vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2205118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | NAMIGOHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 30 mars 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. E A.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le
14 mars 2022 et un mémoire complémentaire enregistré au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 16 mai 2022, M. A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la production de son entier dossier par l'administration ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021, notifié le 7 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, enfin de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Namigohar au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L. 234-1 et l'article L. 251-2 de ce même code;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;
- il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions d'obligation de quitter le territoire français et de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est disproportionnée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;
- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant portugais né le , demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021, notifié le 7 janvier 2022 alors qu'il était détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation pour une durée de trois ans.
I- Sur les conclusions à fin de production du dossier du requérant :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".
3. En l'espèce, le préfet de l'Essonne a produit les pièces relatives à la situation administrative de M. A. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Dès lors, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
II- Sur les conclusions à fin d'annulation :
I.A- En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
4. Par un arrêté n° 2021-PREF-DCPPAT-BCA-278 du 9 décembre 2021, visé par l'arrêté attaqué, régulièrement publié au recueil n° 190 des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Essonne du même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. F D, signataire de l'arrêté attaqué, en sa qualité de directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, notamment, tous arrêtés, actes, décisions, mémoires, pièces, documents et correspondances relevant du ministère de l'intérieur, à l'exclusion d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions individuelles prises en matière de police administrative des étrangers. Ce même arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. F D, délégation de signature est donnée dans la limite de ses attributions, relevant de son bureau, à Mme B C, signataire de l'arrêté attaquée, attachée d'administration et cheffe du bureau de l'éloignement du territoire et donc compétente pour signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire, le pays de destination et portant interdiction de retour ou de circulation sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est du reste pas soutenu que M. D n'était ni absent ni empêché. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté, pour toutes les décisions attaquées.
I.B- En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
I.B.1- S'agissant des moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut particulier d'examen de sa situation :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. La décision en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de A, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la condamnation à cinq mois d'emprisonnement dont le requérant a fait l'objet le 27 mai 2021 ainsi que des 18 signalements dont il a fait l'objet de 2019 à 2020, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté, ainsi que pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
I.B.2- S'agissant des moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 233-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1o Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".
8. D'autre part, selon l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".
9. Si M. A soutient que le préfet de l'Essonne a méconnu les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort de la lecture de la décision attaquée, qu'elle est fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 et non de son 1°, de telle sorte que ce moyen est inopérant. En tout état de cause, si le requérant soutient qu'il travaille et ne représente ainsi pas une charge déraisonnable pour l'Etat français, il ne verse aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation et s'il soutient que son père, sa tante et ses oncles résident en France, il n'établit pas pour autant, ni du reste n'allègue, qu'ils satisfont eux-mêmes aux conditions posées par le 4° de l'article L. 233-1.
10. En admettant que M. A, en faisant valoir qu'il ne représente pas une menace actuelle et réelle suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-1-2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, laquelle ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
11. Pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet de l'Essonne fait valoir que le requérant a été condamné le 27 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Bobigny à 5 mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, récidive. Par ailleurs, le requérant a fait l'objet de 18 signalements, le 26 février 2019 pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants, le 16 mai 2019 pour vol en réunion avec violences et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, le 18 juillet 2019 pour vol à l'arraché, le 11 septembre 2019 pour vol en réunion sans violences le 20 septembre 2019 pour menace matérialisée et délit contre les personnes dont la tentative est punissable, menace de mort faite sous condition et extorsion commise avec une arme, le 15 octobre 2019 pour recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement, le 1er juin 2020 pour vol en réunion avec violences, le 13 juillet 2020 pour vol aggravé par deux circonstances avec violences, le 13 juillet 2020 pour vol aggravé par trois circonstances avec violences, le 27 août 2020 pour violence dans un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et rébellion, le 7 septembre 2020 pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas 8 jours, aggravé par une autre circonstance, le 21 septembre 2020 pour vol aggravé par trois circonstances sans violence, le 20 janvier 2021 pour vol en réunion avec violences et vol sans réunion avec violence, le 26 mai 2021 pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, le 9 juillet 2021 pour vol à la roulotte, le 22 septembre 2021 pour vol commis dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs, le 28 septembre 2021 pour vol aggravé par deux circonstances avec violences, vol de véhicules, découverte d'un véhicule voilé soumis à immatriculation, enfin le 25 octobre 2021 pour détention non autorisée de stupéfiants. Ces signalements ne sont pas sérieusement contestés. Si le requérant soutient qu'il réside en France de façon habituelle et continue depuis l'âge de 4 ans, il ne l'établit pas en produisant un certificat de scolarité pour la période de septembre 2008 à juillet 2011 et un autre pour l'année scolaire 2017/2018. Par ailleurs, s'il soutient qu'il est habituellement hébergé chez son père, il ne l'établit pas en se bornant à produire une attestation non signée de ce dernier, mentionnant au demeurant qu'il ne l'héberge que depuis le 14 mars 2022. Enfin, ainsi qu'il a été dit, si M. A soutient qu'il travaille, il ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne, en prenant l'obligation de quitter le territoire français au motif que le comportement personnel de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
I.B-3. S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des article L. 234-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
12. Aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. () ". Aux termes de l'article L 234-2 du code précité : " Une absence du territoire français pendant une période de plus de deux années consécutives fait perdre à son titulaire le bénéfice du droit au séjour permanent. ".
