mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2205184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | ARDAKANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, M. B A, représenté par Me Ardakani, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2022 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités de sécurité privée (CNAPS) a rejeté sa demande tendant au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée et son recours administratif préalable ;
2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité privée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai et, en tout état de cause, de lui délivrer sans délai un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée de vices de procédure dès lors que le fichier du traitement des antécédents judiciaires a été consulté irrégulièrement, qu'il n'a pas été informé de cette consultation lorsque le CNAPS a accusé réception de sa demande de carte et lui a notifié sa décision et que les services de police et le procureur de la République n'ont pas été saisis pour complément d'information préalablement à l'édiction de cette décision ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure et méconnaît le principe de loyauté de l'administration ;
- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur d'appréciation et présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le Conseil national des activités de sécurité privée conclut au rejet de la requête présentée par M. A.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixé au 5 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nour, rapporteure,
- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a saisi la commission locale d'agrément et de contrôle Sud d'une demande tendant au renouvellement de sa carte d'agent de sécurité privée par un courrier du 2 juillet 2021, sur laquelle celle-ci a gardé le silence. Le requérant a contesté la décision implicite de rejet en résultant par un recours administratif préalable reçu le 17 septembre 2021 par la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC). Par une décision du 7 janvier 2022, celle-ci a rejeté son recours et refusé de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée. M. A demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". Aux termes de l'article L. 114-1 du même code : " I. - Les décisions administratives () d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant () les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. Ces enquêtes peuvent donner lieu à la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Les conditions dans lesquelles les personnes intéressées sont informées de cette consultation sont précisées par décret. () ". Selon l'article R. 114-6 de ce code : " Les personnes qui font l'objet d'une enquête administrative en application de l'article L. 114-1 sont informées de ce que cette enquête donne lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles relevant de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Lorsque l'enquête administrative qui donne lieu à la consultation fait suite à une demande de décision de l'intéressé, celui-ci en est informé dans l'accusé de réception de sa demande prévu aux articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration. Dans les autres cas, l'intéressé est informé lors de la notification de la décision administrative le concernant. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues () aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code ".
4. Dès lors que les dispositions citées ci-dessus du code de la sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'une habilitation individuelle, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions réglementaires également citées ci-dessus, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'habilitation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en ce que la consultation du traitement d'antécédents judiciaires a été effectuée par un agent incompétent doit être écarté.
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5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le CNAPS a saisi les services de police et le procureur de la République compétent pour complément d'information par deux courriels du 6 août 2021, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 5° du I de l'article 40-29 du code de procédure pénale, doit être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu et d'une part, comme il a été dit au point précédent, les services de police et le procureur de la République ont été régulièrement saisis par le CNAPS d'une demande de complément d'information en application de l'article R. 40-29 précité du code de procédure pénale. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que fait valoir le requérant, que le courrier du 2 août 2021 adressé à l'intéressé par le CNAPS, qui avait pour unique but de recueillir les observations du requérant sur les faits mentionnés au traitement des antécédents judiciaires, aurait été ambigu et de nature à faire croire à son destinataire que l'absence de réponse à ce courrier aurait entraîné le rejet de sa demande. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure et de la méconnaissance du principe de loyauté par l'administration doit être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de sa profession d'agent privée de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer à M. A la carte professionnelle qu'il sollicitait, la CNAC s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé, d'une part, a été condamné le 15 octobre 2019 par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits, commis le 10 septembre 2018, de violences à l'encontre de son ex-épouse ayant entraîné une incapacité totale de travail de six jours et de violences, commises le même jour, à l'encontre de la fille de cette dernière, ayant entraîné une incapacité totale de travail de deux jours, et, d'autre part, a été mis en cause pour des faits similaires commis le 21 décembre 2015.
9. S'agissant de ce second grief, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'un rappel à la loi le 3 novembre 2016. Si M. A fait valoir que le rappel à la loi n'implique aucune reconnaissance de la matérialité des faits, et ce quand bien même il figurerait au fichier du traitement des antécédents judiciaires, un tel dispositif constitue une mesure alternative aux poursuites prévue par l'article 41-1 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur, " susceptible d'assurer la réparation du dommage causé à la victime, de mettre fin au trouble résultant de l'infraction ou de contribuer au reclassement de l'auteur des faits ". Ainsi, le CNAPS pouvait, sans commettre d'erreur de droit, fonder sa décision sur les faits pour lesquels le requérant a été mis en cause le 21 décembre 2015 dont la matérialité est établie.
10. En outre, la matérialité des faits commis par M. A le 10 septembre 2018 a été établie par le juge pénal, par le jugement précité du 15 octobre 2019 du tribunal correctionnel de Bobigny et s'impose alors au juge administratif. Dès lors, les agissements de M. A révèlent, par leur nature et leur gravité, un comportement contraire à la probité et à l'honneur, de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et incompatible avec l'exercice d'une profession dans le domaine de la sécurité privée, et ce quand bien même le comportement professionnel de M. A aurait été jusqu'alors irréprochable. Par suite, le CNAPS n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant à M. A le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité. En tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait disproportionnée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS en date du 7 janvier 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celle tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités de sécurité privée.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
Mme Courneil, première conseillère,
Mme Nour, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
C. Nour
La présidente,
J. Jimenez
Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026