mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2205708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LEPARGNEUR |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 avril 2022 et 12 avril 2023, la société Services Correspondances Handling (SCH), représentée par Me Lepargneur, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mai 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a refusé d'autoriser le licenciement de M. A B ;
2°) d'annuler la décision du 11 février 2022 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé la décision de l'inspectrice du travail du 31 mai 2021 ;
3°) de statuer directement en faveur d'une autorisation de licencier M. B ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir contre les décisions litigieuses ;
- l'inspectrice du travail et la ministre du travail ont entaché leur décision respective d'une erreur de droit dès lors qu'il ne leur appartenait pas de s'assurer de la régularité de la procédure d'information et de consultation du comité économique et social lors d'un licenciement collectif sans mise en œuvre de plan de sauvegarde de l'emploi ;
- la décision du ministre est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'elle a visé une société différente de la société SCH et qu'elle a mentionné un nombre erroné de salariés au sein de l'entreprise et visés par le licenciement collectif pour motifs économiques ;
- le motif de refus d'autoriser le licenciement de M. B est erroné en fait dès lors qu'elle a fourni une note d'information à l'occasion de la première convocation du comité économique et social ;
- les décisions litigieuses sont entachées d'un détournement de procédure et de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, d'une part, que les conclusions tendant à ce que le tribunal statut directement en faveur d'une autorisation de licencier M. B sont irrecevables, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et, à tout le moins, sollicite une substitution de motifs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bernabeu ;
- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique ;
- et les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été engagé en 2005 par la société SCH en qualité d'animateur " Qualité Sécurité ". Il y a été élu membre de la délégation du personnel au comité économique et social en 2019 et désigné délégué syndical du syndicat SGS Aéroportuaire en mars 2021. Par un courrier du 30 mars 2021, la société SCH a sollicité l'autorisation de licencier M. B pour motifs économiques. Par une décision du 31 mai 2021, l'inspectrice du travail de la DRIEETS d'Ile-de-France a refusé d'autoriser le licenciement sollicité. La société SCH a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision le 18 juin 2021. Par une décision du 11 février 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé la décision du 31 mai 2021. Par la présente requête, la société SCH demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur la fin de non-recevoir soulevé en défense :
2. Il n'appartient pas au juge de faire œuvre d'administrateur. Par suite, les conclusions de la société SCH tendant à ce que le tribunal statut directement en faveur d'une autorisation de licencier M. B sont irrecevables. Il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée à l'encontre de telles conclusions par le ministre du travail et de les rejeter pour ce motif.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 1233-28 du code du travail : " L'employeur qui envisage de procéder à un licenciement collectif pour motif économique d'au moins dix salariés dans une même période de trente jours réunit et consulte le comité social et économique dans les conditions prévues par le présent paragraphe ". Aux termes de l'article L. 1233-29 du code précité : " Dans les entreprises ou établissements employant habituellement moins de cinquante salariés, l'employeur réunit et consulte le comité social et économique. Ce dernier tient deux réunions, séparées par un délai qui ne peut être supérieur à quatorze jours ". Aux termes de l'article L. 1233-31 du code précité : " L'employeur adresse aux représentants du personnel, avec la convocation à la première réunion, tous renseignements utiles sur le projet de licenciement collectif. /Il indique : /1° La ou les raisons économiques, financières ou techniques du projet de licenciement ; /2° Le nombre de licenciements envisagé ; /3° Les catégories professionnelles concernées et les critères proposés pour l'ordre des licenciements ; /4° Le nombre de salariés, permanents ou non, employés dans l'établissement ; /5° Le calendrier prévisionnel des licenciements ; /6° Les mesures de nature économique envisagées ; /7° Le cas échéant, les conséquences de la réorganisation en matière de santé, de sécurité ou de conditions de travail ". Aux termes de l'article L. 1233-32 : " Outre les renseignements prévus à l'article L. 1233-31, dans les entreprises de moins de cinquante salariés, l'employeur adresse aux représentants du personnel les mesures qu'il envisage de mettre en œuvre pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre et pour faciliter le reclassement du personnel dont le licenciement ne pourrait être évité ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'administration, saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé pour motif économique compris dans un licenciement collectif, de s'assurer que la procédure de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité social et économique a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la société SCH, qui comportait moins de cinquante salariés, n'a pas eu à établir et à mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi, de sorte que, contrairement à ce qu'elle soutient, l'inspectrice du travail et la ministre du travail n'ont pas entaché leur décision d'une erreur de droit en vérifiant que la procédure de consultation du comité social et économique était régulière. La circonstance que l'autorité administrative n'ait pas procédé aux vérifications prévues à l'article L. 1233-53 du code du travail est, à cet égard, sans incidence sur l'étendue du contrôle de l'inspection du travail quant à la régularité de la consultation du comité économique et social.
