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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205211

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205211

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er avril 2022, 11 juillet 2022 et 5 avril 2024, M. A C, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros hors taxe, soit 2 400 euros toutes taxes comprises, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le mémoire en observations de l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

- ce mémoire doit être écarté des débats, en l'absence de mention des nom et prénom de son auteur et de sa signature manuscrite et de preuve de sa qualité de médecin ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la procédure devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulière dès lors qu'il n'est pas possible de vérifier l'existence et les mentions de l'avis du collège des médecins et le caractère collégial de la délibération, que ces derniers étaient incompétents pour signer l'avis médical, qu'il n'est pas non plus possible de vérifier que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège, ni de vérifier l'existence et les mentions du rapport du médecin, sa transmission au collège des médecins pour avis et la compétence du médecin ayant rédigé le rapport médical ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est à tort cru lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifie pas de l'identité, la qualité, la formation et la désignation de la personne à l'origine de l'extraction des fiches MEDCOI de la base de données MEDCOI et la méthodologie employée pour établir ces fiches ne garantissent aucunement l'impartialité et l'objectivité de ces données ;

- la compétence du rédacteur du mémoire produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas établie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 21 février 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 5 février 2024, il a été demandé au requérant s'il acceptait de lever le secret médical, ce à quoi il a répondu par l'affirmative par un courrier du 9 février 2024.

Par un courrier en date du 19 février 2024, il a été demandé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de communiquer l'entier dossier médical du requérant et, le cas échéant, tout document utile relatif à l'existence et à l'accessibilité des traitements au Mali, notamment est-ce que le "Xeplion" est disponible au Mali, si non, le remplacement par un autre produit disponible au Mali est-il possible et si non, l'indisponibilité de ce seul médicament peut-elle entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

Un mémoire et des pièces, enregistrés les 27 février 2024 et 8 mars 2024, ont été présentés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et ont été communiqués au requérant.

Il fait valoir que la molécule du médicament dont a besoin le requérant, à savoir la palipéridone qui compose le " Xéplion " peut être remplacée par de la rispéridone, un autre antipsychotique, qui est disponible au Mali.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les observations de Me Rodet, substituant Me Semak, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 31 décembre 1993, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 30 juillet 2018 selon ses déclarations. Le 16 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 26 juillet 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur la compétence du rédacteur du mémoire de l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

2. Le tribunal, en communiquant la présente requête à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a entendu lui permettre, en tant qu'observateur, de faire valoir toute circonstance de fait et de droit dans le cadre du débat contentieux du présent litige. Le mémoire du 8 mars 2024 a été enregistré et signé électroniquement par le biais de Télérecours pour l'OFII par son directeur général, compétent pour représenter l'OFII devant le tribunal administratif et facilement identifiable, même en l'absence de la mention de ses nom et prénom et de sa signature manuscrite. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte d'aucun texte ou mémoire que ledit mémoire devait être rédigé par un médecin ou que le directeur général avait l'obligation de préciser le nom du médecin dont est issue l'analyse médicale diligentée pour l'élaboration de son mémoire. Par suite, il n'y a pas lieu d'écarter des débats le mémoire présenté par l'OFII.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, le préfet vise les textes dont il a fait application et précise les faits constituant le fondement de sa décision. Il a notamment relevé que M. C ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, la décision attaquée ne révèle pas que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen de la situation particulière du requérant. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est prononcé au vu d'un avis émis le 20 mai 2021 par le collège de médecins de l'OFII, produit à l'instance, et qui comporte le nom des trois médecins ayant siégé, désignés par une décision du 7 juin 2021 du directeur général de l'OFII régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le collège s'est prononcé au vu d'un rapport médical qui lui a été transmis le 6 mai 2021, ainsi que l'indique le bordereau de transmission également produit, et établi par un médecin rapporteur qui ne figurait pas parmi les signataires de l'avis, et qui n'avait pas à être désigné par la décision du directeur général de l'OFII du 20 mai 2021 précitée. La seule circonstance, à la supposer même établie, que l'avis n'ait pas donné lieu à une délibération collégiale est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis dès lors que cet avis commun, rendu par trois médecins, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. En outre, l'avis comporte également les signatures de ses auteurs, apposées sous forme de fac-similés, dont rien ne permet de remettre en doute l'authenticité, et qui ne constituent pas des signatures électroniques au sens de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, et qui ne relèvent, de ce fait, ni de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, ni du deuxième alinéa de l'article 1367 du code civil. Par ailleurs, l'avis du collège de médecins de l'OFII mentionne que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque, conformément aux exigences de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle seule est en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, si cette condition est remplie, d'apprécier l'accès effectif aux soins et à un traitement approprié dans son pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un accès effectif au traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la gravité de l'état de santé d'un étranger ou l'effectivité de son accès aux soins justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Pour refuser de délivrer le titre de séjour à M. C à raison de son état de santé, le préfet s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 20 mai 2021, qui a estimé que, si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le traitement approprié existe dans le pays dont il est originaire, et qu'il n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant son accès aux soins dans son pays et que son état de santé lui permet de voyager sans risque.

