08 euros TTC au titre des travaux de réhabilitation.

S'agissant des travaux de cuvelage :

10. Il résulte de l'instruction que des travaux de cuvelage des murs endommagés ont été rendus nécessaires lors du chantier de réhabilitation afin de prévenir un nouveau sinistre à défaut de terrassement effectué par VEDIF, ce que ne conteste pas cette dernière. La SCI Daunay produit une facture de la société MURPROTECT pour l'installation d'un système de cuvelage, d'un montant de 8 090,91 euros. La société requérante est donc fondée à demander la condamnation de VEDIF à lui verser une somme de 8 090,91 euros TTC au titre de ces travaux.

S'agissant de la location d'une benne :

11. Si la société Daunay demande l'indemnisation du coût de la location d'une benne en sus du coût des travaux de réhabilitation mentionnés au point 9, il résulte de l'instruction que la facture de la société MAN4RA inclut le coût de la location de la benne, pour un montant de 655 euros HT. Il n'y a donc pas lieu d'indemniser une seconde fois ce préjudice.

S'agissant des pertes locatives :

12. La société Daunay fait valoir qu'elle n'a pas perçu de loyer d'avril 2020 à octobre 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme D, sa locataire, n'a quitté l'appartement qu'entre les mois d'avril à août 2021, soit pendant cinq mois, pendant la réalisation des travaux. La décision de la SCI Daunay de ne pas percevoir de loyer au cours des mois d'avril 2020 à mars 2021 et de septembre et octobre 2021, alors que Mme D vivait dans l'appartement pendant cette période, relève d'un choix de gestion qui est sans lien direct avec le dommage. La SCI Daunay est donc seulement fondée à demander le versement d'une somme de 4 353,75 euros au titre des pertes de loyer des mois d'avril à août 2021 inclus.

S'agissant des frais de relogement :

13. Il résulte de l'instruction que la SCI Daunay s'est acquittée des frais de relogement de Mme D, sa locataire, pendant la réalisation des travaux au cours des mois d'avril à août 2021, pour un montant total de 8 250 euros, dont elle fondée à obtenir le remboursement compte-tenu du lien direct entre le dommage et l'engagement de ces frais.

S'agissant de l'emprunt bancaire souscrit pour la réalisation des travaux :

14. La SCI Daunay demande à être indemnisée du coût de l'emprunt bancaire contracté auprès de la banque privée Caisse d'Epargne IDF pour la réalisation des travaux. Il résulte toutefois de l'instruction que ledit emprunt a été contracté non pas par la SCI Daunay mais par M. D, son gérant, en son nom propre, lequel n'est pas partie à l'instance. La demande de la SCI Daunay doit donc être rejetée.

S'agissant des frais de déplacement :

15. La SCI Daunay est fondée à demander à être indemnisée des frais de déplacement qu'elle a exposés pour permettre à son gérant de se rendre aux opérations d'expertise, chez son avocat et rencontrer les entreprises en charge des travaux de réhabilitation, pour un montant total de 752,43 euros.

S'agissant des frais d'huissier :

16. La SCI Daunay est fondée à demander à être indemnisée des frais d'huissiers qu'elle a exposés pour faire constater l'ampleur du dommage, pour un montant total de 690,40 euros.

S'agissant des frais d'avocat :

17. La SCI Daunay produit quatre factures d'avocat établies à son nom, pour des prestations effectuées dans le cadre de l'expertise judiciaire. Toutefois, seule l'une d'elle, d'un montant de 2 040 euros TTC, mentionne que les honoraires ont été acquittés. Faute de justifier qu'elle s'est acquittée des autres factures, la société Daunay est seulement fondée à demander la condamnation de la société VEDIF à lui verser une somme de 2 040 euros.

S'agissant des frais de dératisation :

18. Si la société Daunay demande l'indemnisation de frais de dératisation, évalués par l'expert à 500 euros, elle ne justifie nullement avoir exposé de tels frais. Sa demande doit donc être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices communs de Mme D et M. C :

S'agissant des frais de déménagement, de garde-meuble et de pressing et de nettoyage :

19. Malgré la demande du tribunal, les requérants n'ont pas justifié qu'ils avaient effectivement exposé des frais de déménagement, de garde-meuble, de pressing et de nettoyage. Faute de justifier de l'existence même de ces préjudices et, en tout état de cause, de leurs montants, leurs demandes présentées à ce titre doivent être rejetées.

