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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205334

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205334

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 1er avril 2022, enregistrée le 5 avril 2022 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal la requête présentée par M. A C.

Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 17 mars 2022 et un mémoire complémentaire enregistré au greffe du tribunal le 19 avril 2022, M. A C, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai durant cet examen une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il incombe au préfet de produire l'arrêté attaqué ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle est entachée de défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet s'est, à tort, cru lier par le refus d'autorisation de travail du 14 octobre 2020 pour prononcer la décision attaquée ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation dans la mesure où l'obligation d'obtenir une autorisation de travail n'était pas requise, où il perçoit un salaire brut mensuel de 1 850 euros et non de 1 015 euros et où la circonstance que son employeur n'a pas publié d'offre d'emploi avant de le recruter ne peut suffire à justifier la décision attaquée ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet s'est à tort cru en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire à 30 jours ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant égyptien né le 1er décembre 1988, ayant séjourné en France sous couvert d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, a déposé le 29 juillet 2020 une demande de changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par une décision du 14 octobre 2020, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer une autorisation de travail. Par un courrier du 14 décembre 2020, M. C a exercé contre cette décision un recours hiérarchique auprès du ministre de l'Intérieur qui l'a rejeté par une décision du 8 mars 2021. Puis, par un arrêté du 7 juillet 2021, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-PREF-DCPPAT-BCA-054 du 3 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Essonne, M. E D, sous-préfet de Palaiseau, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet a notamment cité l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a mentionné que la demande d'autorisation de travail formulée par l'employeur de M. C avait été refusée, les motifs de ce refus, ainsi que les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et contrairement à ce que fait valoir le requérant, la circonstance que le préfet a notamment motivé la décision attaquée par référence au refus d'autorisation de travail n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué qui a été versé par le préfet en défense, que la décision portant refus de séjour serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. C.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont, contrairement à ce que fait valoir M. C, les dispositions étaient applicables au présent litige dès lors que l'arrêté attaqué est intervenu postérieurement au 1er mai 2021 : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-3 du code du travail applicable à la date de la décision attaqué : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : 10° La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", délivrée en application des articles L. 313-11, L. 316-1, L. 316-3, L. 313-17 et L. 313-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ou le visa de long séjour valant titre de séjour mentionné aux 4° et 11° de l'article R. 311-3 du même code. Aux termes de l'article R. 5221-11 de ce code : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur. " Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence. " Aux termes de l'article R. 5221-17 de ce code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail () est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions, de même, au demeurant, que de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile anciennement en vigueur, que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative et que la demande d'autorisation de travail d'un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur.

7. Dans ces conditions, le préfet a considéré à bon droit qu'il ne pouvait valablement délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " salarié " dès lors que la demande d'autorisation de travail formulée par son employeur avait été rejetée en date du 14 octobre 2020 et l'intéressé n'est ni fondé à lui reprocher de s'être cru à tort lié par le sens de cette décision, ni fondé à soutenir que la délivrance du titre de séjour portant la mention " salarié " ne serait pas subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail. Par ailleurs, la circonstance que M. C était précédemment en possession d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français qui l'autorisait à exercer un emploi en France ne dispensait pas son employeur de saisir le préfet d'une demande d'autorisation de travail, compte tenu de l'expiration de la validité de son titre de séjour le 5 juin 2020. Enfin, alors qu'ainsi qu'il a été dit, la demande d'autorisation de travail formulée par l'employeur de M. C a été rejetée le 14 octobre 2020, ce dernier n'établit pas que les conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance étaient remplies et contrairement à ce qu'il fait valoir il résulte du 1° de l'article R. 5221-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la seule circonstance que l'employeur n'a pas accompli les recherches auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail est un motif suffisant, de nature à justifier un refus d'autorisation de travail. Par suite, les moyens tirés par le requérant de ce que le préfet se serait cru à tort lié par la décision portant refus d'autorisation de travail et qu'il aurait fait une inexacte application de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C fait valoir qu'il est entré en France en 2011, qu'il y séjourne depuis habituellement et qu'il y exerce un emploi depuis le mois de janvier 2020. Cependant, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. C est divorcé et sans charge de famille en France et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, les éléments qu'il apporte au soutien de sa requête ne sont pas suffisants pour considérer que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 2.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

12. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée et que la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée sur son fondement n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En troisième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que les moyens dirigés par M. C contre la décision portant refus de titre de séjour ne sont pas fondés, son moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

14. En quatrième lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées au point 9.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

16. En premier lieu, le délai de départ volontaire de trente jours accordé à M. C afin qu'il exécute l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français correspond au délai de droit commun le plus long susceptible d'être accordé en application des dispositions précitées. En l'absence d'une demande en ce sens, l'absence d'octroi d'un délai supérieur n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. En l'espèce, M. C ne justifie, ni même n'affirme, avoir présenté une telle demande. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée.

17. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 14 que les moyens dirigés par M. C contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés, son moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

18. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait à tort cru tenu de fixer le délai de départ volontaire à trente jours.

19. En dernier lieu, M. C fait valoir qu'il est employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et qu'il dispose d'attaches personnelles et familiales particulièrement stables en France. Cependant, alors que le requérant ne justifie pas des attaches dont il se prévaut, la circonstance qu'il est employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée ne permet pas de considérer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par le requérant doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, afin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Essonne et à Me Rochiccioli.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

M. Marias, premier conseiller,

Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La rapporteure,Le président,

Signé Signé M. BA. MyaraLa greffière,

Signé

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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