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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204951

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204951

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMOURET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, M. B A, représenté par Me Mouret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de droit quant à la durée de sa présence en France ;

-est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- en subordonnant l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail à la présentation d'un CERFA, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreurs de fait quant à la durée de sa présence en France et à son intégration ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le 8° de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.

Un mémoire en défense a été présenté par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 14 octobre 2022 postérieurement à la clôture de l'instruction.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien, entré en France le 18 mai 2011, a sollicité le 6 décembre 2019, la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 13 novembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ et interdiction de retour. Dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités précitées n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L.313-14. Elle précise que l'intéressé ne justifie pas d'une situation personnelle et professionnelle qui permettrait son admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, et alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'intéressé, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14, désormais repris à l'article L. 435-1, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () "

5. Pour rejeter la demande du requérant le préfet s'est notamment fondé sur le fait qu'il ne présentait pas d'autorisation de travail, que les " 10 fiches de paies présentées ne suffisaient pas à justifier d'une insertion professionnelle effective suffisamment stable ni de perspective réelle d'embauche et sur la circonstance que celui-ci a fait l'objet, le 22 janvier 2015, d'une obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas été exécutée, et estimé que l'intéressé " ne saurait se prévaloir d'une présence sur le territoire national en violation de la loi et qu'ainsi l'intéressé ne peut être regardée comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de ladite mesure ; qu'au cas d'espèce l'intéressée ne peut donc se prévaloir d'une longue présence habituelle et continue sur le territoire national depuis lors ".

6. D'une part, si le requérant est fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence d'autorisation de travail et soutient qu'une erreur de fait a été commise en ce qu'il a produit dix-huit fiches de paies et non dix comme le mentionne l'arrêté litigieux, il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet a rejeté sa demande au motif qu'il ne justifiait pas d'une insertion professionnelle effective et suffisamment stable. Il ressort en effet des pièces du dossier que l'exercice de cette activité professionnelle, révélée par la production de bulletins de paies entre janvier et août 2018 puis entre janvier et octobre 2020, au demeurant à temps non complet sur l'essentiel de la période considérée, ne suffit pas à caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. D'autre part, le requérant, célibataire et sans charge de famille, n'apporte aucune précision sur l'intensité des liens personnels qu'il aurait tissés sur le territoire français. Enfin, si le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de droit en considérant que les années de résidence de M. A sur le territoire français qui sont antérieures à la date d'exécution d'office de la mesure d'éloignement prononcée le 22 janvier 2015 ne pouvaient être prises en compte dans l'appréciation de la durée de présence en France de l'intéressé dès lors qu'il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une mesure d'éloignement non exécutée aurait pour effet d'interrompre les années de résidence habituelle d'un ressortissant étranger en situation irrégulière, il ressort des pièces du dossier, en particulier au regard de ce qui a été indiqué au point précédent, et compte tenu de la faible durée de présence en France non prise en compte par le préfet, durant laquelle l'intéressé n'établit pas y avoir, au demeurant, exercé une activité professionnelle, que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur. Par suite, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis les erreurs mentionnées ci-dessus, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a procédé à l'examen particulier de sa situation, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions citées ci-dessus.

7. Il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. La décision attaquée n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Le requérant ne démontrant pas l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points précédents, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

10. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais repris aux articles L. 612-8 et L. 612-10 de ce code : " () l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français /()/ le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. La décision en litige, mentionne, outre la situation personnelle et familiale du requérant en France, le fait qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 22 janvier 2015, après le rejet de sa demande d'asile. Toutefois, le requérant conteste l'existence même de cette précédente obligation de quitter le territoire français. Le préfet, à qui a été communiquée la requête, n'a ni contesté cette allégation ni produit cette décision, antérieurement à la clôture de l'instruction. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait doit être accueilli. Cette erreur ne peut dans les circonstances de l'espèce être neutralisée dans la mesure où il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les autres motifs mentionnés pour prendre l'arrêté attaqué.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement, qui ne fait droit qu'aux conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas pour l'essentiel du litige la partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 13 novembre 2020 est annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. C

La présidente,

Signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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