13. M. A soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors que résidant en France de façon habituelle et continue depuis l'âge de 4 ans, il est titulaire d'un droit au séjour permanent. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, il ne l'établit pas en produisant un certificat de scolarité pour la période de septembre 2008 à juillet 2011 et un autre pour l'année scolaire 2017/2018. Par ailleurs, les cinq mois d'emprisonnement qu'il a effectués après avoir été écroué le 28 octobre 2021 ne peuvent pas être pris en compte. Par suite, le moyen doit être écarté.
I.B.4- S'agissant des moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation :
14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
15. Ainsi qu'il a été dit, M. A n'établit pas la réalité et la continuité de son séjour en France depuis l'âge de 4 ans, ainsi qu'il l'allègue. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il a de la famille en France, notamment son père, sa tante et ses oncles, il n'établit pas que sa présence à leurs côtés serait indispensable. De même s'il fait valoir que sa compagne réside également en France il n'établit, ni du reste ne soutient, qu'elle serait française ou résiderait en France de façon régulière. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Portugal, où résident notamment ses grands-parents. Enfin, il ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de son allégation selon laquelle il travaillerait. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été pris l'arrêté en litige et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, les moyens doivent être écartés.
I.C- En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
I.C-1 S'agissant du moyen tiré de l'insuffisance de motivation :
16. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
17. La décision en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de A, vise notamment l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la gravité et la répétition des faits commis par M. A caractérisent une urgence à l'éloigner, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire manque en fait et doit être écarté.
I.C.2- S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité :
18. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.
I.C.3- S'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation :
19. Au regard des éléments exposés au point 11, notamment de leur gravité et de leur répétition, au fait que M. A n'établit pas, contrairement à ce qu'il allègue, résider en France de façon habituelle et continue depuis l'âge de 4 ans et y avoir toute ses attaches familiales, le préfet de l'Essonne a pu, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, considérer qu'il y avait urgence à éloigner M. A du territoire français afin de prévenir la réitération de ses comportements et refuser ainsi de lui accorder un délai de départ volontaire.
I.D- En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
I.D.1- S'agissant du moyen tiré de l'insuffisance de motivation :
20. La décision en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. A, vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi manque en fait et doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
I.D.2- S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité :
21. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
I.D.3- S'agissant du moyen tiré de l'atteinte à la vie privée et familiale :
22. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui doit être regardé comme implicitement visé, est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
I.E- En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
23. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "
24. La décision attaquée, si elle vise l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne comporte aucune motivation en fait propre à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Dès lors, le moyen doit être accueilli.
25. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens la concernant, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
III- Sur les conclusions aux fins d'injonction :
26. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
27. Le présent jugement, qui ne fait droit qu'aux conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de mettre fin au signalement du requérant dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
IV- Sur les frais liés au litige :
28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
29. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, seules applicables dès lors que le requérant n'a pas demandé l'aide juridictionnelle.
DECIDE:
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 28 décembre 2021 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de mettre fin au signalement du requérant dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme de Bouttemont, première conseillère,
M. L'hôte, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
Le rapporteur,
F. L'hôte La présidente,
M. G
Le greffier,
T. Népost
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026