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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205422

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205422

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2022 et le 29 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Dodier demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de quinze jours suivant la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Par une décision du 27 juin 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 %.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lamlih.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 31 décembre 1997 au Mali, qui serait entré en France le 16 juillet 2016, demande l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-0219 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Patrick Lapouze, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par arrêté n°2022-0220 du même jour, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, signataire de la décision litigieuse, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Lapouze, dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, alors que M. A est domicilié à Livry-Gargan, commune de l'arrondissement du Raincy, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. A avant de prendre la décision attaquée. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Il résulte de ces dispositions que l'article L. 435-1 permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicitée par M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé, notamment, sur la circonstance que l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a fait l'objet d'une interpellation par les services de police le 31 janvier 2021 pour conduite d'un véhicule sans permis. Toutefois, et dès lors que l'infraction est dépourvue de gravité, demeurée isolée, l'intéressé n'ayant, en particulier, jamais fait l'objet, depuis lors, d'un autre signalement ou d'une autre condamnation, ce motif ne pouvait légalement justifier la décision attaquée.

6. Cependant, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur la circonstance que la situation professionnelle de M. A ne caractérise ni des circonstances humanitaires ni de motifs exceptionnels au sens des dispositions législatives précitées. En l'espèce, si le requérant soutient, sans être contesté, qu'il séjourne de manière habituelle en France depuis six ans, une telle ancienneté de présence n'est pas, à elle seule, de nature à constituer un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 4 alors qu'il ressort, au surplus, de l'arrêté attaqué, non contesté sur ce point, que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne démontre pas non plus être dépourvu d'attaches au Mali où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il a exercé une activité professionnelle, depuis le 1er juin 2018, d'abord en qualité d'agent d'entretien puis en qualité d'agent polyvalent, cette circonstance ne caractérise pas une intégration professionnelle telle qu'elle serait de nature à constituer un motif exceptionnel. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour temporaire sur ce fondement. Dès lors, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être écartées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

10. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires. Toutefois, et alors qu'il n'est pas contesté que l'intéressé est présent en France depuis six ans, qu'il n'a déjà pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement et, ainsi qu'il a été dit au point 5, que sa présence sur le territoire français ne présente pas une menace pour l'ordre public, la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent.

12. Il résulte de ce qu'il précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen articulé à son encontre, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Dans les circonstances de l'espèce et dès lors que l'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 9 mars 2022 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Dodier.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

Mme Lamlih, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La rapporteure,

D. Lamlih

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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