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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205459

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205459

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantAKUESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2022, M. B A, représenté par Me Akuesson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui accorder le renouvellement de son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du certificat de résidence : elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; elle méconnaît les stipulations de l'article 6, paragraphes 2 et 5, de l'accord franco-algérien ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- en ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours : elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Charageat a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 6 juin 1988 à Oued Athmania (Algérie), a sollicité le 15 octobre 2021 le renouvellement du certificat de résidence algérien qui lui avait été délivré en qualité de conjoint de ressortissant français. Par un arrêté du 21 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise le 2 de l'article 6 et l'alinéa a de l'article 7 bis de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968, expose avec une précision suffisante les circonstances de fait qui ont conduit le préfet de la Seine-Saint-Denis à prononcer la décision en litige, laquelle répond ainsi aux exigences de motivation résultant notamment de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait omis de procéder à un examen sérieux et complet de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () / 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".

5. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence qui avait été délivré à M. A en qualité de conjoint d'une ressortissante de nationalité française, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que celui-ci ne justifie pas, à la date de l'arrêté attaqué, d'une communauté de vie affective et matérielle avec son épouse. Si le requérant fait valoir qu'il est conjoint de français, il ne conteste pas qu'à la date de l'arrêté attaqué il n'existait aucune communauté de vie entre lui et son épouse de nationalité française. Par suite, à cette date il n'entrait pas dans le champ des stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien qui n'ont, dès lors, pas été méconnues.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté, à le supposer soulevé.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant soutient qu'il séjourne depuis plus de six ans en France, où il possède des attaches familiales et personnelles et où il occupe un emploi salarié. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant de justifier de l'ancienneté de séjour et des attaches dont il se prévaut, alors qu'il résulte de ce qui est dit au point 5 qu'il ne peut se prévaloir d'une communauté de vie effective avec son épouse. Enfin, si le requérant établit avoir occupé un emploi de chauffeur livreur depuis le mois de décembre 2020, il n'en résulte pas qu'il présenterait une insertion professionnelle significative. Par suite, au regard des conditions et de la durée du séjour du requérant en France à la date de l'arrêté attaqué, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige n'a pas porté au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi par cette décision. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que cette décision serait illégale en ce qu'elle est entachée des mêmes illégalités que la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

11. M. A n'apporte aucun élément susceptible d'établir que, eu égard à sa situation en France telle que décrite au point 8, la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. Jimenez

La greffière,

S. Saibi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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