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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205733

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205733

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 12 avril 2022 et 3 juin 2022, M. A, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 mars 2022 par lesquelles le préfet de la

Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, de lui délivrer un titre de séjour temporaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à M.A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire :

- sont intervenus au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- sont entachés d'un défaut réel et sérieux de sa situation ;

- méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- méconnaissent l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 7 juin 2022, la clôture de l'instruction a été reportée au 22 juin 2022.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thobaty, rapporteur ;

- et les observations de Me Gauthier, substituant Me Alagapin-Graillot, pour M.A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant indien né le 25 mai 1984, a présenté, le 28 septembre 2021, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. Il ne résulte ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

4. Si M. A fait valoir qu'il serait entré en France en 2007, alors qu'il avait 23 ans, il ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire depuis cette date ou, à tout le moins, depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette dernière ne pouvait intervenir sans saisine préalable de la commission du titre de séjour.

5. Il ressort des termes mêmes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour. Si le législateur a prévu que la commission nationale de l'admission exceptionnelle au séjour donnera un avis sur les critères d'admission exceptionnelle au séjour, il a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

6. Si M. A fait valoir qu'il est marié et que son épouse réside en France, avec leurs deux enfants nés en 2016 et 2018, il n'est pas contesté que celle-ci séjourne irrégulièrement sur le territoire. Par ailleurs, M. A se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 13 mai 2020 avec la société BET, en qualité d'électricien, ainsi que des bulletins de salaires afférents à cette activité professionnelle. Cependant, l'exercice de cette activité professionnelle ne suffit pas, au regard de sa faible durée et de la nature de l'emploi occupé, à caractériser un motif exceptionnel ou des considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. A se prévaut, comme rappelé au point 6, de la présence de son épouse en situation irrégulière et de leurs enfants en France, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Inde, pays dont ils possèdent tous la nationalité et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité, alors même que ses parents seraient, comme il l'allègue, décédés. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage, en tout état de cause, l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a retenu que M. A a été entendu dans le cadre d'une procédure pour détention de faux documents administratifs et d'obtention indue de documents administratifs en 2009. Si le requérant soutient que ces faits ne caractérisent pas une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui s'est fondé pour refuser le titre de séjour sur l'absence de motif exceptionnel, aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Thobaty, premier conseiller,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023

Le rapporteur,

G. ThobatyLe président,

E. Toutain

La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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