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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205801

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205801

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, M. D C, représenté par Me Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder dans le même délai et sous la même astreinte au réexamen de sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne fait pas état de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation professionnelle qu'il a produits à l'appui de sa demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux ;

- est, par conséquent, entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle mentionne qu'il a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, vingt fiches de paie, alors qu'il en a produit vingt-sept ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'au regard de sa présence continue en France depuis 2015 et de son insertion professionnelle, le préfet aurait dû régulariser sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 au regard de sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 au regard de sa situation personnelle.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination ;

- est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne fait pas état de l'examen des quatre conditions définies par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est, par conséquent, entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle, dès lors que le risque qu'il se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas établi.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant malien né le 10 mai 1992 à Kayes (Mali) est, selon ses déclarations, entré en France en 2015. Il a sollicité, le 17 janvier 2022, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 31 mars 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que M. C ne justifie pas de liens personnels particuliers sur le territoire français, dès lors qu'il est célibataire, sans enfant, et sans attaches familiales en France, et que la circonstance qu'il produise une demande d'autorisation de travail ainsi que vingt fiches de paie au titre des années 2019 et 2020 demeure insuffisante pour prononcer son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dès lors, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne résulte pas de ce qui précède que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé.

4. En deuxième lieu, d'une part, si M. C soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur des faits matériellement inexacts, dans la mesure où la décision attaquée mentionne qu'il a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, vingt fiches de paie, alors qu'il soutient en avoir produit vingt-sept, il n'en justifie pas en versant à l'instance vingt-deux fiches de paie et deux copies de la fiche de paie du mois d'août 2020. D'autre part, en tout état de cause, la mention selon laquelle le préfet s'est fondé sur vingt fiches de paie et non vingt-sept, à supposer que cette dernière circonstance soit établie, ne constitue qu'une erreur matérielle qui n'a pas été de nature à fausser son appréciation sur la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire, sans charge de famille ni attaches familiales en France, et qu'il ne justifie pas de liens personnels particuliers sur le territoire français. Si M. C soutient, à cet égard, être entré en France en 2015 et y avoir fixé le centre de ses intérêts personnels, l'unique relevé bancaire daté du 10 avril 2015 et les deux ordonnances médicales du 20 novembre 2015 et du 28 décembre 2015 ne suffisent pas à l'établir. D'autre part, M. C justifie avoir travaillé en qualité d'agent de service, dans le cadre de contrats à durée déterminée, du 11 mars 2019 au 10 mars 2020 puis du 9 juin 2020 au 8 juin 2021. Toutefois, cette insertion professionnelle demeure récente, et l'intéressé n'établit pas avoir exercé d'activité professionnelle postérieurement au 8 juin 2021. Dans ces conditions, la situation de l'intéressé ne relève pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires qui justifieraient son admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En dernier lieu, le requérant fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis 2015 et qu'il y est inséré professionnellement. Toutefois, pour les raisons indiquées au point précédent, l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et de celles fixant un délai de départ volontaire de trente jours et le pays de destination, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Dès lors, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.

13. En l'espèce, d'une part, la décision attaquée mentionne que " l'examen d'ensemble de la situation " du requérant a été effectué au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, il résulte de ce qui précède que pour prendre la décision attaquée, le préfet a fait état des éléments de la situation de l'intéressé, notamment la durée de sa présence en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, ainsi que la circonstance qu'il a fait l'objet, le 15 juin 2020, d'une précédente obligation de quitter le territoire français. Elle fait également état, au regard des circonstances propres à sa situation, de l'absence de circonstances humanitaires et d'atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Elle n'est pas davantage entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 6, eu égard à sa durée de présence en France, à l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire, et en se bornant à se prévaloir de la circonstance selon laquelle il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions accessoires :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies. Il en va de même des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : M. C est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. B

La présidente,

Signé

K. Weidenfeld

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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