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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205326

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205326

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantHERVIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, M. D A, représenté par

Me Baptiste Hervieux, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de quinze jours, sous astreinte de

50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions des article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient :

- que l'arrêté litigieux est signé par une autorité incompétente ;

- qu'il est insuffisamment motivé, révélant un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle ;

- qu'il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- que le préfet a commis plusieurs erreurs de fait quant à la durée de sa présence sur le territoire français et en estimant qu'il ne disposait pas de conditions d'existence pérennes ;

- qu'il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 15 février 2022, le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président,

- les observations de Me Hervieux, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant malien né le 1er janvier 1987 à Kayes (Mali), déclare être entré irrégulièrement en France en 2014 et y résider depuis cette date. Le 15 octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 août 2021, dont M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1191 du 18 mai 2021 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 19 mai 2021 suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme C B, signataire de l'arrêté attaqué, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et interdiction de retour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté préfectoral attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions sur le fondement desquelles le requérant a présenté sa demande de titre de séjour et expose que M. A ne justifie d'aucun motif exceptionnel ou humanitaire à l'appui de sa demande de titre de séjour pour pouvoir prétendre au bénéfice de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des dispositions qu'il comporte, au regard notamment des exigences de motivation de l'article

L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. A cet égard, s'il est fait mention d'un avis défavorable à la délivrance d'une autorisation de travail émis par le service de la main d'œuvre étrangère, la circonstance que les pièces sur lesquelles se fonde cet avis ne soient pas jointes à la décision ne saurait entacher cette dernière d'un défaut de motivation, dès lors que le préfet a précisé les motifs pour lesquels il a rejeté la demande de régularisation exceptionnelle du requérant. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

6. D'une part, s'agissant de sa situation privée et familiale, M. A fait valoir, sans aucunement l'établir, qu'il est présent en France depuis l'année 2014 et qu'il y réside auprès de ses deux frères. Toutefois, cette seule circonstance ne saurait suffire à établir que son admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels.

7. D'autre part, s'agissant de sa situation professionnelle, M. A a occupé un emploi d'agent polyvalent de décembre 2016 à octobre 2020 pour la société IN CARRE 92. Toutefois, à la date de la décision attaquée, le requérant était sans emploi depuis près d'un an, de sorte que sa situation professionnelle ne peut être regardée comme constituant un motif exceptionnel justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis, pour considérer que l'intéressé ne peut " se prévaloir d'une longue présence habituelle et continue sur le territoire national ", relève que M. A " n'apporte pas d'éléments suffisamment probants propres à justifier sa présence réelle et continue sur le territoire français depuis son arrivée, notamment pour les années 2014 à 2017 ". Si M. A établit, par les pièces qu'il fournit, résider de façon habituelle et continue en France depuis 2017, il ne l'établit pas pour les années 2014 à 2016. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée M. A était sans emploi depuis le mois d'octobre 2020, soit depuis près d'un an. Ainsi, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de fait, considérer que l'intéressé ne disposait pas de conditions d'existence pérennes.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. A soutient, sans au demeurant l'établir ainsi qu'il a été dit au point 8, qu'il est présent en France depuis 2014 et qu'il y réside continuellement depuis cette date auprès de ses deux frères. Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant à sa charge, ne fait état d'aucune circonstance l'empêchant de poursuivre sa vie privée et familiale au Mali, pays où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 27 ans. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, vice-président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le président-rapporteur,

M. E

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

N. Dupuy-Bardot

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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