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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205783

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205783

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2204732 du 7 avril 2022, le président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. E B, enregistrée le 3 avril 2022.

Par cette requête, M. B, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2022 par lequel le préfet du Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ainsi que l'arrêté du 2 avril 2022 par lequel le préfet du Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de cet examen, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- Les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- Elles sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- Elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- Elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- Elle est disproportionnée dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- Le préfet n'a pas pris en compte son adresse réelle et effective.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2022, le préfet du Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 27 octobre 2022 :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Saedi substituant Me Dogan, représentant M. B, présent à l'audience, qui maintient ses écritures ; il soutient en outre qu'il remplit les conditions pour être régularisé compte tenu de son séjour régulier sur le territoire français de décembre 2018 à juin 2021 et de son insertion professionnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant turc né le 1er janvier 1992 à Nusaybin (Turquie) est entré régulièrement en France le 27 décembre 2018. Il a été titulaire d'un titre de séjour temporaire valable du 15 juin 2020 au 14 juin 2021. Par la suite, il s'est maintenu sur le territoire français sans demander le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 2 avril 2022, pris sur le fondement de l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet du Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre toutes les décisions litigieuses :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2021-061 du 7 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Maine-et-Loire du même jour, Mme A C, sous-préfète de l'arrondissement de Segré-en-Anjou bleu, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer, pendant les permanences qu'elle est amenée à assurer, tous arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé, contrairement à ce que soutient M. B.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Si M. B soutient que les principes des droits de la défense, du contradictoire et son droit d'être entendu ont été méconnus, il ne fait valoir aucun élément qu'il n'aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise les mesures contestées et qui aurait été susceptible d'affecter le contenu de ces décisions. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des droits de la défense, du principe du contradictoire et du droit d'être entendu doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " et aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L.612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (); 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article

L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ()3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () ".

7. Pour édicter la décision attaquée, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il existe un risque que M. B se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour le 14 juin 2021, sans en avoir demandé le renouvellement. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions posées par cet article sont alternatives. Le requérant, qui se borne à faire valoir qu'il aurait tenté en vain de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour, sans en justifier, entrait ainsi dans le champ d'application de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. D'autre part, le requérant soutient qu'il remplit les conditions pour être régularisé compte tenu de son séjour régulier depuis son entrée sur le territoire français le 27 décembre 2018 jusqu'en juin 2021 et de son insertion professionnelle. Toutefois, il ne justifie avoir travaillé que pour la période du 10 août 2020 au 8 novembre 2020, les autres bulletins de paie produits par l'intéressé étant postérieurs à la décision attaquée. En outre, il reconnait être séparé de fait et en procédure de divorce. Ces seuls éléments ne sauraient faire regarder M. B comme entrant dans une des catégories figurant à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet pouvait légalement prendre une mesure d'éloignement à son encontre.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. M. B fait valoir qu'il dispose d'une intégration professionnelle et d'un domicile stable en Seine-Saint-Denis. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France en décembre 2018, qu'il est en procédure de divorce et que les éléments produits ne suffisent pas à caractériser une intégration professionnelle significative. A cet égard, et contrairement à ses allégations, l'interdiction de retour ne saurait l'empêcher de faire valoir ses droits dans le cadre de la procédure de divorce. En outre, s'il se prévaut d'un domicile à Montfermeil, il ne produit que la première page d'un bail, laquelle ne mentionne aucune date. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, alors même que M. B ne constituerait pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

12. Si le requérant fait valoir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'assignant à résidence dans le Maine-et-Loire alors qu'il habite à Montfermeil, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que M. B ne démontre pas être domicilié de manière stable en Seine-Saint-Denis à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen sera écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

La magistrate désignée,

J. D Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet du Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205783

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