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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205685

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205685

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril et 4 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Patureau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

­ elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

­ elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

­ elle a été prise en méconnaissance de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'en tout état de cause, il n'a pas pu prendre un rendez-vous via le téléservice qui ne saurait être obligatoire dans ces circonstances ;

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de la SeineSaint-Denis conclut au non-lieu à statuer. Il soutient qu'il a expressément rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé en cours d'instance.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Van Maele, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né en 1982, a sollicité, par un courrier reçu en préfecture le 19 juillet 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. M. C a présenté sa demande de titre de séjour par courrier reçu en préfecture le 19 juillet 2021. Suite au silence gardé par le préfet durant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet est née le 19 novembre 2021. Par une décision du 29 septembre 2022, intervenue en cours d'instance, le préfet de la Seine-Saint-Denis a expressément rejeté la demande de l'intéressé. Cette décision du 29 septembre 2022 s'est ainsi substituée à la décision implicite de rejet précédemment née du silence gardé par le préfet, sans que cette circonstance, contrairement à ce que soutient le préfet, ait eu pour effet de priver le litige de son objet. Il suit de là que l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision du 29 septembre 2022 vise, notamment, les articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle, en application de ces articles, que les demandes d'admission au séjour présentées sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être effectuées sur présentation du demandeur en préfecture et indique qu'en application de ces dispositions, la demande de titre de séjour présentée par M. C par voie postale est rejetée. La décision litigieuse comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et respecte ainsi les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement. " Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. " L'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 susvisé, codifié à l'annexe 9 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'inclut pas, dans la liste des catégories de titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice, celles relatives à l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 de ce code ou à la vie privée et familiale prévue par l'article L. 423-23 du même code.

5. D'une part, il ressort des dispositions précitées que les demandes de délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle ou de la vie privée et familiale ne s'opèrent pas au moyen d'un téléservice mais doivent s'effectuer à la préfecture, étant précisé que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a déterminé aucune catégorie de titre de séjour pouvant lui être adressée par voie postale. À cet égard, le requérant ne saurait induire du changement rédactionnel de cette règle de présentation d'une demande de titre à la préfecture que la présence personnelle de l'étranger n'y serait plus obligatoire et qu'il pouvait ainsi déposer sa demande de titre par voie postale dans l'attente d'une éventuelle convocation en préfecture.

6. D'autre part, le requérant soutient qu'en tout état de cause, la prise de rendez-vous à la préfecture de la Seine-Saint-Denis pour déposer une demande de titre de séjour s'effectue au moyen d'un téléservice qui délivre un nombre de rendez-vous insuffisant pour satisfaire l'intégralité des demandes. Le requérant ne justifie cependant d'aucune démarche effective et utile auprès de la préfecture pour l'obtention d'un rendez-vous soit au moyen du téléservice prévu à cet effet, dont l'impossibilité d'utilisation pour des raisons tenant à sa conception ou à son mode de fonctionnement n'est pas attestée au cours de la période précédant le dépôt de sa demande de titre par voie postale, soit par un autre moyen, étant rappelé que, même en l'absence de rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a, en tout état de cause, déterminé aucune catégorie de titre de séjour pouvant lui être adressée par voie postale.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance en droit et en fait de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point 4, doit être écarté. Dès lors que la décision de refus de titre de séjour est fondée à bon droit sur l'absence de comparution personnelle de M. C, ce dernier ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée de moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 29 septembre 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,Le président,S. Van MaeleC. Tukov La greffière,M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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