6. D'autre part, la société SCH soutient avoir mis à même le comité social et économique d'émettre son avis en toute connaissance de cause par la diffusion d'une note d'information détaillant les éléments prévus par le code du travail, à l'occasion de la première convocation du comité le 14 janvier 2021. Toutefois, si la note d'information du 8 janvier 2021 comportait un certain nombre d'éléments prévus à l'article L. 1233-31 du code du travail, dont le nombre de licenciements envisagés, les raisons économiques des licenciements envisagés ou le calendrier prévisionnel des licenciements, il ne ressort pas des pièces du dossier que les informations transmises ont été suffisantes pour que le comité social et économique puisse se prononcer en toute connaissance de cause sur la situation de la société SCH au sein du groupe 3S Alyzia dont elle fait partie. A cet égard, et ainsi que l'a relevé la ministre en charge du travail dans sa décision du 11 février 2022, la note d'information ne précise ni le secteur d'activité de la société SCH, ni celui du groupe auquel elle appartient et ne fait pas état de la situation économique des sociétés composant le secteur d'activité de la société requérante. En outre, si la note d'information précitée relevait que " la Direction [allait] adresser des courriers aux autres sociétés afin de connaître les éventuels besoins sur des postes dans l'activité Galerie et [allait] solliciter la Branche pour connaître les éventuels besoins du secteur ", de telles informations, parcellaires et peu précises, n'ont pu permettre au comité social et économique d'être suffisamment éclairé sur les mesures envisagées par la société SCH en vue d'éviter les licenciements ou en limiter le nombre et faciliter le reclassement du personnel. De la même manière, les catégories professionnelles retenues dans la note précitée, " ouvriers " et " agent de maîtrise ", ainsi que les critères proposés pour l'ordre des licenciements, à savoir " Qualités professionnelles " et " Ancienneté du salarié dans l'entreprise, majorée d'un an par enfant à charge au sens du code de la famille ", sont insuffisamment précis pour permettre au comité social et économique de se prononcer en toute connaissance de cause. Dans ces conditions, et alors que la société requérante avait été avertie de manquements aux dispositions des articles L. 1233-31 et L. 1233-32 du code du travail par l'autorité administrative le 14 avril 2021, la ministre et l'inspectrice du travail n'ont pas entaché leurs décisions respectives d'une erreur d'appréciation en retenant que ces insuffisances ont été de nature à fausser la consultation du comité social et économique, et partant, à entacher d'irrégularité une telle procédure.
7. Ce motif faisait à lui seul obstacle à ce que l'inspectrice du travail puis la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion puissent légalement accorder l'autorisation de licenciement sollicitée, tandis qu'il ne ressort d'aucun élément du dossier que la décision ministérielle serait entachée d'un détournement de pouvoir. Il s'ensuit que les autres moyens de la requête sont sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société SCH n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 31 mai 2021 et du 11 février 2022 par lesquelles l'inspectrice du travail et la ministre du travail ont refusé de lui accorder l'autorisation de licencier M. B pour motifs économiques.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais engagés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Services Correspondances Handling est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Services Correspondances Handling, à M. A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
M. Marias, premier conseiller,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le rapporteur,
S. Bernabeu
Le président,
J.-F. BaffrayLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026