S'agissant de la dégradation des meubles, vêtements et objets divers :

20. L'experte a évalué la dégradation des meubles, vêtements et objets divers de Mme D et de M. C à la somme de 12 308,30 euros. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que cette évaluation tenait compte de la valeur d'usage des biens endommagés, dont la liste ne figure pas au dossier. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par les requérants en l'évaluant à la somme de 6 000 euros.

S'agissant de la perte de jouissance du logement :

21. D'une part, M. C n'étant pas titulaire du bail de l'appartement et y étant hébergé à titre gratuit, il n'est pas fondé à demander l'indemnisation d'un quelconque préjudice de jouissance.

22. D'autre part, il résulte de l'instruction que le dégât des eaux a rendu la chambre et le dressing du logement inutilisables, Mme D étant contrainte de dormir sur un matelas posé dans le sol de la cuisine. Par ailleurs, la salle de bain du logement était fortement endommagée. Il sera fait une juste appréciation du préjudice de jouissance du logement subi par Mme D en l'évaluant à la somme de 5 805 euros, représentant deux tiers des loyers dont elle s'est acquittée pour la période du 1er juin 2019 au 31 mars 2020, avant la réalisation des travaux.

S'agissant des frais divers :

23. Si Mme D et M. C soutiennent avoir exposé des frais divers en lien avec le dommage, pour des " visites médicales, téléphones, plombier, etc ", évalués par l'expert à 355 euros, ils ne produisent aucune pièce à l'appui de cette demande permettant d'établir la réalité de ces dépenses ni ne justifient, faute de toute précision, le lien de ces dépenses avec le dommage, contesté par la société VEDIF. Dans ces conditions, leur demande doit être rejetée.

S'agissant des frais d'avocat :

24. Mme D et M. C produisent quatre factures d'avocat dont trois sont établies au nom de Mme D et une au nom de Mme D et de M. C, pour des prestations effectuées dans le cadre de l'expertise judiciaire. Toutefois, outre le fait que M. C n'était pas partie à ces opérations d'expertise, seule l'une des factures, d'un montant de 2 040 euros TTC et établie au seul nom de Mme D, mentionne que les honoraires ont été acquittés. Dans ces conditions, Mme D est seulement fondée à demander la condamnation de la société VEDIF à lui verser une somme de 2 040 euros, la demande présentée par M. D au même titre devant être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices propres de Mme D :

S'agissant de la perte de chance de sous-location :

25. Mme D soutient qu'elle a perdu une chance de sous-louer de façon ponctuelle le logement dont elle est locataire, par l'intermédiaire de la plateforme de réservation AirBnB. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le contrat de bail en date du 1er janvier 2019 autorisait Mme D à sous-louer le logement, ni que le bailleur lui aurait donné son autorisation pour ce faire. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le dommage lui a fait perdre une chance sérieuse de sous-louer le logement, et sa demande présentée à ce titre doit être rejetée.

S'agissant du préjudice moral :

26. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de Mme D en l'évaluant à 2 000 euros.

En ce qui concerne le préjudice propre de M. C :

27. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. C en l'évaluant à 2 000 euros.

Sur les dépens :

28. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la société VEDIF les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, liquidés et taxés à la somme de 4 011,79 euros par l'ordonnance susvisée du président du tribunal du 28 juillet 2021.

Sur les frais liés au litige :

30. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la société VEDIF la somme totale de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La société Veolia Eau Île-de-France versera à la SCI Daunay une somme de 66 565,57 euros.

Article 2 : La société Veolia Eau d'Île-de-France versera à Mme D et à M. C une somme globale de 6 000 euros

Article 3 : La société Veolia Eau d'Île-de-France versera à Mme D une somme de 9 845 euros.

Article 4 : La société Veolia Eau d'Île-de-France versera à M. C une somme de 2 000 euros.

Article 5 : La société Veolia Eau d'Île-de-France versera aux requérants la somme totale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 4 011,79 euros, sont mis à la charge définitive de la société Veolia Eau d'Ile-de-France.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Daunay, à Mme A D, à M. E C et à la société Veolia Eau d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Tahiri, première conseillère,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot Le président,

J. Charret

La greffière,

D. Ferreira

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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