9. Pour contester cet avis, M. C fait valoir qu'il souffre d'une pathologie psychiatrique lourde, qu'il a été transféré aux urgences le 12 octobre 2019 en raison de " troubles du comportement avec agitation dans un contexte délirant ", que depuis le mois de juin 2020, il se voit prescrire une fois par mois du Xeplion qui est un antipsychotique à base de palipéridone, qu'il consulte également une fois par mois un médecin au sein d'un centre médico-psychologique et que son traitement n'est pas disponible au Mali. Il ressort des pièces du dossier, notamment des ordonnances médicales produites par M. C et du certificat médical du 25 avril 2022 d'un praticien au sein du l'établissement public de santé de Ville-Evrard que l'intéressé souffre de schizophrénie paranoïde, que du Xeplion lui est administré tous les mois et que l'interruption des soins peut provoquer des graves troubles du comportement, qu'il répond bien à ce traitement, au contraire de son précédent traitement à base d'Haldol Decanoas. Par ailleurs, il ressort d'un courriel du laboratoire Janssen du 22 mars 2022 que le Xeplion et le Trevicta, médicament également à base de palipéridone, ne sont ni enregistrés ni commercialisés au Mali et qu'aucun autre produit à base de palipéridone sous forme injectable intramusculaire n'est disponible sur le marché malien. Par ailleurs, ces médicaments ne figurent pas non plus sur la liste nationale de 2019 des médicaments essentiels au Mali. Toutefois, dans ses observations, l'OFII se réfère à la base de données " Medical Origin of Information (MedCOI) " qui comporte, conformément à l'article 9 paragraphe 2 point b du règlement (UE) du 15 décembre 2021 relatif à l'Agence de l'Union européenne pour l'asile, une section accessible au public et une section restreinte, laquelle, en vertu de la décision n° 91 du conseil d'administration du bureau européen d'appui en matière d'asile du 7 octobre 2021 produite à l'instance, est réservée aux employés désignés et dûment formés par les autorités de l'Union européenne, ou aux organismes mandatés par un pays de l'Union européenne pour y effectuer des recherches. Cette base de données fait partie des données de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine (BISPO), et qui recense, conformément à l'annexe II à l'arrêté du 5 janvier 2017, les sites internet comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine et sur les principales pathologies, est accessible et doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique. Cette liste constitue une aide à la décision pour les membres du collège de médecins, qui ont également la faculté de s'appuyer sur d'autres données issues de leurs recherches. En se fondant ainsi sur cette base de données MedCOI, l'OFII fait observer, d'une part, que la molécule du médicament dont a besoin le requérant, à savoir la palipéridone qui compose le Xéplion peut être remplacée par de la rispéridone, un antipsychotique dont il est l'équivalent, et qui est disponible au Mali, et, d'autre part, que des suivis psychiatriques, hospitaliers ou ambulatoires, sont disponibles au Mali, notamment au centre hospitalier universitaire (CHU) du Point G à Bamako, ainsi qu'à la Polyclinique Pasteur à Bamako. Si le requérant se prévaut du certificat médical du 4 avril 2024 qui indique son traitement à base de rispéridone administré par voie orale a été modifié par un traitement au Xeplion au motif que l'administration par voie orale peut " provoquer une mauvaise absorption intestinale et donc déstabiliser le patient " et " qu'un changement risque de dégrader l'état psychique du patient voire une décompensation ", toutefois, il ressort également de ce certificat que le traitement par rispéridone avait permis une " évolution favorable " de son état de santé. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en estimant que le requérant peut bénéficier effectivement au Mali d'un traitement approprié, aurait fait une inexacte application des dispositions précitées.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. C fait valoir qu'il est arrivé en France en 2018, qu'il y bénéficie d'un suivi médical depuis 2019, qu'il est hébergé par son cousin, que son père et son frère, ressortissants français, résident en France et constituent pour lui des soutiens nécessaires à la stabilisation de son état de santé. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, le requérant n'établit pas que les soins que requiert son état de santé ne lui seraient pas effectivement accessibles dans son pays d'origine. Ainsi, le requérant n'établit pas la nécessité de sa présence auprès de son père et son frère. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. À cet égard, il ne se prévaut d'aucune insertion professionnelle et il ressort des termes non contestés de l'arrêté attaqué que l'intéressé a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 24 ans au moins. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Et, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français n'impliquant pas par elle-même le renvoi de M. C au Mali, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à son encontre.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision fixant le pays de renvoi comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, régulièrement motivée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, relatif à la motivation doit être écarté.

17. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

18. Ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, il n'est pas établi que M. C ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations, citées plus haut, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées en matière de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Semak et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. L'hôte, premier conseiller,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,Le président,Signé Signé Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Signé Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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