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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2204961

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2204961

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2204961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, M. B A, représenté par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'incompétence de son signataire ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de menace pour l'ordre public, d'une méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Une ordonnance du 7 octobre 2022 a fixé la clôture d'instruction au 28 octobre 2022.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a présenté un mémoire en défense le 21 décembre 2022, soit postérieurement à la clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né en 1987, a sollicité, le 9 décembre 2020, le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de parent d'enfant français. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

3. Pour rejeter la demande de renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle de M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public au motif, d'une part, qu'il a été condamné à huit reprises par la justice entre 2013 et 2020 à des amendes ainsi qu'à des peines d'emprisonnement pour notamment récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, transport sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, pour usage illicite de stupéfiants, pour conduite de véhicules sous l'empire d'un état alcoolique, pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et menace de crimes ou délits contre des personnes ou les biens à l'encontre de l'entourage de l'autorité publique et pour violences sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, d'autre part, qu'il est également connu des services de police pour violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité le 2 novembre 2017, ainsi que pour menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité le 17 mai 2019. Le requérant soutient qu'il n'a fait l'objet que de deux condamnations, l'une en 2013 par le tribunal correctionnel de Cayenne à une peine d'emprisonnement de deux mois pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et menace de crime ou délit contre personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique pour des faits commis en juin 2013, l'autre en 2020 par le tribunal correctionnel de D à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, transport sans motif d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D et refus de se soumettre aux analyses ou examens en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de stupéfiants pour des faits commis en mars 2020. Le requérant produit le bulletin numéro 3 de son casier judiciaire qui n'est cependant pas de nature à contester utilement l'existence des autres peines qui lui sont reprochées, notamment celles à des amendes, qui ne peuvent y figurer, étant précisé que la commission du titre de séjour a également relevé que M. A avait été condamné à huit reprises par la justice. En tout état de cause, il ressort de la seule condamnation par le tribunal correctionnel de D de 2020, outre les faits pour lesquels M. A est connu des services de police qui ne sont pas contestés, que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public eu égard au caractère récent, multiple et grave des infractions pénales commises ayant donné lieu à une peine d'emprisonnement de six mois, nonobstant son aménagement au bénéfice d'une détention à domicile sous surveillance électronique à compter du 8 juin 2021 par jugement du juge de l'application des peines de Bobigny du 22 mars 2021. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Il s'ensuit que le requérant ne saurait utilement soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer sur ces fondements un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ou au titre de la vie privée et familiale, dès lors qu'il a pu valablement lui opposer l'existence d'une menace pour l'ordre public qui fait obstacle à la délivrance de tels titres.

4. Cependant, bien que le caractère répréhensible du comportement de M. A soit établi, il ressort également des pièces du dossier qu'il est entré sur le territoire français en avril 2001 à l'âge de quatorze ans, qu'il a suivi sa scolarité au collège de 2001 à 2005, qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnel de préparation et réalisation d'ouvrages électriques en 2007, qu'il a vécu en concubinage avec une ressortissante française, qu'il est le père de quatre enfants français nés en 2008, 2011, 2012 et 2013, qu'il a ainsi été muni de titres de séjour de 2014 à 2021 en qualité de parent d'enfant français, qu'il a travaillé partiellement mais régulièrement dans le cadre de missions d'intérim en qualité d'électricien pendant plusieurs années au cours d'une période récente, attestant d'une certaine capacité à s'intégrer professionnellement, que, selon un compte-rendu d'hospitalisation d'août 2021, il est sevré du tabagisme et du cannabis et, surtout, que, depuis ce mois d'août 2021, il fait l'objet d'un suivi médical pour insuffisance rénale chronique au stade terminal qui est traitée impérativement et à durée indéterminée par hémodialyse pluri-hebdomadaires. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants qui résident auprès de leur mère en province, notamment au cours des années précédant la décision attaquée, l'intéressé a néanmoins maintenu des liens avec eux comme en atteste la mère et comme le suggère l'ordonnance du 21 septembre 2021 du juge de l'application des peines qui indique que M. A souhaite se rendre en province au cours d'un week-end pour rendre visite à sa famille, étant précisé que l'ordonnance du juge des enfants près le tribunal pour enfants de D du 2 mai 2022 indique que trois des enfants ont été confiés à M. A pour une durée de sept mois à la suite du départ de la mère du domicile familial le 30 mars 2022, cette décision judicaire certes postérieure à la décision attaquée révèle néanmoins l'existence de liens entre le père et ses enfants sur lesquels le juge s'est nécessairement fondé. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que M. A disposerait d'autres attaches familiales que sa sœur, qui l'héberge et qui est titulaire d'une carte de résident, et ses enfants. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la situation familiale de M. A, à son ancienneté de séjour sur le territoire français depuis plus de vingt ans et à son intégration professionnelle en dépit des infractions pénales qu'il a commises et, surtout, compte tenu de sa récente situation médicale particulièrement grave, la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre doit être regardée comme ayant des conséquences disproportionnées. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

6. Eu égard au motif d'annulation, l'exécution du présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de sa notification.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 janvier 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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